L’insulte publique politiquement motivée devient une catégorie ordinaire des interactions sociales en RDC. C’est à des véritables «attaques à bouche armée» que l’on assiste dans la toile. Elles se cristallisent en un dispositif institutionnel et culturel où l’injure (mafinga) devient une marchandise comme une autre. Si Zacharie ‘‘Zaccle’’ Bababaswe est considéré comme le père de la polémique dans les médias congolais, Manda Tchebwa (ancien chroniqueur de musique à la RTNC, Ndlr) en a été une des premières victimes. Les figures ultérieures, Jaelle, Mzee Kindingu, Pasteur Guilly, Pero Luwara, Jules Munyere, Boketshu 1er, Manické et autres ne sont que des reproductions itératives d’une ‘‘chaîne de valeurs’’ où l’humiliation devient un banal produit culturel consumériste. Umberto Eco aurait diagnostiqué une sémio-économie de la perversion institutionnalisée. Au pays de Lumumba, la bêtise a fini par se monétiser : TikToklive et buzz deviennent les marketplaces officielles de cette chaîne de valeurs. Les trolls y opèrent comme hatedealer. Chaque insulte génère des prébendes comme prix de contrats de dénigrement. L’algorythme de viralité transforme l’infamie en capital. Chaque live devient une enchère publique où le plus violent gagne des espèces sonnantes et trébuchantes. TikTok n’est plus une plateforme de socialisation. C’est un abattoir où est immolé l’honneur des gens. Ce terrorisme médiatique n’existe que grâce à notre consentement passif, transformant le public en complice d’une économie de l’avilissement. La bêtise et l’immoralité institutionnalisées deviennent des normes tolérées et acceptées dans un paradigme où la violence symbolique se légitime par sa propre répétition. En somme, la RDC a créé un marché où seule l’imbécilité et la grossièreté paient. C’est le capitalisme de l’idiotie systématisée. Cette imbécilisation collective a un prix qu’on ne tardera pas à payer. Qu’en pensent notre gouvernement, le parlement et les institutions judiciaires et de régulation ?
Laurent K. MAVINGA
(Titre et sous-titre sont de la rédaction)