Depuis Paris où il séjournait le week-end dernier, Martin Fayulu a relancé l’idée controversée de l’impérieuse nécessité de la participation de Joseph Kabila et Corneille Nangaa au dialogue annoncé par le président de la République. La participation de Joseph Kabila au dialogue lui permettrait d’expliquer les raisons de sa rébellion contre le pays, selon le président de l’Ecidé et de la coalition Lamuka. «Ils sont parties prenantes au dialogue. Kabila a dirigé ce pays. Quel que soit son statut ou son titre, il est là. Ils ont dit que c’est lui qui arme et finance l’AFC/M23, mais il doit venir nous dire pourquoi il le fait et quel est le problème», soutient-il. Corneille Nangaa devrait bénéficier de la même faveur. Il «était le président de la Commission électorale nationale indépendante, c’est lui qui a proclamé Tshisekedi comme gagnant, alors que Tshisekedi n’avait pas gagné. Il est là, il a pris les armes contre le pays. Il tue ou il fait tuer ses frères, ses sœurs, ses semblables qui ont le sang humain comme lui… il faut qu’il vienne dire pourquoi il fait ça. Comme on dit, les linges sales se lavent en famille», déclare encore le candidat malheureux aux deux dernières présidentielles en RDC.
Idée intolérable
Les dernières déclarations de Martin Fayulu lui attirent de vives et sérieuses critiques d’une partie de l’opinion congolaise et de la majorité qui jugent intolérable l’idée d’associer des rebelles condamnés par la justice pour leurs crimes sur les Congolais.
Mais, le président de l’Ecidé, éloigné des devants de la scène politique depuis les dernières élections, n’en est pas à sa première proposition du genre. Il tente ainsi de se positionner comme le rassembleur au-dessus de la mêlée dans la classe politique congolaise. Une posture qui lui permet de se placer sur le même diapason que Félix Tshisekedi, Joseph Kabila, Moïse Katumbi …, et même mieux. Le candidat malheureux aux présidentielles congolaises tente, par cette stratégie de rassembleur, de s’extraire des clivages partisans en endossant une sorte de rôle de garant de l’unité des Congolais, selon des analystes.
Seulement, cette fois-ci, l’astuce n’est pas du goût général. En raison du nombre extrêmement élevé des victimes de la rébellion imposée au pays avec la complicité du Rwanda voisin depuis plus de 3 ans. Les responsables des crimes, maintes fois dénoncés et amplement documentés par les Nations Unies, notamment, sont connus. Leurs motivations, économiques et hégémonistes, également. Dans l’opinion en RDC, peu sont donc disposés à suivre Martin Fayulu lorsqu’il réduit la résolution du problème rebelle en une explication au cours d’un dialogue politique national. A l’instar de Jean Kapitene qui estime que «parmi les raisons avancées par Kagame pour justifier son occupation du Congo, il n’a jamais affirmé qu’un dialogue congolais, au cours duquel Kabila viendrait expliquer pourquoi il a pris les armes, mettrait fin à la guerre».
Les morts ne sont pas du linge sale
Ont également et particulièrement choqué l’opinion congolaise, les propos de Martin Fayulu assimilant les nombreuses victimes de la guerre de l’Est du pays à du «linge sale à laver en famille». Ils ont révolté plus d’un. «Nos morts ne sont pas des linges sales que l’on doit laver. Le Rwanda ne doit jamais être de ce forum. Il est à Doha», réagit sur le sujet Billy Kaniam, un internaute congolais. Et, il est loin d’être le seul.
Sur les victimes de la dernière agression rwandaise de la RDC par l’intermédiaire de rébellions prétendument internes existent des estimations chiffrées partielles et ponctuelles des victimes qui font froid au dos et horrifient.
Les seuls affrontements qui ont entouré la prise de la ville Goma par la coalition RDF/AFC/M23 ont occasionné la mort d’environ 7.000 personnes, selon le gouvernement de la RDC. Alors que l’OMS a documenté près de 900 morts rien que dans la même ville lors des pics de belligérance fin janvier 2025.
Selon le Haut-Commissariat des Nations-Unies aux droits de l’homme (HCDH), au moins 319 civils ont été tués par le M23 au cours du seul mois de juillet 2025 dans le territoire de Rutshuru. Cette statistique est corroborée par l’ONG Human Right Watch (HRW).
Et, des documents récents communiqués par les autorités de la RDC font état de bilans grimpant à plus de 15.000 morts cumulés dans certaines zones d’occupation et d’affrontements prolongés (notamment autour des centres comme Goma et Bukavu).
Passer autant de crimes et d’horreurs en pertes et profits au nom de la participation au dialogue semble devoir coûter sa crédibilité politique à Martin Fayulu. C’est l’incohérence de trop, estiment des observateurs qui s’appuient sur des signes de mécontentement perceptibles jusque dans l’entourage du président de l’Ecidé et de la Coalition Lamuka.
J.N.