Le débat semble désormais clos, du moins sur le terrain de la mobilisation populaire. En organisant, mardi 22 septembre, une marche de soutien aux institutions de la République, à la loi référendaire et au dialogue national, l’UDPS et ses alliés de l’Union sacrée ont investi les rues de Kinshasa et de plusieurs provinces. Une démonstration de force qui intervient une semaine seulement après la mobilisation de la Coalition pour la défense de l’article 64 (C64), hostile au projet de changement de la Constitution.
La réplique du parti présidentiel et de ses alliés de l’USN ne s’est pas fait attendre. Dans la capitale comme au Kasaï, dans l’Équateur, la Tshopo et le Haut-Katanga ou au Sankuru, des centaines de milliers de militants ont répondu à l’appel de la direction politique de l’UDPS. Par cette mobilisation réussie, le camp du président Félix-Antoine Tshisekedi a adressé un message fort à l’opinion, à savoir que la rue n’est pas la chasse gardée de l’opposition et que l’Union sacrée dispose d’un vivier populaire très large capable de se déployer à l’échelle nationale.
Au lendemain de cette nouvelle confrontation, le rapport de force politique ne se lit plus uniquement dans le nombre d’élus à l’Assemblée nationale ou au Sénat.
Il se mesure également à la capacité des différentes composantes politiques à faire descendre leurs troupes sur le terrain pour donner corps à leurs mots d’ordre et transformer leurs positions en démonstration publique tangible.
À Kinshasa, le dispositif s’est mis en place dès les premières heures de la journée. Les militants de l’UDPS et des formations alliées se sont regroupés au niveau de la 11ème Rue, dans la commune de Limete, avant de prendre la direction de l’itinéraire convenu avec les autorités de la ville-province de Kinshasa. Autorisée par l’Hôtel de ville, la marche a été correctement encadrée par la Police nationale congolaise.
Le cortège a notamment emprunté le boulevard Lumumba en passant par le boulevard Sendwe avant de poursuivre sa progression vers son point de chute. Les drapeaux, calicots et pancartes aux couleurs des parties membres de l’Union sacrée ont donné à la manifestation les allures d’un grand rendez-vous politique. Aux côtés des militants de l’UDPS figuraient plusieurs forces politiques proches de la majorité, à l’instar de la CCU du député national Lambert Mende Omalanga, la Dynamique pour la transformation du Congo (DTC), la jeunesse de la Grande province orientale de l’UDPS/Tshisekedi, le MLC, et tant d’autres organisations alliées. Une manière pour les composantes de l’Union sacrée, d’afficher leur cohésion et de faire la démonstration de leur capacité à parler d’une même voix lorsque les enjeux institutionnels l’exigent.
La mobilisation s’est également étendue à plusieurs provinces. Au Kasaï, dans l’Équateur, la Tshopo et le Haut-Katanga, les structures locales de l’UDPS ont organisé des rassemblements en soutien aux institutions de la République, à la loi référendaire et au dialogue national. L’objectif était clair : donner à la manifestation une dimension nationale et établir que le soutien au chef de l’État et à son agenda ne se limite pas aux quartiers de la capitale.
Kabuya met Tshisekedi devant ses responsabilités
Au terme du cortège, Augustin Kabuya, secrétaire général et président intérimaire de l’UDPS a directement interpellé le président de la République, l’appelant à prendre en compte la mobilisation observée et à accompagner la volonté de changement constitutionnel portée par le parti présidentiel. «Nous disons au président de la République que le moment est venu où vous devez nous aider à changer cette Constitution. Le moment est venu pour que vous puissiez accepter notre volonté de changer la Constitution», a-t-il lancé sous les applaudissements nourris des militants.
Pour appuyer son interpellation, Augustin Kabuya s’est référé à l’article 5 de la Constitution, lequel consacre la souveraineté nationale et prévoit notamment son exercice direct par la voie du référendum. «Référez-vous à l’article 5 de la constitution, car tout ce que vous pouvez faire c’est au nom de la population. Cette population ici veut voir le changement de la Constitution», a-t-il poursuivi.
Dans la bouche du président intérimaire de l’UDPS, la mobilisation du 22 septembre ne saurait donc être réduite à une simple parade partisane. Elle traduit, selon lui, l’expression d’une volonté populaire favorable à l’ouverture du débat référendaire et à la réforme de la Loi fondamentale. «Notre présence massive aujourd’hui témoigne du soutien de nombreux citoyens aux institutions de la république et au président de la république. Elle traduit également notre volonté de voir avancer le processus référendaire ainsi que le débat autour d’une éventuelle réforme de la constitution, dans le respect des lois, des procédures prévues et de la volonté exprimée par le peuple», a-t-il déclaré.
Une réponse politique à la C64
Augustin Kabuya n’a pas davantage cherché à dissimuler le caractère de réplique de la manifestation. Une semaine auparavant, l’opposition avait occupé la rue pour exprimer son rejet du changement constitutionnel. L’UDPS et ses alliés ont choisi, à leur tour, de mobiliser leurs bases afin de faire entendre une autre voix. «Nos frères et sœurs de l’opposition ont organisé leur marche et ont exprimé leurs positions. Nous avons, à notre tour, choisi de nous mobiliser afin de montrer que le peuple congolais porte une vision différente et souhaite également faire entendre sa voix», a-t-il expliqué.
FS