Sans vaccin ni traitement spécifique, l’épidémie d’Ebola continue de se propager en RDC. Depuis le 15 mai, le gouvernement, via le ministère de la Santé, a annoncé officiellement la 17ᵉ flambée de la maladie à virus Ebola. Cette fois, il s’agit de la souche Budibungyo, qui frappe l’Est du pays déjà marqué par l’insécurité.
La province de l’Ituri est l’épicentre de cette crise sanitaire, avec plus de six zones de santé touchées, 864 cas suspects et 131 décès, selon le ministre de la Santé, Roger Kamba. Le virus s’est rapidement étendu aux provinces du Nord et du Sud-Kivu, où le nombre de cas ne cesse d’augmenter. Pour coordonner la riposte, le ministre s’est rendu à Beni, siège provisoire des institutions provinciales, appelant la population au respect strict des gestes barrières : éviter tout contact avec des animaux morts, ne pas manipuler les cadavres et consulter rapidement un centre de santé dès l’apparition des symptômes. Quelques centres de traitement et d’isolement ont été mis en place.
Détection tardive
Avant l’annonce officielle, l’épidémie avait évolué dans l’ombre. Selon RFI, ce retard d’un mois s’explique par quatre défaillances majeures : un test de diagnostic inadapté, une chaîne logistique défaillante, des croyances mystiques ayant freiné l’alerte communautaire et un système de surveillance institutionnel défaillant.
Bilans contradictoires
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a livré un bilan différent de celui du gouvernement, évoquant une aggravation de la situation sanitaire dans l’Est du pays. Dimanche 24 mai, son directeur général Tedros Adhanom Ghebreyesus a indiqué que plus de 900 cas suspects avaient été identifiés, dont 101 confirmés. Le ministère de la Santé, lui, faisait état de 204 décès sur 867 cas suspects.
Le virus Budibungyo, contre lequel il n’existe ni vaccin ni traitement jusqu’à l’heure actuelle, présente un taux de létalité pouvant atteindre 50%. L’OMS a déclenché une alerte sanitaire internationale. À l’étranger, les mesures se durcissent : les voyageurs ayant transité par la RDC, l’Ouganda ou le Rwanda se voient interdire l’entrée aux États-Unis.
Une menace
persistante
Selon l’Institut national de santé publique congolais, Ebola aurait déjà causé 160 morts sur près de 671 cas probables. L’Agence France-Presse souligne que la situation reste préoccupante. Le gouvernement appelle au respect des gestes barrières dans les lieux stratégiques (ports, aéroports, marchés, écoles et églises), afin de limiter la propagation.
Depuis cinquante ans, Ebola a fait plus de 15.000 victimes en Afrique, avec une mortalité variant entre 25 % et 90 %, rappelle l’OMS.
Pascal Lookolo