Lors de sa conférence de presse mercredi à Kinshasa, le président de la République, Félix Tshisekedi, a évoqué sans mettre de gants la possibilité d’un troisième mandat pour lui. Tout en affirmant ne pas l’avoir sollicité, il a déclaré qu’il accepterait cette éventualité «si le peuple congolais en exprimait la volonté». Cette déclaration intervient dans un contexte politique marqué par des débats sur la stabilité et l’avenir institutionnel du pays.
Le chef de l’État a insisté sur son vœu de voir la RDC recouvrer sa stabilité, son intégrité et sa dignité. Un enjeu qui, à son avis, dépasse la question personnelle du pouvoir. Il s’agit avant tout de remettre le pays «sur les bons rails». Ces propos traduisent la volonté du chef de l’Etat de se positionner comme garant de l’unité et de la reconstruction d’un pays dévasté par la guerre depuis trois décennies.
La perspective d’un troisième mandat soulève néanmoins des interrogations. La Constitution congolaise en vigueur limite à deux le nombre des mandats présidentiels, et toute modification nécessiterait un large consensus politique. Félix Tshisekedi relance donc le débat sensible d’une éventuelle réforme constitutionnelle.
D’aucuns dans le microcosme politique considèrent cette sortie publique comme un test de l’opinion. En conditionnant son acceptation à la volonté populaire, le président s’affiche en homme d’Etat à l’écoute de son peuple, tout en laissant ouverte la possibilité d’une prolongation de son pouvoir. Cela pourrait également renforcer les spéculations autour des intentions réelles de son camp à l’approche des prochaines échéances électorales.
La RDC fait face à l’heure actuelle à des défis majeurs dont le plus important reste l’insécurité persistante à l’Est. En plaçant la stabilité et la dignité nationale au cœur de son discours, Félix Tshisekedi s’efforce de rallier l’opinion autour de l’idée de la continuité de son leadership.
Du côté de l’opposition, on est toujours vent debout contre toute tentative de révisitation de la constitution qui aboutirait à permettre un troisième mandat du chef de l’Etat qui a trouvé la parade en projetant soit un référendum, soit une refonte complète de la constitution, ce qui suscite une vive polémique.
Les ratés du PDL-145
territoires
Le président Félix Tshisekedi a parlé du PDL-145 T au détour d’une question de notre confrère Innocent Olenga de Scooprdc.cd concernant le délabrement de la ville de Lusambo, chef-lieu de la province du Sankuru. Revenant sur son itinéraire électoral au cours duquel il n’a pas pu se rendre à Lusambo, il a déploré les problèmes infrastructurels qui ne lui ont pas permis d’aller plus loin que Lodja et Lumumba-ville dans la province natale de Patrice-Emery Lumumba.
Pour le chef de l’État, cette situation illustre l’ampleur des défis auxquels fait face le monde rural congolais. Le Sankuru, comme certains autres territoires, souffre d’un manque criant d’infrastructures et de services de base, ce qui freine son développement et accentue les inégalités avec les zones urbaines.
C’est dans ce contexte que Félix Tshisekedi a martelé sa volonté de faire aboutir le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T). Ce vaste projet vise à réduire les disparités entre les villes et les campagnes, en investissant dans les routes, les écoles, les hôpitaux et l’accès à l’eau potable. L’objectif affiché est de sortir le monde rural de la précarité et de lui offrir des perspectives de croissance durable.
Le président a insisté sur la continuité des efforts engagés. Selon lui, le PDL-145T n’est pas une mesure ponctuelle, mais un programme structurant qui doit transformer en profondeur les conditions de vie des populations rurales. Il a affirmé que les investissements se poursuivront afin de donner une nouvelle dynamique au développement local.
Entre impératifs constitutionnel et sécuritaire
Les élections générales en RDC sont constitutionnellement prévues pour décembre 2028. Cependant, le président Félix Tshisekedi a averti que la persistance de la guerre dans le Nord et le Sud-Kivu pourrait compromettre leur tenue, malgré la disponibilité des ressources. La CENI, dans sa feuille de route 2025-2029, a déjà souligné les défis liés aux moyens financiers et logistiques.
Après les élections de décembre 2023, le prochain rendez-vous électoral est prévu pour le 16 décembre 2028, conformément au calendrier constitutionnel. Une certaine opinion exclut l’idée de tout glissement à cet égard, comme ce fut le cas avec le report des élections de 2016 à 2018.
Félix Tshisekedi a affirmé avec force que les élections ne pourraient pas être organisées sans la participation des provinces du Nord et du Sud-Kivu, actuellement occupées par l’armée rwandaise. Il a insisté sur le fait qu’un éventuel retard dans l’organisation des scrutins en 2028 ne serait pas dû à un refus politique, mais à l’impossibilité matérielle et sécuritaire d’organiser une consultation inclusive. Cette position met en lumière le lien direct entre la stabilité du pays et le respect du calendrier électoral.
La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a publié en avril 2025 une feuille de route détaillant les étapes du processus électoral 2025-2029. Parmi celles-ci figurent:
– 2025 : cartographie électorale
– 2026 : actualisation du fichier électoral
– 2027 : révision des listes et formation des agents
– 2027-2028 : sensibilisation des électeurs
– 16 décembre 2028 : élections générales
La CENI a reconnu que le respect de ce calendrier dépend fortement de la disponibilité des moyens financiers et logistiques, rappelant les difficultés rencontrées en 2023 où le manque de temps et de ressources avait pesé sur l’organisation.
Le défi majeur reste donc la sécurisation des zones de conflit et la mobilisation des ressources nécessaires pour garantir des élections inclusives et transparentes. La CENI insiste sur l’importance d’une planification anticipée pour éviter les improvisations et renforcer la confiance des citoyens. Si la guerre persiste dans l’Est du pays, le risque est grand de voir le processus électoral compromis, ce qui poserait un problème constitutionnel et politique majeur.
Pascal Lookolo