La 13ème Conférence des gouverneurs de provinces a été officiellement ouverte mardi 24 mars 2026 dans la ville de Bandundu, chef-lieu de la province du Kwilu au cours d’une cérémonie présidée par le président de la République Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Cette rencontre, considérée comme un rendez-vous majeur de la gouvernance territoriale en République démocratique du Congo, a réuni les chefs des exécutifs provinciaux auxquels sont venus se joindre les présidents des 26 assemblées provinciales que compte le pays autour des enjeux cruciaux de la gestion publique dans ces entités.
Bien que placée sous le thème central «Transformation du secteur agricole, pastoral et halieutique, développement rural et connexion aux marchés urbains», cette 13ème conférence des gouverneurs de provinces est marquée par les crises récurrentes entre les gouvernements provinciaux et les assemblées provinciales, une situation évoquée à nouveau par le président de la République Félix Tshisekedi dans son discours d’ouverture des travaux de ces assises.
Il a en outre dressé la liste de grandes priorités stratégiques devant guider l’action publique au niveau territorial. Un discours structurant, centré sur les enjeux de développement durable, de cohésion nationale et de souveraineté.
Au cœur de ces priorités, figurent le désenclavement des zones de production, la réhabilitation des routes de desserte agricole, la sécurité alimentaire, l’emploi des jeunes, la réduction de la pauvreté ainsi que le rééquilibrage entre les centres urbains et les milieux ruraux.
Le chef de l’État a tenu à rappeler que la décentralisation n’a jamais eu pour vocation de transformer les provinces en foyers de tensions permanentes. L’objectif primordial de cette réforme est de rapprocher l’État du citoyen, adapter l’action publique aux réalités locales, responsabiliser les acteurs territoriaux et faire émerger, dans chaque province, des dynamiques de développement conformes à leurs potentialités propres. «J’attends donc de tous les acteurs provinciaux, et tout particulièrement des gouverneurs et des présidents des assemblées provinciales, qu’ils se montrent à la hauteur de cette responsabilité historique. Le contrôle parlementaire provincial est légitime. Il est nécessaire. Il est sain dans une démocratie. Mais il ne peut pas devenir un instrument de chantage politique ni d’instabilité chronique. Il ne peut être détourné de sa finalité pour servir des intérêts particuliers, des agendas personnels ou des équilibres précaires sans rapport avec l’intérêt général», a martelé Félix Tshisekedi. Et de poursuivre : «De la même manière, l’autorité de l’exécutif provincial ne saurait s’exercer dans l’opacité, dans le mépris des textes et dans l’affaiblissement délibéré des mécanismes de redevabilité. Ce dont nos provinces ont besoin, ce n’est ni d’institutions paralysées ni d’institutions rivales, ce dont elles ont besoin, ce sont des institutions qui se respectent, qui coopèrent, qui se contrôlent mutuellement dans le cadre de la loi et qui gardent en toutes circonstances le souci supérieur des populations».
Le chef de l’État a également insisté sur la nécessité d’une gouvernance de proximité plus efficace, capable de répondre aux besoins réels des populations. Il a ensuite appelé les gouverneurs à faire preuve de responsabilité, de transparence et d’innovation dans la gestion de leurs juridictions respectives.
Durant plusieurs jours, les gouverneurs et les autorités nationales sont appelés à formuler des recommandations sur les réformes à engager pour une bonne gestion des provinces, notamment en matière de finances publiques, d’infrastructures et de sécurité. La question du transfert effectif des compétences et des ressources de l’État central vers les entités provinciales occupera une place centrale dans les discussions.

Les mécanismes visant à améliorer la mobilisation des recettes locales, souvent jugées insuffisantes pour financer les projets de développement ont également été programmés.
Plusieurs recommandations ont été formulées, notamment le renforcement des régies financières provinciales et la lutte contre la fraude fiscale.
En marge des travaux, des préoccupations spécifiques à certaines provinces ont été évoquées, notamment les questions sécuritaires dans l’Est du pays et les défis logistiques dans les zones enclavées. Les gouverneurs ont plaidé pour un accompagnement accru du gouvernement central afin de faire face à ces situations complexes.
Cette 13ème conférence des gouverneurs s’annonce ainsi comme un cadre décisif pour repenser la gouvernance territoriale en République démocratique du Congo, avec pour ambition de bâtir un État plus résilient, plus équitable et résolument tourné vers son développement endogène.
JM