Le 9ème round des négociations entre Kinshasa et les rebelles de l’AFC/M23 soutenus par le Rwanda est en cours depuis le 13 avril 2026. Les pourparlers délocalisés de Doha à Montreux (Suisse) se tiennent sous la direction du Qatar et des Etats-Unis, sans susciter l’enthousiasme.
Lundi 13 avril 2026 a débuté, dans les environs de la ville de Montreux en Suisse, un nouveau cycle de négociations entre Kinshasa et les rebelles de l’AFC/M23. Ces pourparlers, voulus secrets, sont supervisés par les diplomaties qatarie et américaine. C’est une délocalisation du processus dit de Doha en raison de l’instabilité sécuritaire au Moyen-Orient. Les échanges portent, notamment, sur l’instauration effective d’un cessez-le-feu au Nord et au Sud-Kivu, deux régions dans lesquelles on assiste à une recrudescence des offensives de l’armée rwandaise et ses supplétifs locaux. Selon un rapport d’Ocha daté du 26 mars 2026, la dynamique du nettoyage ethnique à la base des violences armées a été marquée par plus de 300.000 personnes nouvellement déplacées depuis janvier 2026, portant le nombre total de ces malheureux à environ 5,61 millions. Plus de 76 % des déplacements sont dus aux attaques et affrontements armés. Au cours de l’année, 89 % des déplacements internes ont eu lieu dans les provinces du Sud-Kivu (44 %), du Nord-Kivu (32 %) et du Tanganyika (14%).
Quatre jours après le démarrage des pourparlers tenus secrets et prévus pour durer cinq jours jusqu’au 17 avril 2026, peu d’informations filtrent. Les négociations se déroulent dans un lieu inconnu du public pour garantir la sécurité des délégués et la sérénité des travaux. Des sources crédibles rapportent que les premières approches, lundi dernier, ont été laborieuses et empreintes d’une tension perceptible.
Compromis
A Montreux, les négociations ont aboutit à la signature d’un mémorandum d’entente entre le gouvernement et l’AFC/M23.
Cet accord s’inscrit dans le cadre du renforcement du cessez-le-feu et de l’amélioration des mécanismes de suivi sur le terrain.
Cet engagement implique la restructuration du mécanisme élargi de vérification conjointe, connu sous l’appellation Expanded Joint Verification Mechanism (EJVM) qui évoluera vers une formule renforcée, baptisée EJVM+, intégrant une configuration élargie avec la participation directe de l’AFC-M23.
Concrètement, cette nouvelle architecture prévoit le déploiement d’officiers issus du mouvement rebelle au sein du dispositif.
Le fonctionnement de l’EJVM+ reposera également sur une coordination étroite avec la MONUSCO.
En même temps, Kinshasa maintient l’option militaire parallèlement à ses efforts diplomatiques pour faire cesser l’agression militaire rwandaise. Et la tentative de relance internationale de ce processus de paix quasiment enlisé se heurte également au durcissement de la position de l’homme fort de Kigali.
Dans un entretien publié par le mensuel franco-africain Jeune Afrique le 3 avril 2026, le président Paul Kagame a nettement radicalisé sa position face à la crise dans l’Est de la RDC, justifiant la présence des troupes rwandaises comme des « mesures défensives » et contestant la légitimité de son homologue congolais tout en encourageant tous les opposants congolais à venir se regrouper et s’organiser dans son pays. Une posture qui n’est précisément pas de nature à faciliter les négociations, selon plusieurs sources proches du dossier.
Les délégués rwandais de la rébellion
A Montreux, les rebelles de l’AFC/M23 ont présenté aux négociateurs une liste des délégués aux pourparlers qui soulève bien de controverses. Elle comprend 12 personnes, dont 6 négociateurs emmenés par René Abandi, et 6 experts parmi lesquels des sujets rwandais et d’inconnus se revendiquant de la nationalité congolaise. «Le dirigeant impitoyable du Rwanda ne ressent plus le besoin de masquer son obsession pour la RD Congo. Ce qui était autrefois conduit avec au moins une apparence de déni plausible est désormais devenu manifeste», note à ce sujet Robert-Patrick Fati Gakwere, un opposant rwandais.
Taupes et infiltrés
Parmi les négociateurs figurent Claude Ibalanky Ekolomba, ancien ambassadeur itinérant dont le président Félix Tshisekedi avait hérité de la coalition FCC-CACH à son accession au pouvoir en 2018. Le néo-négociateur rebelle a également été Coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba (MNS), le dispositif chargé du suivi des engagements régionaux en matière de paix et de sécurité dans l’Est de la RDC. En 2013, Claude Ibalanky avait créé le Réveil Populaire (REPOP), un regroupement politique de la majorité au pouvoir en vue des élections de décembre 2023, qui n’a pas rempli les conditions requises pour prendre part aux scrutins.
Fin janvier 2026, l’ancien ambassadeur itinérant de Félix Tshisekedi est apparu aux côtés des dirigeants rebelles à Goma occupé. Mais contre toute évidence, il avait crânement affirmé n’avoir «pas encore rejoint l’AFC/M23» mais qu’il faisait une offre à Corneille Nangaa.
Autre sujet congolais dont la présence sur la liste rebelle a suscité moult commentaires, Félix Mupande, ancien directeur général du Cadastre minier (CAMI) qui a été exclu de l’Ordre national des géologues dont il faisait partie, du fait de la présence de son nom sur la liste des délégués rebelles.
Mupande dément
Le 14 avril 2026, Jean-Félix Mupande a formellement démenti tout lien avec l’AFC/M23 et déclaré n’avoir jamais été contacté par les rebelles. Dans une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux, le géologue a déclaré être «au laboratoire au moment où tout le monde pense que je suis à Genève. Je passe tout mon temps dans ces activités. Je n’ai pas de contact actuellement avec le pays et même de l’autre côté, je n’ai aucun contact. Pour le moment je m’adonne à ces activités de recherche… ».
Côté Négociateurs, les renégats de l’AFC-M23 cornaqués par Kagame alignent Justine Rukeba Mbabazi, une rwandaise notoire étroitement liée aux services des renseignements et de sécurité de Kigali (NISS) et amie personnelle de l’ambassadrice du Rwanda aux Etats-Unis d’Amérique, Mathilde Mukantabana. «En plaçant un haut responsable rwandais à la tête des pourparlers entre le gouvernement de la RDC et son mouvement rebelle, Kagame démontre qu’il ne cherche plus à dissimuler l’implication directe du Rwanda dans le conflit», écrit encore Robert-Patrick Fati Gakwerere.
L’implication directe du Rwanda
La présence sur la liste rebelle aux négociations suisses de Chantal Murekatete Kayitaba suscite également des commentaires désabusés. fille de Kayitaba, un proche de Bisengimana Rwema. Cet ancien directeur de cabinet du président Mobutu mais néanmoins sujet rwandais arrivé en RDC en 1959 après la chute du pouvoir tutsi dans son pays avait bénéficié de la nationalité collective accordée en 1970. Chantal Murekatete a rejoint l’AFC/M23 et était chargée de l’éducation avant de devenir conseillère de Corneille Nangaa jusqu’à sa désignation parmi les négociateurs rebelles.
L’issue des pourparlers dépendra en grande partie de la volonté des parties de faire des compromis et de la capacité de la communauté internationale à encourager un dialogue constructif. En somme, malgré les avancées avec la signature du mémorandum d’entente entre les deux parties, le chemin vers la paix reste semé d’embûches, surtout avec un Kagame qui adopte une posture impénitente et de défiance envers et contre tous.
J.N.