Le rideau est tombé sur le feuilleton parlementaire de la loi référendaire. Après un parcours législatif sans embûches, l’Assemblée nationale et le Sénat ont définitivement scellé le sort de ce texte, ouvrant ainsi la voie à une potentielle réforme constitutionnelle. Un acte majeur qui reconfigure l’échiquier politique congolais et pousse l’opposition, défaite sur le terrain institutionnel, à reconsidérer ses stratégies.
Plus qu’une formalité législative, l’adoption de cette proposition de loi par les deux chambres du parlement témoigne d’une volonté politique assumée de poursuivre le processus engagé. Le 9 juin récent, l’Assemblée nationale a donné son quitus avec une majorité écrasante, reléguant les voix discordantes de l’opposition à de simples murmures. Le 15 juin, le Sénat, malgré les tensions palpables et les menaces de la coalition C64, a emboîté le pas en adoptant le texte à l’unanimité.
Ce consensus parlementaire, loin d’apaiser les esprits, a plutôt cristallisé les frustrations d’une opposition qui se voit désormais privée de ses leviers institutionnels.
L’opposition : une stratégie à double tranchant
Face à ce fait accompli, l’opposition, dont les rangs apparaissent parfois plus divisés que jamais, semble n’avoir d’autre alternative que la rue. La ville morte du 3 juin, puis le sit-in le 12 juin devant le Palais du Peuple au cours duquel l’opposant Martin Fayulu a été légèrement blessé lors d’affrontements, en fut une illustration amère. Loin de décourager les contestataires, ces incidents semblent avoir renforcé la détermination de certains à poursuivre la contestation hors des institutions. L’annonce d’une marche prochaine, avec pour destination le Palais de la Nation, siège de la présidence de la République, afin d’obtenir la démission du chef de l’État, s’inscrit dans cette logique de confrontation directe.
Cette stratégie de la rue, si elle peut paraître audacieuse, constitue également une manœuvre politique bien calculée. L’opposition, consciente de son poids limité au sein des institutions, cherche à déplacer le débat sur un terrain où elle espère retrouver une certaine légitimité et de la visibilité. L’objectif sous-jacent serait de susciter une révolte populaire à même de faire réagir violemment les forces de l’ordre et ternir l’image du régime pour créer des images susceptibles de provoquer l’indignation de la communauté internationale. En d’autres termes, transformer une éventuelle répression en victoire médiatique et diplomatique, en présentant le pouvoir en place comme autoritaire et répressif, insensible aux aspirations du peuple.
Fermeté ou retenue : Le pouvoir à l’épreuve
Pour le pouvoir en place, la situation demeure délicate. Tomber dans ce piège reviendrait à faire des opposants les martyrs tant recherchés par Fayulu et ses compères et alimenter ainsi le narratif d’un régime liberticide. Toutefois, l’inaction n’est pas davantage une option viable. L’expérience a montré que les manifestations, même pacifiques à l’origine, peuvent être infiltrées par des individus mal intentionnés dont l’agenda est tout autre : piller, saccager et semer le chaos. La protection des citoyens et de leurs biens demeure une prérogative essentielle de l’État, qui ne saurait transiger avec le maintien de l’ordre public.
La chronique politique congolaise se joue donc sur un fil. D’un côté, une opposition qui, après avoir épuisé ses cartouches, mise sur la rue pour exister politiquement et opte pour une autre dynamique. De l’autre, un pouvoir qui doit faire preuve de discernement, en alliant fermeté face aux dérives et intelligence stratégique afin de ne pas se laisser enfermer dans le rôle du bourreau.
L’enjeu est donc de taille. La stabilité du pays et la crédibilité de ses institutions en dépendent. L’histoire retiendra la manière dont chaque acteur aura joué sa partition dans cette symphonie politique complexe.
FIDEL SONGO