Après plusieurs mois d’inertie, le gouverne-ment congolais et les renégats pro-rwandais de l’AFC-M23 s’apprêtent à renouer les fils des discussions à Genève (Suisse). Un rapport publié au début du mois d’avril par le Congo Research Group (CRG) et le Center on International Cooperation (CIC) de l’Université de New York révèle que les États-Unis et le Qatar, comédiateurs dans ce conflit tripartite RDC–Rwanda–AFC/M23, ont convoqué une nouvelle série de pourparlers entre Kinshasa et l’AFC-M23. Sauf changement de dernière minute, ces négociations devraient s’ouvrir d’ici la mi-avril.
Cette reprise intervient en dépit du non-respect du cadre de paix conclu à Doha à la mi-novembre 2025 entre les deux parties. L’accord n’avait notamment pas permis de mettre en place un mécanisme crédible de surveillance du cessez-le-feu, rapidement violé par les rebelles, qui se sont no-tamment emparés de plusieurs localités congolaises. Depuis lors, ces derniers ont intensifié leurs offensives contre les positions des Forces armées de la République démocratique du Congo, mettant gravement en péril la sécurité des populations civiles.
Malgré ce climat de défiance, Kinshasa, soucieux du respect de ses engagements, continue de privilégier la voie diplomatique, en poursuivant le dialogue avec une rébellion dont la crédibilité politique s’effrite au fil des violations répétées. Parallèlement, plusieurs résolutions issues des discussions de Doha, notamment les échanges de prisonniers, peinent à se concrétiser. La cause en est l’ambivalence et la légèreté avec lesquelles les interlocuteurs de la RDC traitent le dossier. À l’allure où vont les choses, il est clair que les supplétifs de Kagame et leur mentor se nourrissent de cette crise et veulent ainsi qu’elle persiste le plus longtemps possible. D’autres questions essentielles, telles que le retour des réfugiés et la justice pour les crimes graves commis, demeurent en suspens.
Depuis le lancement de ces pourparlers, à l’instar des initiatives régionales impliquant notamment le Kenya et l’Angola, les rebelles de l’AFC/M23 affichent sur le terrain une volonté limitée d’avancer vers une solution pacifique. Le recours persistant aux actions militaires traduit, de manière évidente, une posture en décalage avec les exigences d’un processus de paix crédible.
Pour mémoire, fin décembre 2025, quelques jours seulement après les engagements librement consentis à Doha, ils avaient attaqué la ville d’Uvira, provoquant la suspension du processus parallèle entre Kinshasa et Kigali. Depuis lors, aucune réunion du Mécanisme conjoint de coordination sécuritaire (JSCM) n’a été organisée. De même, plusieurs rencontres prévues à Doha ont été annulées. À cela s’ajoutent les discussions bilatérales et trilatérales tenues les 17 et 18 mars 2026 à Washington entre les États-Unis, la RDC et le Rwanda, au cours desquelles les parties avaient pourtant convenu de mesures de désescalade pour relancer la dynamique de paix.
Consciente du non-respect récurrent des engagements par ses interlocuteurs rwandais et leurs supplétifs du M23, la République dé-mocratique du Congo ne se limite pas à un seul levier d’action. Aux côtés des initiatives engagées à Doha et à Washington s’ajoutent les efforts déployés dans les cadres africains et régionaux. Parallèlement, sur le terrain, les FARDC maintiennent une vigilance accrue et poursuivent leurs opéra-tions pour contenir et neutraliser les forces ennemies.
FIDEL SONGO