Une nouvelle étape vient d’être franchie dans les discussions entre la République démocratique du Congo et les rebelles de l’AFC-M23, soutenus par le Rwanda. Réunis en Suisse, les représentants des deux parties ont convenu d’une feuille de route destinée à organiser la suite des négociations engagées dans le cadre de l’accord de Doha qui prévoit notamment un calendrier pour les prochaines discussions ainsi qu’un dispositif destiné à suivre l’application des engagements pris.
Kinshasa et le M23 se sont également mis d’accord sur la nécessité de disposer d’une procédure commune permettant de documenter les incidents et de signaler les éventuelles violations du cessez-le-feu. La première mise à l’épreuve de ce dispositif devrait intervenir dans le Sud-Kivu. Une mission de vérification du cessez-le-feu est annoncée à Minembwe, afin de recueillir des éléments sur la situation sur le terrain et de mieux établir les faits en cas d’incident. Les violations du cessez-le-feu font régulièrement l’objet d’accusations croisées entre les parties.
Les discussions en Suisse ont également débouché sur la mise en place d’un mécanisme chargé d’évaluer l’état d’avancement des engagements pris dans le cadre de l’accord de Doha. Ce mécanisme devra notamment relever les difficultés rencontrées dans leur mise en œuvre et permettre aux négociateurs d’en assurer le suivi.
Dans un communiqué rendu public dimanche par le gouvernement suisse, les deux parties ont réaffirmé leur volonté de poursuivre les échanges en vue d’aboutir à une «paix globale» et à une solution politique au conflit qui persiste dans l’Est de la RDC.
Ces décisions représentent des avancées, particulièrement sur la question du cessez-le-feu. «On est uniquement au niveau de la mise en œuvre de deux premiers engagements», explique Christian Moleka qui rappelle que plusieurs autres protocoles doivent encore être discutés avant d’être formellement adoptés.
Selon lui, la lenteur observée dans les négociations traduit surtout la complexité du dossier. Chaque camp défend sa position et cherche à préserver ses propres intérêts.
Christian Moleka estime également que la pression exercée par la médiation pousse Kinshasa et le M23 à avancer, sans pour autant empêcher les deux parties de conserver leurs marges de manœuvre. D’après son analyse, le M23 chercherait à obtenir le maximum de concessions, tandis que le gouvernement congolais miserait davantage sur le temps et sur l’implication des États-Unis dans le processus.
La feuille de route adoptée en Suisse donne ainsi un cadre aux prochaines étapes, mais elle devra encore faire ses preuves. Son efficacité sera surtout jugée à partir des actes posés sur le terrain, notamment, le maintien du cessez-le-feu, la vérification crédible des incidents et la progression des négociations politiques.
Pour l’heure, l’accord constitue davantage un point de départ qu’un aboutissement. Dans l’Est de la RDC, la traduction concrète des engagements diplomatiques reste le principal défi pour transformer les discussions en Suisse en résultats durables sur le terrain.
FIDEL SONGO