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GUERRE RWANDA-RDC : Kagame, nostalgique d’une impossible dynastie tutsie

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Paul Kagame et le mwami Kigeri V
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Dans les territoires occupés par l’AFC/M23 et l’armée rwandaise au Nord et au Sud-Kivu, le calvaire des Congolais est loin de s’arrêter. Lorsqu’elles ne sont pas contraintes à l’errance dans leur propre pays, les populations autochtones sont soumises à des exactions et maltraitances indicibles.
Le 26 septembre 2026, des chefs locaux ont été interpellés et envoyés à Chanzu pour une ‘’formation politique’’ sous la férule des renégats de l’AFC-M23 qui servent de supplétifs zélés à l’armée d’occupation rwandaise, selon un reportage de Daniel Michombero. Des dizaines de notables locaux du territoire de Kalehe, au Sud-Kivu, ont ainsi été appréhendés et conduits sous bonne escorte loin de leurs villages, de même que ceux du territoire de Rutshuru. Ils seraient au total une trentaine de personnalités issues des groupements de Buzi, Bulenga, Bwisha, Kalungu, Kishinji, Mulala, Kitembo, Muhanga et des localités environnantes de Minova. Parmi eux, des chefs de village, des secrétaires de groupements, des conseillers des Barzas communautaires et des recenseurs, selon la source. Les familles disent tout ignorer de la durée de cet internement. «Nous ne savons ni quand il reviendra, ni ce qu’on leur enseigne là-bas. Nous voulons simplement qu’ils rentrent sains et saufs», déclare, éplorée, l’épouse d’un sous-chef de village, citée par notre confrère.
Ainsi va la vie en territoires occupés par le Rwanda et ses supplétifs de l’AFC/M23, ainsi que l’a déjà confirmé au moins un rapport de Human Rights Watch, en juin 2026. Le M23 force des chefs coutumiers à suivre un entraînement militaire et à livrer des recrues, les traitant comme des «réservistes», selon l’ONG.
Accélération de la
gouvernance parallèle
Sur le terrain des opérations dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, l’accélération d’une gouvernance parallèle mise fébrilement en place par la coalition AFC/M23-RDF se consolide. Le projet de balkanisation de la RDC va désormais bien au-delà de simples revendications sécuritaires et s’inscrit dans une logique d’emprise politique et administrative à long terme.
Les récentes nominations à la tête des institutions d’enseignement supérieur et universitaire en sont un exemple éloquent.
En août 2026, les autorités de facto de la rébellion ont promulgué une série de décrets nommant de nouveaux dirigeants à la tête de dix établissements d’enseignement supérieur publics à Goma et Bukavu. Parmi les institutions ciblées figurent l’Université Officielle de Bukavu (UOB), l’Université de Goma (UNIGOM), ainsi que plusieurs Instituts Supérieurs (ISC, ISTM, ISP, ISDR).
Au-delà de l’éducation, le dernier rapport du groupe d’experts des Nations Unies révèle que la rébellion s’est muée en une structure étatique de facto en centralisant la fiscalité : la rébellion perçoit directement les taxes douanières et impose des prélèvements obligatoires sur les pauvres populations locales ; elle contrôle les services publics, en gérant de manière autonome la distribution d’eau et l’électricité (REGIDESO et SNEL), par exemple ; et les zones sous occupation rebelle – RDF sont divisées en trois zones de défense militaire et administrative distinctes, sous le commandement stratégique d’officiers rwandais.
Selon les analystes onusiens, l’objectif du Rwanda et de ses supplétifs de l’AFC/M23 n’est plus seulement d’obtenir un accord d’intégration militaire au sein des FARDC comme lors des précédents conflits. La rébellion poursuit un but plus radical : soit le renversement du pouvoir central, soit l’institutionnalisation d’une entité autonome baptisée «République fédérale du Congo». Sur le plan logistique, les effectifs du mouvement approcheraient désormais les 30.000 combattants, appuyés au plus fort par un contingent de 18.000 soldats de l’armée rwandaise (RDF) déployés de manière continue dans le Nord et le Sud-Kivu.
Ambitions territoriales affirmées
De ses ambitions territoriales sur son voisin rd congolais, Paul Kagame ne fait vraiment plus mystère. En avril 2023, le chef de la principauté militaire installée au Rwanda avait le plus officiellement du monde déclaré au cours d’un séjour au Bénin que «les frontières du Rwanda actuel résultaient des découpages coloniaux et qu’une partie du Rwanda précolonial avait été attribuée à la RDC et à l’Ouganda». Depuis lors, l’appareil médiatique au service du pouvoir mono ethnique rwandais instrumentalise ce récit historique forgé de toutes pièces pour tenter de légitimer l’occupation militaire du Nord et du Sud-Kivu par ses troupes et leurs supplétifs de l’AFC/M23. A la mi-2026, des symboles séparatistes, à l’instar du drapeau d’une prétendue «République du Kivu» sont apparues dans les territoires occupés par le Rwanda.
Le 28 juillet 2026 à Kigali, le président rwandais s’exprimant devant un parterre de membres du directoire du Front patriotique rwandais, s’inquiétait publiquement de l’avenir de l’héritage territorial qu’il entendait léguer au pays des mille collines : «Tout cela pourrait être gaspillé. Les gens ont libéré ce pays. Ils ont mis en place des politiques pour réunir les Rwandais, des politiques qui stimuleraient le développement, afin que le Rwanda puisse avancer au lieu de rester un pays pauvre dépendant des autres. Allez-vous laisser tout cela être défait ? S’il vous plaît, ne le faites pas. Je vous demande de ne pas le faire. Ne soyez pas ceux qui provoquent une telle tragédie», s’écriait-il alors que des sanctions, notamment américaines, s’abattaient sur les cercles du pouvoir imposé au forceps par les extrémistes du FPR.
Suffisant pour que les médias rwandais réactivent la rhétorique des prétendues propriétés territoriales rwandaises en RDC qui auraient été spoliées en 1885, bien longtemps avant l’existence du Rwanda comme une entité étatique !
Mi-août 2026, alors que l’opposition congolaise réunie sous la bannière de la C64 ruait sur les brancards sous prétexte de défendre une constitution par ailleurs foulée au pieds par l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda, à Kigali des médias gouvernementaux vantaient la séparation de fait des Kivu d’avec Kinshasa et le retour au Rwanda de cette partie du territoire de la RDC. Dans un article du Zammagazine du 21 septembre 2026, Samuel Baker Byansi rapporte que le Kigali Daily News a publié un article plus suggestif qu’informatif intitulé : «Le Kivu va-t-il quitter Kinshasa pour Kigali après plus d’un siècle de séparation coloniale ?». Ce périodique proche du régime Kagame a invité ses lecteurs à imaginer un redécoupage de la carte des Grands Lacs en dépeignant le Nord et le Sud-Kivu comme séparés de Kinshasa par «1.500 km de jungle» et en cours de rupture de liens avec cette capitale lointaine et absente pour se tourner à nouveau vers le Rwanda. Kigali Daily News assure que ces provinces «fonctionnent» déjà comme une entité distincte de la RDC.
Le mythe du «Grand Rwanda»
A la base de ce révisionnisme historique façonné de bric et de broc, le mythe réactivé du «Grand Rwanda». Il avait été réchauffé pour la première fois en 1996 (déjà), au début de la première agression de la RDC, par le président rwandais de l’époque, Pasteur Bizimungu.

Au cours d’un discours, ce hutu de service qui a tourné casaque depuis, avait brandi une carte d’un «Grand Rwanda» englobant une grande partie de l’Est du Zaïre, appelant à redessiner les frontières de la région au profit de Kigali. «Trente ans plus tard, l’article de Kigali Daily News présente la même carte, avec une meilleure qualité de réalisation», note Baker Byansi.

Un royaume purement imaginaire

Seulement, de «Grand Royaume du Rwanda», il n’en a jamais existé. Ni dans la région des Grands Lacs africains, ni ailleurs à travers le continent africain. C’est ce qu’attestent des recherches anciennes et récentes rigoureuses qui démontrent qu’à la fin du XIXe siècle, le royaume du Rwanda était plus restreint que le Rwanda actuel. Sans ambages. Le récit d’un Kivu historiquement rwandais est «une contre-vérité scientifique» rejetée par les historiens dans la région, dont le Congolais Isidore Ndaywell, dont les études font autorité en la matière. Mais aussi par d’autres historiens de renom comme Jean Vansinna. Tous s’accordent sur le fait que «avant la colonisation, l’Est de l’actuelle RDC était structuré autour de royaumes locaux autonomes bien définis (les royaumes des Shi au Sud-Kivu, des Havu, des Hunde et des Nyanga au Nord-Kivu). Le Royaume du Rwanda, bien qu’expansionniste sous certains souverains (comme le mwami Kigeri IV Rwabugiri à la fin du XIXe siècle), y a mené des raids militaires et des incursions temporaires, mais n’y a jamais établi d’administration permanente, de souveraineté durable, ni d’intégration territoriale».

S’agissant des frontières héritées de la colonisation, elles ont été fixées lors de la conférence de Berlin (1884-1885) et affinées par des conventions belgo-allemandes directes en 1910. Les tracés se sont appuyés sur des réalités géographiques claires (comme le lac Kivu et la rivière Ruzizi), indiquent ces sources.

Le psychisme déréglé de Kagame

De plus en plus d’observateurs trouvent dans le psychisme personnel du dictateur rwandais les sources profondes de ses lubies expansionnistes et hégémonistes. Particulièrement, dans son passé d’aristocrate tutsi contraint de végéter dans des camps des réfugiés en Ouganda avant de se lancer à la reconquête, sanglante s’il en fut, de la mère patrie.

Avec quelques milliers de ses compatriotes tutsis, Paul Kagame a gagné l’Ouganda dans des conditions d’extrême précarité, fuyant les violences de la révolution rwandaise de 1959. Sa famille, liée à la royauté tutsie de l’époque, s’est exilée entre 1959 et 1960 pour échapper aux persécutions et aux massacres dirigés contre la minorité tutsie par les «révolutionnaires» hutu à la fin de l’époque coloniale belge, selon la plupart des sources.

Kagame et les siens passeront ainsi près de 24 ans sous le statut de réfugié, installés dans des camps en Ouganda (notamment dans la région de Toro), dans le dénuement total et l’incertitude des lendemains. D’autant plus qu’ils devaient faire face à une marginalisation constante et aux discriminations du gouvernement de Milton Obote et des gouvernements qui se succèdent dans le pays hôte, qui les perçoivent comme une menace et un fardeau.

L’exil éprouvant

en Ouganda

La précarité et la persécution de cet exil poussent ainsi de nombreux réfugiés rwandais à s’allier à l’opposition interne ougandaise. Des figures de la communauté, à l’instar de Fred Rwigema, sensibilisent en faveur du ralliement à la rébellion ougandaise et à la guérilla locale pour assurer leur propre sécurité.

C’est avec Rwigema et Kagame que Yoweri Museveni et une vingtaine de baroudeurs fondent la National Resistance Army (NRA) 1980, pour lancer la guerre de brousse en Ouganda. Kagame qui devient officier de renseignement de la rébellion, et ses compagnons tutsi rwandais acquiert le grade de major dans la NRA. Fred Rwigema nommé général est nommé vice-ministre de la Défense de l’Ouganda tandis que James Kabarebe reçoit une formation tactique solide avant d’être nommé lieutenant-colonel de l’armée ougandaise après la victoire de Museveni en 1986. Ils posent les bases militaires de leur propre rébellion : le Front patriotique rwandais (FPR) qui va permettra leur retour armé en conquérant au pays des mille collines quatre ans plus tard, en 1990.

Il est rappelé que même s’il n’appartenait pas à la dynastie régnante au moment des faits, Paul Kagame est indéniablement issu des Abanyinginya, une partie de la haute aristocratie tutsie et a des liens familiaux directs avec la cour royale : Sa mère, Astrid Bisinda, était la sœur de la reine Rosalie Gicanda, épouse du roi Mutara III Rudahigwa, ci-devant prédécesseur et frère aîné du dernier roi régnant, Kigeri V Ndahindurwa.

Plusieurs observateurs attribuent à Kagame des motivations vengeresses radicales. Contre les descendants des meneurs de la «Révolution sociale» hutu qui avait défait la monarchie séculaire rwandaise au début des années ’60. Mais aussi contre tout ce qui peut contrarier son ambition dévorante de restaurer la grandeur d’antan d’une monarchie dont il serait le seul et unique monarque, autant qu’un vaste royaume qui, lui, est le fruit de son imagination débridée.

Lorsque quelques 4.000 combattants du FPR déferlent sur le Rwanda de Juvénal Habyarimana le 1er octobre 1990, ils ne font pas de quartier. Les populations civiles hutu rencontrées sur leur chemin sont indistinctement fauchées. Selon des estimations documentées, notamment par l’ONU, l’Armée patriotique rwandaise (APR) de Paul Kagame n’avait pas attendu la commission du génocide de 1994 pour «nettoyer» le Rwanda de son trop plein de Hutu. Après avoir été mis en déroute par 500 commandos des Forces armées zaïroises envoyés au secours du président Habyarimana, les miliciens du FPR-APR sont revenus à la charge avec de nouvelles offensives notamment en février 1993, entraînant plus d’un million de déplacés internes, mais surtout, «des dizaines de milliers de morts civils» dans les zones sous contrôle des assaillants venus de l’Ouganda. Dont celui de Byumba, relaté par J. Rever et certains autres enquêteurs spécialistes des questions sécuritaires de la région.

De même que pendant le génocide, des «massacres de représailles» furent également dénoncés, au cours desquels des exécutions massives des civils Hutus ont été enregistrés. Selon le «Rapport Gersony» (HCR) rendu après une enquête sur le terrain en septembre 1994 mais interdit de publication, l’APR avait tué de manière systématique entre 25.000 et 45.000 civils Hutus entre avril et août de la même année. Alors que des enquêteurs indépendants estiment que ces massacres de «nettoyage» ont fait entre 60.000 et 100.000 victimes. Notamment, celui perpétré à Kibeho en avril 1995, lorsque l’APR ouvrit le feu sur un camp de déplacés internes Hutus. Entre 4.000 et 8.000 civils ont été tués, selon les Casques bleus australiens et des ONG présentes sur place.

Le génocide des tutsi et des hutu modérés de 1994 n’offrit donc qu’une sorte de blanc-seing supplémentaire aux combattants de l’APR soumis à la férule de Kagame après la mort mystérieuse du général Fred Rwigema. Désormais homme fort de Kigali, Paul Kagame a décidé en 1996, de poursuivre le travail de nettoyage des hutu au-delà des frontières rwandaises, en RDC. Selon le désormais célèbre «Rapport Mapping de l’ONU» de 2010, publié par le Haut-Commissariat des Nations-Unies aux droits de l’homme, des attaques systématiques de l’armée de Kagame et de ses alliés congolais de l’AFDL ont fait «des dizaines de milliers de morts parmi les réfugiés Hutus. Des massacres qui, s’ils étaient prouvés devant un tribunal, pourraient être qualifiés de crime de génocide», selon le doux euphémisme des rapporteurs. Plus de 200.000 réfugiés Hutus ont disparu, tués par l’armée rwandaise, la faim, l’épuisement ou les massacres à l’arme blanche, selon des organisations comme Médecins Sans Frontières (MSF).

Pour se prémunir des démons des révolutionnaires hutu des années ’60 et leurs descendants, Paul Kagame enferme les FDLR hutu et apparentés dans la notion ô combien élastique et malléable de «génocidaires», condamnés à être pourchassés et tués ad vitam aeternam, sous prétexte qu’ils représentent une menace existentielle pour le Rwanda. Même si dans la réalité, au Rwanda comme en RDC où certains parmi eux se sont réfugiés, c’est l’opposition majoritaire hutu qui se trouve ainsi définitivement ficelée. Comme sous la monarchie tutsie d’avant l’indépendance.

Les critiques rapprochent ainsi le pouvoir absolu et sans partage de Paul Kagame à l’absolutisme d’anciens rois rwandais. L’exercice du pouvoir dans la principauté militaire en place au Rwanda est une oligarchie dominée par une élite militaire issue de la minorité tutsie.

Cependant, de la royauté, Paul Kagame ne veut nullement. Le président rwandais s’est toujours fermement opposé au retour politique de la monarchie. Au point de laisser mourir en exil le dernier roi du Rwanda, Kigeri V, décédé aux Etats-Unis en 2016. S’il a accepté son retour physique au pays, Kagame a catégoriquement refusé de lui accorder le moindre statu politique ou symbolique constitutionnel.

Un seul « roi » suffit au Rwanda reconquis armes à la main par d’anciens réfugiés et rebelles ougandais. Il s’agit de Paul Kagame.

J.N.

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