Entre le 15 et le 22 septembre, Kinshasa aura été le théâtre d’un face-à-face politique particulièrement révélateur. À une semaine d’intervalle, la C64 puis l’UDPS et ses alliés ont investi la rue avec deux messages opposés sur l’avenir institutionnel du pays.
Mais au-delà de la question constitutionnelle, ces manifestations ont surtout mis en lumière deux réalités organisationnelles différentes.
Le 15 septembre, la C64 voulait démontrer sa capacité à mobiliser l’opposition contre tout projet de changement constitutionnel. Le 22 septembre, l’UDPS et ses alliés ont répondu par une mobilisation destinée à soutenir les institutions, le dialogue national et le processus référendaire.
Et la comparaison mérite d’être faite.
La première faiblesse apparue le 15 septembre est celle de la coordination.
La C64 rassemble plusieurs figures importantes de l’opposition. Mais cette diversité, qui peut constituer une richesse politique, devient aussi une difficulté lorsqu’il faut faire fonctionner plusieurs appareils comme une seule organisation.
À Kinshasa, le cortège parti de l’Échangeur de Limete n’a finalement pas atteint son point de chute. Le parcours a été interrompu par des incidents et des affrontements, et le mémorandum que les organisateurs voulaient remettre aux autorités n’a pas pu être déposé comme prévu.
Plus révélateur encore, plusieurs observateurs font état de consignes qui n’étaient pas toujours suivies, d’une progression difficile du cortège et d’une perte progressive de contrôle avant les affrontements des 11e et 12e rues Limete.
C’est là que se situe l’une des principales fragilités de la coalition : l’addition de plusieurs forces politiques ne produit pas automatiquement une organisation parfaitement coordonnée.
Il serait toutefois réducteur d’expliquer les difficultés de la C64 par sa seule organisation.
La manifestation du 15 septembre s’est déroulée dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu. Dans plusieurs villes, les rassemblements ont été empêchés ou dispersés. À Kinshasa, les organisateurs ont également dénoncé des violences et l’intervention de groupes qu’ils présentent comme proches du pouvoir. Une enquête judiciaire a depuis été ordonnée afin d’établir les faits et les éventuelles responsabilités.
La C64 disposait donc de circonstances défavorables.
Mais une organisation politique se juge également à sa capacité à anticiper les difficultés. Sur ce terrain, le 15 septembre aura constitué un sérieux avertissement pour ses dirigeants.
À cette difficulté opérationnelle s’ajoute une question plus politique : l’unité réelle de la coalition.
Fayulu, Katumbi, Sesanga, Kabund et les autres composantes de la C64 possèdent chacun son histoire, son appareil et ses réseaux.
Leur opposition au changement constitutionnel constitue un puissant dénominateur commun. Mais une coalition appelée à durer doit pouvoir démontrer qu’elle dispose d’une stratégie commune au-delà d’une mobilisation ponctuelle.
La rue a ainsi révélé une réalité que les communiqués politiques peuvent facilement dissimuler : une coalition de personnalités n’est pas nécessairement une machine politique unifiée.
L’UDPS dans la rue : la réplique cinglante
Une semaine plus tard, le décor était différent. L’UDPS et ses alliés ont organisé une marche le 22 septembre, officiellement autorisée par l’Hôtel de ville de Kinshasa, avec un itinéraire clairement défini et un point de chute au stade des Martyrs. Plusieurs partis politiques alliés à la majorité présidentielle ont participé à cette manifestation.
Cette mobilisation a surtout mis en évidence l’un des principaux atouts de l’UDPS : la capacité à faire fonctionner un appareil politique autour d’un rendez-vous commun.
Les militants ont été regroupés, les structures alliées mobilisées et le message politique relativement simple : soutien aux institutions, au dialogue national et au référendum.
La différence avec le 15 septembre est donc frappante sur le plan de la mécanique organisationnelle. Là où la C64 a été confrontée à une progression difficile de son cortège, l’UDPS a pu s’appuyer sur une structure politique installée, des relais alliés et une mobilisation préparée autour d’un itinéraire précis.
En résumé, le 15 septembre aura exposé plusieurs vulnérabilités de la C64 : coordination perfectible, discipline difficile à maintenir dans le cortège, multiplicité des centres politiques et absence d’une véritable chaîne de commandement commune.
Le 22 septembre aura, à l’inverse, montré plusieurs caractéristiques de l’appareil UDPS : capacité de mobilisation des militants, coordination avec les partis alliés, message commun et organisation préalable de l’itinéraire.
Il ne s’agit pas de dire qu’une mobilisation constitue à elle seule une mesure de popularité nationale. Une foule dans la rue ne représente pas automatiquement l’ensemble de l’électorat.
Mais en matière de capacité organisationnelle, les images et le déroulement des deux journées fournissent des enseignements intéressants.
La C64 : des tactiques à revoir
Le principal défi de la C64 n’est peut-être donc pas son manque de personnalités. C’est presque l’inverse.
Elle dispose de plusieurs personnalités de premier plan, mais doit encore démontrer qu’elle peut transformer cette pluralité en une organisation cohérente, disciplinée et capable d’agir d’une seule voix.
Car une coalition peut être forte sur le papier et vulnérable sur le terrain.
L’UDPS, elle, bénéficie d’un avantage structurel : celui d’un parti disposant d’une organisation nationale qui facilite la coordination de ses initiatives politiques.
Le 22 septembre en a fourni une illustration.
La comparaison du 15 et du 22 septembre ne permet donc pas de proclamer un vainqueur politique. Elle permet plutôt d’identifier deux modèles.
D’un côté, une coalition d’opposition large, riche en personnalités mais confrontée à des difficultés de coordination et à un leadership politique conflictuel.
De l’autre, un parti présidentiel capable de mobiliser son appareil et ses alliés autour d’un message et d’un itinéraire clairement définis.
La C64 devra donc désormais résoudre son équation interne: comment transformer plusieurs leaders en une véritable force collective ?
L’UDPS, elle, vient de rappeler qu’en politique, la stratégie compte autant que le discours.
Et dans une bataille politique appelée à se poursuivre, cette capacité d’organisation pourrait peser lourd dans les prochaines mobilisations.
Le 15 septembre a exposé les fragilités de la C64. Le 22 septembre a révélé la mécanique organisationnelle de l’UDPS. Deux marches, deux méthodes, deux réalités politiques.
José Mbembo