Alors qu’elle voulait incarner le rempart ultime contre toute velléité de réforme constitutionnelle, la plateforme «Coalition Article 64» (C64) offre aujourd’hui le spectacle d’un navire qui tangue dans les flots. Entre défections fracassantes, accusations de subornation et guerres d’ego pour un leadership tournant, le constat est clair : cette aile de l’opposition congolaise s’est elle-même tiré une balle au pied, laissant le champ libre au pouvoir.
La C64 bat de l’aile. À peine trois mois après sa gestation, cette alliance de circonstance, censée faire trembler les institutions en place, prend l’eau de toutes parts. Le premier coup est venu d’un de ses membres les plus loquaces, Alain Bolodjwa. En claquant la porte de la plateforme, le leader de «Génération rupture» n’a pas fait les choses à moitié. Il a dépouillé C64 des derniers oripeaux de crédibilité qui la couvraient encore.
Le militantisme
à la pièce
Les révélations d’Alain Bolodjwa jettent un pavé dans la mare. Loin de l’image d’une adhésion populaire spontanée et d’une conviction citoyenne inébranlable que l’on a voulu vendre, Bolodjwa martèle que les mobilisations de la C64 ont souvent souffert d’un déficit d’ancrage réel dans le tissu socio-politique congolais. Selon ses propos, les manifestations de la coalition, qu’il s’agisse de la ville morte ou du sit-in devant le Palais du Peuple, reposeraient sur un système de monnayage. Les participants, loin de manifester par pure conviction, répondraient surtout à des motivations bassement pécuniaires. Des fonds importants auraient été transférés de la part tant de Moïse Katumbi, un membre de la coalition en exil volontaire en Europe, que de l’ancien président Joseph Kabila, non encarté dans C64 mais dont l’objectif serait de semer le chaos pour dégager son rival Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo avant la fin de son mandat.
Voilà qui questionne la légitimité populaire dont se prévalent les ténors de la C64. Dès lors qu’ils ont besoin de monnayer la présence des citoyens dans la rue, la réponse coule de source.
Pour les membres de la coalition, ces accusations de Bolodjwa ne sont que des «élucubrations d’un vendu instrumentalisé par le régime Tshisekedi». Question : N’étaient-ils pas au courant de la prétendue collusion entre Bolodjwa et le pouvoir au moment où ils co-fondaient avec lui la C64? En réalité, ces divisions internes traduisent un malaise profond et une déconnexion de ceux qui avaient parié sur la C64 pour animer une opposition républicaine en RDC.
Spectre Lamuka et
guéguerre des chefs
Les rivalités de leadership empoisonnent l’avenir de la C64 et ce, bien au-delà des questions financières. Le spectre de l’ancienne coalition Lamuka, où la course au leadership personnel avait fini par consumer l’appareil politique au détriment du collectif, hante les esprits. Entre figures de proue telles que Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund, ainsi que Matata et Katumbi à travers leurs représentants présents à Kinshasa, la méfiance mutuelle s’est installée. Chacun soupçonnant l’autre de manœuvres solitaires ou de tractations en coulisses avec l’autre camp en vue d’un éventuel dialogue avec le pouvoir.
Cette incapacité chronique à désigner un porte-étendard, même de manière temporaire, paralyse l’action de la plateforme. Selon plusieurs observateurs, la C64 navigue à vue, alternant les reports de ses mouvements de protestation avec les contacts diplomatiques et politiques. La marche initialement prévue le 8 juillet, puis renvoyée au 22, a finalement accouché d’un «ultimatum» fixé au 15 août. Un report de plus qui est perçu comme un aveu d’essoufflement.
Un ultimatum
en trompe-l’œil
Le dernier ultimatum du 15 août peut être considéré comme une énième manœuvre dilatoire pour masquer l’incapacité de la coalition à mobiliser durablement. Alors que le chef de l’État a, avec sagesse, tendu la main pour un dialogue interne en répondant favorablement aux préoccupations des confessions religieuses (CENCO, ECC, Réveil et Musulmans), l’opposition se retrouve coincée dans le traquenard de ses propres contradictions. Le fait d’accepter un second report tout en posant des conditions rigides en totale contradiction avec l’objectif initial (marche pour la démission d’un président auquel on demande de signer une ordonnance convoquant le dialogue entant que président), a achevé d’imploser la C64. Les irréductibles prônent la confrontation tandis que les modérés cherchent une issue pacifique.
C’est l’enfermement dans une impasse stratégique. Ces incohérences couplées aux querelles intestines et aux révélations en cascade affichent l’image d’une opposition en panne de vision, incapable de proposer une alternative crédible face à des institutions occupées à défendre le pays agressé et à bâtir l’avenir.
FS