La gestion de la Fédération congolaise de football association (FECOFA) suscite un nombre croissant d’interrogations dans les milieux sportifs congolais. Au cœur du débat : la gouvernance de l’institution, la transparence dans l’utilisation des ressources, la gestion des fonds liés aux compétitions internationales et plusieurs décisions prises au sein de l’instance dirigeante du football congolais.
Loin des querelles de personnes, la question est de savoir comment les ressources dont bénéficie le football congolais sont gérées, notamment conformément aux principes de transparence, en fait, comme il se doit par une institution appelée à administrer des moyens importants.
Cette question s’impose dans un contexte où plusieurs dossiers sensibles continuent de susciter des polémiques, particulièrement sur la répartition de certains financements, la réhabilitation du Centre technique national Kurara Mpova, le départ de la secrétaire générale Lyly Thimpumpu et le recours à des collaborateurs venant de la Confédération africaine de football (CAF).
On apprend des sources proches de la fédération que les membres du Comité exécutif auraient pris connaissance de la répartition de certains fonds au moment même de la réunion au cours de laquelle le dossier leur a été présenté.
L’on rapporte donc que la répartition présentée par le président de la FECOFA, Véron Mosengo Omba, n’aurait pas fait l’objet d’une discussion préalable au sein du Comité exécutif. Les membres auraient essentiellement été informés de la clé de répartition retenue.
Ces informations, pas encore confirmées, soulèvent néanmoins une question de méthode : les membres d’une instance dirigeante disposent-ils, en amont des réunions, des éléments nécessaires pour examiner et apprécier les décisions financières qui leur sont soumises ?
On sait seulement que le fonctionnement d’un organe collégial suppose en principe que ses membres puissent prendre connaissance en amont de l’ordre du jour, des projets de décision et des documents justificatifs.
Or, les mêmes sources indiquent que les membres du comité n’ont été informés de l’ordre du jour de la réunion que le jour même de la séance.
Le dossier du Centre technique national Kurara Mpova constitue aujourd’hui l’un des points les plus sensibles.
Les 10 millions USD prévus pour la réhabilitation du site suscitent des interrogations quant aux modalités de leur utilisation ainsi qu’à la provenance de ce fonds.
La question est de savoir sur quels documents cette estimation a été faite.
Car, une réhabilitation d’une telle ampleur devrait normalement reposer sur un état des lieux technique, une étude de faisabilité, un programme détaillé des travaux et un cahier de charges permettant d’identifier les ouvrages concernés ainsi que les coûts estimatifs.
À ce stade, les interrogations portent donc notamment sur l’existence d’un rapport technique complet, d’une expertise indépendante et d’un document établissant de manière détaillée la composition de l’enveloppe annoncée.
La superficie exacte du site, l’état des bâtiments, les travaux prioritaires, les éventuels besoins de démolition ou de reconstruction et les coûts des différents lots devraient pouvoir être documentés.
À ces interrogations techniques s’ajoute la situation juridique du Centre Kurara Mpova.
Si le site fait effectivement l’objet de difficultés liées à son occupation, à sa propriété ou à son statut foncier, cette situation devrait être clarifiée avant tout investissement majeur.
Il serait difficilement compréhensible qu’une institution engage plusieurs millions dans la réhabilitation d’un site sans disposer au préalable d’une sécurité juridique suffisante sur le patrimoine concerné.
Il importe alors de connaître le statut foncier exact de Kurara Mpova ainsi que les documents certifiant les droits de la FECOFA sur le site.
La publication de ces éléments permettrait donc de dissiper une partie des interrogations et de distinguer les difficultés réelles des simples rumeurs.
Selon les informations circulant dans les milieux sportifs, le président Véron Mosengo Omba et le deuxième vice-président Amadou Diaby auraient été au centre des discussions relatives à la répartition des fonds.
Cependant, rien n’indique que la décision ait été prise par les deux hommes seuls. Il faut des preuves.
Au-delà, reste à savoir qui a formulé la proposition de répartition présentée au Comité exécutif et selon quels critères et à partir de quelles études.
Le fait que certains responsables aient participé à des discussions internationales ne saurait se substituer à une procédure interne transparente.
La responsabilité collective d’un Comité exécutif suppose que ses membres puissent examiner les propositions, demander des explications, les modifier si nécessaire et, finalement, assumer les décisions adoptées.
La gouvernance administrative de la FECOFA est également observée à travers le départ de sa secrétaire générale, Lyly Thimpumpu dans les circonstances qui restent à clarifier.
Il ne s’agit pas seulement de mettre en cause les protagonistes, mais de comprendre la procédure suivie et ses conséquences sur le fonctionnement de l’administration fédérale, la décision prise et par quelle instance, pour quels motifs, ainsi que les mesures prises pour garantir la continuité administrative.
Le recours à des profils ayant exercé ou travaillé au sein de la CAF alimente également le débat.
Lorsqu’une fédération mobilise des ressources importantes, des recrutements devraient pouvoir être justifiés par des besoins clairement identifiés.
La publication de ces informations permettrait de replacer le débat sur le terrain de la compétence et de l’efficacité plutôt que sur celui des suppositions.
Comme dans tout dossier disciplinaire ou réglementaire, la crédibilité de l’institution dépend de la clarté des procédures, de la compétence des organes saisis et de la motivation des décisions.
Dans le dossier Kurara Mpova, la question est de savoir comment les 10 millions USD ont été déterminés et comment ils seront gérés.
Mais aussi, comment s’est faite la répartition des fonds et le rôle respectif des différentes instances dans cette décision.
Autant des questions dont on attend des réponses de la part de la FECOFA.
Didier MBOKANDJA