Pendant que les facilitateurs de l’Union africaine poursuivent leur tournée dans les pays de la région des grands lacs, la position de Kinshasa n’a pas bougé d’un pouce. La RDC exige des avancées concrètes et vérifiables, avec en tête des exigences le retrait inconditionnel des troupes rwandaises de son territoire et la protection des civils. Reçus par le chef de l’État Félix Tshisekedi le week-end dernier, les quatre anciens présidents membres du panel des leaders constitué par l’Union africaine ont déjà annoncé de nouvelles étapes en Ouganda et au Burundi, avant un retour en RDC, à Beni et à Bunia bien qu’aucun calendrier précis n’ait été annoncé. Dans un paysage où se croisent le processus de Doha, l’accord de Washington et un nouveau cadre congolais en gestation, la médiation africaine cherche sa place et la constance de Kinshasa lui offre un repère clair pour construire sa feuille de route.
La délégation est composée de l’ancien président kényan Uhuru Kenyatta, du Botswanais Mokgweetsi Masisi, de l’Éthiopienne Sahle-Work Zewde et de la Centrafricaine Catherine Samba-Panza. Plus tôt dans la semaine, elle s’était entretenue avec Paul Kagame à Kigali, puis avec l’AFC/M23 à Goma, dans l’espoir de trouver une issue à la crise qui endeuille l’Est de la République démocratique du Congo. À Kinshasa, elle a eu un premier échange avec le président congolais Félix Tshisekedi vendredi 9, avant une séance élargie samedi 10 octobre, en présence de la 1ère ministre Judith Suminwa et de plusieurs membres du gouvernement.
Les quatre personnalités ne partaient pas de zéro. Selon une source proche de la délégation, l’étape de Kinshasa leur a permis de jauger le climat et d’actualiser les positions du pouvoir, de l’opposition et de la société civile congolaises. Il sied de relever que cette consultation de tous les segments de la vie nationale donne au panel une base plus complète pour la suite de ses travaux.
À l’issue de la rencontre, Sahle-Work Zewde a résumé l’état d’esprit de la mission. «Nous sommes là, vraiment impliqués pour trouver une solution qui s’étalera dans la durée et qui aidera le peuple congolais à profiter de ce qu’il a», a-t-elle déclaré, en souhaitant que la paix revienne dans l’Est du pays. Une approche de long terme qui rejoint le souhait de Kinshasa d’obtenir des résultats tangibles plutôt que des promesses sans lendemain.
La présidence rd-congolaise, pour sa part, est restée fidèle à ses priorités. La RDC attend des progrès réels et contrôlables sur le terrain, et place en premier le retrait des troupes rwandaises ainsi que la sécurité des populations. Cette fermeté offre aux médiateurs un repère précis dans un dossier particulièrement dense, et elle rappelle que la protection du citoyen congolais demeure la boussole de l’action gouvernementale.
Une tournée qui se poursuit
Les émissaires de l’Union africaine n’entendent pas s’arrêter là. Aucune date n’a été rendue publique, mais ils ont annoncé de futurs rendez-vous en Ouganda et au Burundi, avant de revenir sur le sol congolais, à Beni et à Bunia. Un parcours qui épouse la géographie du conflit et qui associe aussi bien les capitales voisines que le terrain.
Le panel doit désormais composer avec plusieurs cadres à la fois, le processus de Doha, l’accord de Washington et le processus congolais encore en préparation. Cette abondance d’initiatives montre combien la question de l’Est mobilise les partenaires africains et la communauté internationale. Elle offre aussi à Kinshasa l’occasion de défendre ses priorités auprès de chacun d’eux. Pour l’Union africaine, l’enjeu est de faire converger ces démarches vers l’objectif que poursuit la RDC, une paix véritable et vérifiable sur le terrain.
FIDEL SONGO