Lancés il y a plus de trois ans, les travaux de construction du grand marché moderne de Kinshasa, baptisé “Zando”, sont à l’arrêt. Les bâtiments inachevés se sont transformés en dépotoirs, envahis par des fatras d’immondices. Ce site mythique qui a traversé l’histoire récente de la République démocratique du Congo, devrait accueillir plus de 10.000 échoppes et des centaines de dépôts sécurisés. Sa finalisation est attendu impatiemment par des millions de kinois.
Samedi dernier, le président Félix-Antoine Tshisekedi s’est rendu en visite d’inspection sur les lieux. Sur place, le constat est amer : bâtiments vétustes, tas d’ordures et accès difficile au marché en phase de modernisation. Visiblement choqué, le chef de l’État a exprimé son désarroi dans une vidéo largement relayée dans les médias et sur les réseaux sociaux, reprochant aux autorités de la ville-province de Kinshasa leur inaction face au désordre et à l’occupation anarchique des avenues menant vers le marché.
Réaction du gouvernement provincial
Il aura fallu attendre 24 heures pour voir une réaction du gouvernement provincial. Une vaste opération de démolition, de dégagement forcé et de curage des caniveaux a été lancée tôt le matin autour du “Zando”. Des militaires ont investi les artères principales, dispersant les vendeurs et détruisant sans aménité kiosques et étalages.
Dans un communiqué signé par Alain Tshilungu, ministre provincial des Infrastructures, l’exécutif a annoncé que l’opération s’étendrait sur plusieurs avenues stratégiques, notamment Bokasa, Rwakadingi, du Marais, du Marché, de l’École, Plateau, Kasa-Vubu et Bolingo où persistent encore des constructions et achalandages anarchiques qui encombrent et défigurent cette partie de la ville.
Le gouvernement provincial a intimé l’ordre aux vendeurs informels de libérer immédiatement les espaces publics ciblés, sous peine de voir leurs marchandises saisies et leurs installations détruites. Les autorités préviennent également que tout acheteur surpris en train de s’approvisionner dans ces zones squattées pourra être interpellé.
A en croire le communiqué, cette opération dont l’objectif est de restaurer l’ordre urbain, améliorer la salubrité publique, fluidifier la circulation et sécuriser les abords du marché central se poursuivra sans coup férir jusqu’à la réouverture de ‘’Zando’’ annoncée “pour très bientôt”.
La Police nationale congolaise et les forces de sécurité ont été instruites de veiller à l’application stricte de ces mesures mais ce réveil du gouvernement de la ville-province de Kinshasa est jugé tardif par beaucoup d’observateurs sceptiques. C’est le cas du député national lumumbiste Lambert Mende Omalanga (Union sacrée de la Nation) pour qui, «l’idée que le seul gouvernement provincial devrait s’occuper de ces tâches herculéennes d’assainissement de Kinshasa est tout simplement insensée. Les marchés-pirates ayant essaimé dans toutes les 24 communes de la capitale, il faut attitrer – et doter – les bourgmestres et chefs de quartiers».
Pascal Lookolo