Véritable levée de boucliers au Rwanda à l’annonce du protocole d’accord entre les FDLR et le gouvernement congolais pour un désarmement sans bain de sang de ces rebelles rwandais, prétexte à l’invasion des RDF au Congo. Le mythe de la ‘‘neutralisation des génocidaires FDLR’’ dont Kagame a usé et abusé au cours des 30 dernières années pour dérouler sa politique hégémoniste en RDC ne fait plus illusion.
L’inénarrable Olivier Nduhungirehe et Yolande Makolo, plénipotentiaires des extrémistes rwandais, se démènent pour que le pain des rapines ne soit retiré de la bouche de la principauté militaire de Kigali.
C’est avec une rapidité de l’éclair qu’ils ont réagi à l’annonce de la signature d’un protocole de désarmement, démobilisation et cantonnement des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR).
Sur les réseaux sociaux, Nduhungirehe, ministre rwandais des Affaires étrangères, et Yolande Makolo, porte-parole du gouvernement, se sont empressés de casser du sucre sur cette issue non sanglante.
Pour le chef diplomate de Kagame, le document signé par ses compatriotes rebelles FDLR hutus (il en est un lui-même) ne figurerait pas dans les Accords de Washington. Il accuse Kinshasa de «retarder la mise en œuvre de ses engagements sécuritaires liés à la neutralisation des FDLR». A son point de vue, l’acceptation par les rebelles FDLR de déposer les armes et de se rendre est «une manœuvre politique dépourvue de tout fondement juridique, œuvre d’une trinité malfaisante regroupant le gouvernement congolais, les FDLR et leur idéologie génocidaire. Il ne saurait se substituer à l’obligation de neutralisation prévue par le Concept des opérations (CONOPS) adopté à Luanda et son ordre opérationnel censé être exécuté dans un délai de 9O jours». Comprenne qui pourra. Nduhungirehe pousse la confusion à son comble en accusant Kinshasa d’avoir «plutôt renforcé son soutien opérationnel aux rebelles rwandais, depuis l’accord du 4 décembre 2025, en intégrant en partie les FDLR dans son armée». Question : renforce-t-on un soutien à un groupe armé en le contraignant d’accepter de déposer les armes ?
Neutralisation vs protocole d’accord
Sur le même sujet, Yolande Makolo soutient que «l’accord de Washington appelle à la neutralisation des FDLR et non à un protocole négocié avec une milice génocidaire que la RDC continue d’armer et de soutenir», ce qui fait réagir le politologue Mwin Musoko qui se demande si ce qui intéresse les rwandais c’est la procédure de désarmement ou le désarmement lui-même. «Qu’il soit le résultat des combats avec lourdes pertes des deux côtés comme le souhaitent les phalanges kagaméennes ou un protocole de reddition volontaire des FDLR, ce qui importe, c’est leur mise hors d’état de nuire tant au Rwanda qu’à la RDC», explique-t-il.
Le 28 juillet 2026 à Kinshasa, Floribert Anzuluni, ministre de la Coopération régionale de la RDC, avait annoncé l’engagement des rebelles rwandais à déposer les armes et à dissoudre leur mouvement à certaines conditions. Ce qui, pour le gouvernement de la RDC, représente une étape importante dans la mise en œuvre de ses engagements souscrits à Washington pour la paix. Kinshasa ne s’en cache nullement. L’accord signé avec les FDLR s’inscrit dans le cadre des efforts visant à vider de leur substance les arguments de Kigali pour justifier la présence de ses troupes à l’Est de son territoire. Les FDLR ont accepté, dans une première phase, d’intégrer un processus de démilitarisation, démobilisation et cantonnement sous conditions. Notamment, la mise à disposition de lieux suffisamment sécurisés et viables pour accueillir les démobilisés et conjurer les difficultés éprouvées lors de précédentes tentatives du genre. Ils demandent en outre que, conformément au droit international humanitaire, leur retour au Rwanda soit volontaire. «Les démobilisés ne seront pas retournés de force au Rwanda. Le retour doit être volontaire. Nous avons estimé que ces deux conditions étaient globalement acceptables», a déclaré Floribert Anzuluni.
Démilitarisation, démobilisation et cantonnement
Les FDLR se sont engagés, dans une seconde phase, à dissoudre définitivement leur mouvement, selon l’accord conclu avec Kinshasa, et conformément au CONOPS et à l’Accord de Washington. Du point de vue de Kinshasa, deux solutions se présentaient pour mettre un terme à la menace FDLR: la sensibilisation pour obtenir un désarmement pacifique et, à défaut, une offensive militaire pour le même résultat. La première des deux solutions a abouti à la signature du protocole présenté mardi dernier à l’opinion. Tout bénéfice pour la RDC dans la recherche d’une solution moins coûteuse à ce problème qui est primordialement rwandais et non congolais.
La notion de «neutralisation» des FDLR contenue aussi bien dans le CONOPS de Luanda que dans l’Accord de Washington est diversement interprétée par Kinshasa et Kigali.
Pour Kinshasa, neutraliser signifie «faire disparaître ce que le Rwanda qualifie de menace représentée par les FDLR», selon les termes de Floribert Anzuluni. Ce n’est ni leur protection, ni leur reconnaissance, et encore moins leur maintien sur le terrain. Cette neutralisation se traduit par le désarmement, la démobilisation, le démantèlement des réseaux, l’arrestation des individus recherchés et la fin de leur capacité à mener une quelconque activité armée. «Une force neutralisée est une force qui ne représente plus une menace. C’est cela qui a été convenu dans l’Accord», a précisé Anzuluni.
De leur côté, les autorités rwandaises semblent taraudées par l’obsession de transformer le groupe armé FDLR en ‘‘idéologie génocidaire’’. Ce narratif concocté depuis belle lurette permet aux extrémistes au pouvoir à Kigali de réchauffer le prétexte qui pérennise leurs incursions dans les riches territoires congolais.
La notion d’«idéologie génocidaire» d’invention rwandaise n’est en l’espèce qu’un concept creux et instrumentalisé, selon plusieurs analystes.
De fait, ce crime s’explique plus par une peur exacerbée, un sentiment d’insécurité ontologique, des contraintes sociales et des pressions locales exercées par des extrémistes (Scott Strauss et J.F. Le Drian, Ce qui s’est produit en 1994, Ndlr) que par l’adhésion à une idéologie cohérente et déterminante au vrai sens du terme. C’est le résulat d’une stratégie morbide délibérément choisie par les extrémistes des deux bords: assimiler systématiquement l’ensemble d’une communauté aux combattants de l’un ou l’autre camp.
Il en est de même de l’assimilation, de plus en plus fréquente par l’armée numérique de Kagame, des FDLR aux FARDC, une mascarade par laquelle Kagame tente maladroitement d’obtenir le démantèlement pur et simple des forces gouvernementales congolaises qui combattent son invasion de la RDC. Baker Biansi, un internaute spécialiste des questions sécuritaires dans les Grands Lacs écrit à ce sujet que «ce sont les Rwandais qui écument le territoire de la RDC, et non l’inverse. Il est impensable qu’un agresseur exige de l’agressé de se désarmer en premier», note-il avec pertinence.
Les rebelles rwandais des FDLR, c’est bien Kigali qui en a un besoin permanent et vital pour leur projet prédateur en RDC.
J.N.