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CRISE DE LEADERSHIP DANS L’OPPOSITION : La chienlit qui arrange l’USN

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C64 en ordre dispersé ; manifestations reportées ; départs dans ses rangs ; accusations de monnayage et crise de leadership à Ensemble de Katumbi. L’opposition congolaise traverse une zone de turbulences qui contraste avec ses prétentions déclinées aux quatre vents à incarner l’alternative. Unie pour dénoncer le pouvoir, elle se montre divisée dès qu’il s’agit de mobiliser et de négocier. Félix Tshisekedi conserve ainsi l’initiative et engrange, pour l’instant, les dividendes politiques de cette confusion.

La politique congolaise offre aujourd’hui un spectacle pour le moins paradoxal. Les principaux leaders de l’opposition se retrouvent autour d’un même refus, celui de toute réforme de la Constitution qui rime pour eux avec un troisième mandat pour Tshisekedi mais se séparent dès qu’il faut déterminer la marche à suivre à cette fin. Les uns privilégient la rue, les autres la négociation. Certains exigent un dialogue sans conditions, d’autres refusent de s’asseoir avec ceux qu’ils accusent de violer la Loi fondamentale. Tous parlent d’unité, mais chacun garde son propre agenda en poche.

C’est cette réalité que François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique, a mise en évidence dans l’émission « La Semaine de Jeune Afrique » sur RFI. Le rapport de force est, pour l’instant, favorable à Félix Tshisekedi, a-t-il relevé. La formule est mesurée, mais elle résume assez bien la situation. Le chef de l’État conserve l’initiative, fixe les principaux rendez-vous et oblige ses adversaires à réagir. L’opposition, pourtant prompte à dénoncer la prétendue maîtrise du pouvoir sur les institutions, ne parvient pas à maîtriser son propre calendrier.

La C64, une coalition à l’épreuve de la réalité

La Coalition Article 64 s’était présentée comme le grand rassemblement de la résistance constitutionnelle. Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Augustin Matata Ponyo y avaient associé leurs noms et leurs forces. L’objectif affiché était de défendre à tout prix l’ordre constitutionnel et d’empêcher toute modification des dispositions relatives à la limitation des mandats présidentiels. Sur le papier, la plateforme avait tout d’un front politique imposant. Sur le terrain, elle révèle surtout les limites d’une alliance construite autour de personnalités qui n’ont pas renoncé à leurs propres ambitions.

Une coalition ne se nourrit pas seulement de communiqués et de conférences de presse. Elle doit disposer d’une direction claire, d’une discipline commune et d’une capacité de décision qui s’impose à tous. Or la C64 avance en ordre dispersé. La manifestation annoncée à grand renfort de déclarations a été reportée à plusieurs reprises. La mobilisation du 22 juillet n’a pas eu lieu comme prévu. Les démarches des confessions religieuses et l’annonce d’un dialogue national par la présidence ont suffi à modifier le calendrier d’une coalition qui prétendait pourtant dicter ses conditions au pouvoir.

Ces reports répétés ont fini par brouiller hermétiquement le message de la C64. À force de repousser les échéances, ses dirigeants ont donné le sentiment de ne plus savoir s’ils voulaient marcher, dialoguer ou simplement maintenir la pression médiatique. L’ultimatum fixé au 15 août, puis la nouvelle mobilisation annoncée pour le 15 septembre, ne suffisent pas à dissiper ce malaise. Une manifestation ne devient pas crédible parce qu’elle est annoncée plusieurs fois. Elle le devient lorsqu’elle repose sur une organisation solide, une stratégie lisible et une direction capable d’assumer ses décisions.

La marche du 15 septembre s’annonce ainsi sous de bien mauvais auspices. Elle devra convaincre un peuple qui observe les reports, les revirements et les querelles entre états-majors. Elle devra surtout démontrer qu’elle n’est pas le simple rendez-vous de quelques leaders en quête de visibilité. Après les hésitations précédentes, la C64 ne pourra pas se contenter d’un nouveau mot d’ordre. Elle devra prouver que l’union proclamée existe réellement et ne constitue pas une façade destinée à masquer les divergences.

La rue ne se décrète pas. Elle se conquiert par la crédibilité et la confiance. Or celle-ci se fissure lorsque les dirigeants s’accusent mutuellement, lorsque les dates sont modifiées au gré des circonstances et lorsque chaque courant cherche à imposer sa propre lecture de la crise. Le peuple congolais n’est pas condamné à suivre mécaniquement des leaders qui ne savent pas eux-mêmes quelle direction prendre. Il observe. Il compare les discours aux actes. Et il pourrait bien réserver à cette nouvelle marche le même accueil réservé aux précédentes initiatives de la coalition : l’indifférence ou la prudence.

Le départ d’Alain Bolodjwa a rendu publiques des divergences longtemps dissimulées que la C64 aurait préféré régler loin des regards. En annonçant son retrait, l’opposant a reproché à la plateforme de s’écarter de sa mission initiale. Il a dénoncé un environnement devenu malsain, évoqué le «bicéphalisme » de certains responsables et regretté plusieurs rendez-vous manqués. Sa déclaration, selon laquelle il n’était pas venu « quémander le dialogue », mais défendre l’ordre constitutionnel, a sonné comme un désaveu de la nouvelle orientation de la coalition.

Les accusations de monnayage et de compromission rapportées dans cette affaire sont encore au stade des allégations. Aucune enquête indépendante n’a établi publiquement l’identité des personnes visées ni la réalité des montants évoqués. Mais le mal politique est déjà fait.

Dans une plateforme qui prétend défendre la Constitution au nom de l’intérêt national, voir un responsable accuser ses partenaires de dévoiement et de marchandage ne renforce ni la confiance ni la crédibilité du combat engagé.

Le cas Bolodjwa pose une question embarrassante à la C64. Est-elle une coalition de conviction ou un attelage de circonstance ? Ses membres partagent un adversaire, mais pas une stratégie. Ils s’accordent sur le rejet du changement constitutionnel, mais divergent sur le dialogue, sur les interlocuteurs et sur le degré de confrontation avec le pouvoir. À la première épreuve sérieuse, l’unité proclamée a montré ses coutures. À la seconde, elle risque de se défaire davantage.

Ensemble rattrapé par ses querelles

Les difficultés de la C64 ne sont pas isolées. Elles trouvent un écho au sein d’Ensemble pour la République, l’un des principaux partis de l’opposition. La formation de Moïse Katumbi est rattrapée par un différend entre Olivier Kamitatu et Salomon Kalonda. Les échanges publics, les prises de position relayées sur les réseaux sociaux et les appels au calme de la direction ont exposé une crise qui ne relève plus d’une simple querelle interne. Dieudonné Bolengetenge, secrétaire général du parti, a annoncé l’examen des rapports écrits des deux protagonistes avant toute confrontation au sein des instances compétentes. Cette procédure statutaire vise à ramener le dossier dans le cadre du parti. Elle confirme surtout que la direction doit désormais consacrer son énergie à éteindre un incendie interne au moment où Ensemble devrait travailler à élargir son influence et à préparer l’alternance.

D

errière le différend entre Kamitatu et Kalonda se dessine une crise de leadership. Moïse Katumbi doit maintenir la cohésion d’une formation qui rassemble des personnalités fortes, chacune disposant de ses propres réseaux et de sa propre lecture de la conjoncture. Les états-majors qui affirment urbi et orbi parler du pays ne parlent que d’eux-mêmes. Les responsables qui devraient dénoncer les faiblesses du régime exposent les leurs. L’opposition fait ainsi, volontairement ou non, le travail de communication du pouvoir.

Les formules attribuées à Hervé Diakese, évoquant des «marcheurs des réseaux sociaux» et des «révolutionnaires de WhatsApp», ont encore aggravé le malaise. Elles traduisent une critique désormais ouverte contre ceux qui lancent des appels à la rue sans être en mesure d’en garantir l’encadrement ni d’en assumer les conséquences. Une opposition qui se querelle sur la marche avant même de la tenir donne l’image d’un adversaire bruyant, mais désorganisé.

Le dialogue place le

pouvoir au centre

L’annonce du dialogue national inclusif a offert à Félix Tshisekedi un avantage tactique considérable. Le chef de l’État s’est positionné comme celui qui ouvre un espace de concertation. Ses adversaires doivent maintenant expliquer pourquoi ils refusent de le rejoindre, pourquoi ils veulent en modifier le lieu ou pourquoi ils exigent d’y associer des acteurs liés, considérés par le monde entier comme des supplétifs impénitents de l’agresseur rwandais.

Redoutable dilemme. Refuser le dialogue expose l’opposition au reproche de rejeter toute solution politique. Y participer risque de donner une légitimité à une initiative lancée par le pouvoir. Réclamer une rencontre à l’extérieur du pays revient à déplacer le débat vers les modalités et ramener la RDC vers un mimétisme suranné. Exiger la participation de Joseph Kabila et de Corneille Nangaa soulève, pour sa part, la question de la frontière entre la crise institutionnelle et la crise armée. Martin Fayulu défend leur participation afin qu’ils expliquent leur rôle dans la crise congolaise. Cette position relève d’une logique d’inclusion, mais elle suscite de fortes réserves dans une opinion qui ne veut pas confondre partis politiques et mouvements associés aux rébellions. Pour beaucoup de Congolais en effet, le dialogue n’est pas à confondre avec une instance judiciaire.

Plus l’opposition s’enferme dans ces contradictions, plus le président Félix Tshisekedi occupe le centre du jeu. Il propose, consulte, précise et observe. Ses adversaires discutent, contestent, reportent et se divisent. Le pouvoir n’a donc pas besoin de remporter chaque bataille de la rue. Il lui suffit de rester maître de la séquence politique et de laisser ses contradicteurs transformer leurs divergences en spectacle public.

L’opposition voulait empêcher le pouvoir de changer les règles du jeu. Elle ne parvient même plus à s’entendre sur les siennes. Elle promet la rue, mais reporte ses rendez-vous. Elle proclame l’unité, mais enregistre des départs. Elle dénonce la crise du régime, mais expose ses propres crises de leadership. À ce rythme, le chef de l’État n’aura même plus besoin de livrer toutes les batailles: ses adversaires semblent s’employer eux-mêmes à lui dégager le terrain.

FIDEL SONGO

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