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CRIMES DANS LES MINES DE L’EST DE LA RDC : Drôle de libération par les RDF-AFC/M23

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Le rapport publié par Amnesty International le 21 septembre 2026 décrit une mécanique de terreur et de prédation systémique dans les zones minières de Rubaya et de Lomera, occupés par les troupes rwandaises accompagnées par les renégats congolais de l’AFC/M23. Dix-huit mineurs ont été sommairement abattus par un escadron de la mort ; des civils torturés ou réduits en esclavage et au travail forcé tandis que de l’or et du coltan extraits des riches filons de la région prenaient le chemin de Kigali où ils sont estampillés ‘’made in Rwanda’’. À mesure que les révélations s’accumulent, le discours de l’AFC/M23 sur la «libération du peuple congolais» percute une réalité brutale : dans les territoires sous contrôle rwandais administrés par l’AFC/M23, le peuple congolais est précisément celui qui paie le plus lourd tribut.

Le sol de l’Est congolais ne livre plus seulement de l’or et du coltan. Il livre désormais les preuves d’un système où la conquête militaire, la contrainte sur les populations et l’exploitation des ressources avancent de pair. Le rapport d’Amnesty International, consacré aux exactions commises dans les mines artisanales contrôlées par le Mouvement du 23 mars, supplétif de l’armée rwandaise, apporte une nouvelle pièce à un dossier déjà lourd. À Rubaya, capitale mondiale du coltan au Nord-Kivu, comme à Lomera, au Sud-Kivu, les creuseurs ne sont plus traités comme des travailleurs, mais comme une main-d’œuvre captive placée sous la supervision de nervis bien armés qui son chargés de veiller à ce que les produits miniers destinés à la principauté militaire rwandaise ne soit pas «détournés» par les Congolais.

L’organisation internationale dit avoir recueilli 26 témoignages entre janvier et avril 2026, auprès de mineurs, de proches de victimes et d’autres personnes liées aux sites miniers. Elle affirme avoir documenté l’exécution sommaire de 18 mineurs artisanaux. Dix d’entre eux auraient été battus à mort, deux tués par balle et six enlevés avant d’être retrouvés morts. Ces faits sont attribués par Amnesty à des combattants du M23 ou à des gardes collaborant avec ce groupe armé. Ils devront naturellement être établis par les instances judiciaires compétentes. Mais ils sont suffisamment graves et documentés pour empêcher toute banalisation.

Le rapport évoque également des actes de torture, des détentions arbitraires et le travail forcé. Des mineurs auraient été enfermés, battus et contraints de retourner dans les puits pour produire au bénéfice de ceux qui contrôlent désormais les sites. D’autres auraient été menacés d’être envoyés dans des camps d’entraînement du M23 s’ils ne payaient pas une rançon à l’occupant. Sept personnes interrogées par Amnesty ont ainsi rapporté des menaces de recrutement forcé. Derrière le vocabulaire de la révolution et de la libération des Congolais par le Rwanda, c’est donc une population congolaise inoffensive qui se retrouve soumise à la terreur, à de multiples impôts de guerre et à la confiscation de son travail.

Le minerai suit la route de la violence

La dimension économique du rapport est tout aussi accablante. À Lomera, Amnesty dit avoir recueilli des éléments sur l’acheminement de terres aurifères par le lac Kivu et par la route vers Kamembe, au Rwanda. L’organisation indique avoir géolocalisé une photographie montrant le chargement de sacs au port de Lomera. Elle précise toutefois ne pas pouvoir déterminer si toute la terre observée à Kamembe et à Kacyangugu provenait bien de cette mine ni quelle a été sa destination finale. Cette précision n’enlève rien à la gravité du signalement; elle montre au contraire la rigueur nécessaire pour suivre une chaîne clandestine conçue pour effacer l’origine congolaise des minerais.

Pour le coltan de Rubaya, Amnesty renvoie aux rapports du groupe d’experts des Nations unies. Ceux-ci ont décrit le contrôle, par l’AFC/M23, de sites miniers, de centres de négoce et de routes de transport après la prise de Rubaya. Le rapport onusien de 2025 faisait état d’un risque croissant de fraude transfrontalière et de l’acheminement clandestin de minerais vers le Rwanda, parrain direct de toutes ces pantalonnades, où ils pouvaient être mélangés à la production locale avant leur exportation. La question n’est donc pas celle d’un simple trafic de fortune. Elle concerne un circuit économique criminel qui transforme le sous-sol congolais en carburant de la guerre.

Les mesures prises par les États-Unis et l’Union européenne ont renforcé la portée de ces constats. Washington a sanctionné des responsables rwandais et des cadres liés au M23, en invoquant notamment le soutien militaire et les flux illicites de minerais. Bruxelles a, de son côté, inscrit plusieurs personnes et une raffinerie d’or de Kigali sur sa liste de sanctions, en affirmant que des ressources provenant de zones contrôlées par le M23 étaient acheminées au Rwanda.

Ces sanctions, qui ne constituent pas des condamnations pénales,  témoignent néanmoins du degré de préoccupation atteint dans les chancelleries occidentales face à l’imbrication entre la guerre, le contrôle territorial et le commerce des minerais.

Mais surpris la main dans le sac, tel que le démontre plusieurs rapports des experts des nations unies, Kigali continue toujours de répéter les accusations relatives à une prétendue collusion de la RDC avec les rebelles rwandais des FDLR pour continuer le pillage des ressources congolaises. Cette position doit être rapportée. Elle ne suffit cependant pas à effacer les conclusions successives des experts des Nations unies, les sanctions et les témoignages recueillis par les organisations de défense des droits humains. La vérité judiciaire devra établir les responsabilités individuelles et étatiques. En attendant, les faits appellent une traçabilité indépendante, un accès libre aux sites concernés et des enquêtes qui ne soient pas conduites par ceux qui contrôlent militairement les territoires.

Des crimes qui ne datent pas d’hier

Le rapport d’Amnesty ne surgit pas dans un désert documentaire. Depuis l’entrée du M23 à Goma et dans quelques entités des deux Kivu, dans l’Est de la RDC, les rapports des Nations unies et de Human Rights Watch font état d’exécutions sommaires, de détentions arbitraires, de tortures, de recrutements forcés, de violences sexuelles et de disparitions. À Goma, Human Rights Watch a documenté l’exécution d’au moins 21 civils en février 2025. Dans le territoire de Rutshuru, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a rapporté la mort d’au moins 319 civils entre le 9 et le 21 juillet 2025, parmi lesquels des femmes et des enfants.

Human Rights Watch a également recensé plus de 140 civils tués ou portés disparus dans plusieurs villages de Rutshuru durant le mois de juillet 2025. Une mission d’établissement des faits des Nations unies a, pour sa part, estimé disposer de motifs raisonnables de croire que des membres du M23 avaient pu commettre des crimes contre l’humanité, notamment des meurtres, des actes de torture, des disparitions forcées, des viols et de l’esclavage sexuel.

Ces qualifications relèvent d’un processus d’établissement des responsabilités. Elles donnent toutefois la mesure de la tragédie qui se déroule loin des projecteurs.

Le plus révoltant tient au décalage entre le discours et les actes. Ceux qui prétendent libérer le peuple congolais commencent par tuer des civils, enlever des mineurs, recruter des enfants, terroriser les familles et confisquer la production des travailleurs. Ils parlent de sécurité tout en imposant des camps, des rafles et des disparitions. Ils invoquent la dignité des communautés tout en transformant leurs terres en réserves minières administrées par la force. Une prétendue libération qui s’exerce contre les populations libérées porte un autre nom : la domination.

Washington et Doha, un refuge pour l’impunité ?

L’accord de Washington et les discussions de Doha ont ouvert des voies diplomatiques indispensables pour rechercher une issue au conflit. La Déclaration de principes signée à Doha entre Kinshasa et l’AFC/M23 prévoit un cessez-le-feu, la protection des civils et le retour des déplacés. L’accord conclu à Washington entre la RDC et le Rwanda engage les parties à ne pas soutenir les groupes armés et prévoit que toute éventuelle intégration de combattants soit individualisée et conditionnée au respect du droit international humanitaire.

Ces engagements ne peuvent cependant servir de paravent aux auteurs de crimes de guerre et contre l’humanité dûment dénoncés. La paix ne se résume pas à la signature d’un document. Elle suppose la protection des victimes, la restitution des biens, l’identification des responsables et la réparation des préjudices. Elle suppose aussi que les commanditaires, les exécutants et les financiers répondent de leurs actes. L’amnistie générale des crimes graves ne peut pas devenir le prix d’un arrangement diplomatique.

La justice nationale devrait s’activer d’ores et déjà, avec des enquêtes indépendantes, la protection des témoins et la conservation des preuves. La justice internationale, elle, devra également poursuivre sa mission. La Cour pénale internationale est déjà saisie de la situation en République démocratique du Congo et son enquête couvre les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité allégués dans l’Est du pays depuis 2022. Les négociations politiques peuvent arrêter les armes ; elles n’arrêteront nullement la recherche de la vérité et de la justice.

 FIDEL SONGO

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