AFFAIRE DE LA FAUSSE MONNAIE : BCC, Deo Gracias Mutombo sur siège éjectable?

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La Banque Centrale du Congo

Deo Gracias Mutombo suspendu de ses fonctions. La Toile était assaillie des allégations et commentaires en ce sens depuis le début de la soirée jeudi 2 mars 2017. Jusqu’aux heures profondes de la nuit, quand Le Maximum mettait sous presse, toutes les sources autorisées bien introduites à la BCC se réservaient d’affirmer ou d’infirmer cette nouvelle.
Seule certitude, l’affaire des faux vrais billets de 5.000, 10.000 et 20.000 FC à l’origine de l’actuelle crise de confiance sur le marché fait des vagues si hautes que le sommet de l’Etat ne devrait guère rester insensible. Pourtant le stock de la fausse monnaie ne représenterait qu’entre 1.2 % et moins de 2% de la masse monétaire en circulation, selon un proche conseiller du Premier ministre, Samy Badibanga.
La banque centrale du Congo, BCC, imprime depuis ces trois dernières années, quelque 350 à 360 millions des billets de banque l’an, selon son Gouv Deo Gracias Mutombo.
Par contre, la BCC s’est imposée un étonnant mutisme sur les présumées investigations menées à l’interne pour démasquer les auteurs du forfait, d’autant plus qu’il ne fait guère l’ombre d’un doute, selon des analystes, que le coup, en fait, l’injection de faux vrais billets sur le marché, a été actionnée depuis l’institut d’émission. Il se rapporte qu’un influent directeur aurait déjà été inculpé. Pas si sûr, à moins qu’il ne s’agisse d’un règlement de comptes. A la BCC, la cellule de communication fonctionne en mode avion, contrairement aux temps de Jean-Claude Masangu, où, aussitôt la presse appelle pour s’informer, aussitôt le préposé de la communication vous prend au téléphone et vous donne une suite favorable. Il y a encore quelques jours, une presse pleine de potentialités de la capitale a estimé que la BCC a abusé de son indépendance. Qu’il faille que le Premier ministre, Badibanga, remette en branle la machine de contrôle de la situation économique, financière et naturellement monétaire à travers la fameuse réunion de troïka stratégique – Primature, gouvernement et BCC – de chaque lundi matin, comme Matata Ponyo en avait habitué l’opinion. Depuis le début de l’année, la BCC aura injecté 75 millions de dollars sur le marché en vue de maîtriser le trop plein des francs et par ricochet juguler sa dépréciation. Hélas, c’est plutôt l’effet contraire qui s’est chaque fois produit. Selon ce professeur d’économie et monnaies, la loi exige que deux jours après la mise à la disposition des banques commerciales des billets verts, la BCC se rassure que ceux-ci ont reversé dans le stock des francs escompté. Faute de quoi, l’une ou l’autre banque qui n’aura pas tenu ses engagements serait exclue de la prochaine vente. Hélas, la BCC vendrait même des devises à une banque à découvert comme la BIAC. Voilà qui laisserait à penser à des « opérations retour », font remarquer des analystes. D’ailleurs au sujet de cette banque, la BCC qui l’a sous tutelle ne fait plus suite des négociations pour sa reprise. Il y a plusieurs semaines, Deo Gracias Mutombo confiait que « les clients de la banque internationale pour l’Afrique Centrale doivent patienter un peu en se contentant du petit montant au retrait. Nous sommes en pourparlers avec une banque chinoise à qui nous avons déjà donné une licence d’agrément pour récupérer la BIAC».
En tout cas, la politique monétaire de la R-dC, marquée par une dollarisation poussée dans le système bancaire semble relever de l’aléatoire et donne à penser que l’indépendance de la Banque centrale a été mal pensée sinon désorientée dans sa mise en pratique. Des experts notent que la mise en place d’une politique monétaire efficace requiert des outils comme le certificat de dépôt, les Bons de la Banque centrale… Ces instruments de politique monétaire ont un coût que la Banque centrale ne peut supporter seule parce qu’elle est sous-capitalisée.
Dans ce cas, comment renouer avec une politique monétaire efficace ? Il faudrait d’abord augmenter le capital de la Banque Centrale du Congo, puis développer petit à petit un marché de titres, qui serait l’espace où elle pourrait les utiliser afin de gérer le marché monétaire et mettre en place sa politique monétaire. D’après les experts du Fonds monétaire international (FMI), le renforcement du cadre actuel de politique monétaire demeure la meilleure voie à suivre, compte tenu du fait que le pays est vulnérable à de fréquents chocs sur les termes de l’échange. Tout un débat.
La BCC a pour mission de contrôler la liquidité (francs) sur le marché en vue de la stabilité des prix. Son rôle dans l’économie consiste à vendre ou acheter des titres via des opérations d’appel d’offres et d’augmenter ou diminuer le ratio de réserves obligatoires bancaires. Le coefficient de réserves obligatoires sert également à réguler la masse monétaire en circulation. Selon le DG de la BCC en charge des opérations, Louis Kayembe, les instruments de la BCC jouent uniquement sur la monnaie nationale qui ne vaut que 14 % de la masse monétaire en circulation. D’où la vulnérabilité du franc en cas de choc exogène.
POLD LEVI

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