Encore une affaire mettant en cause le président de la République honoraire, Joseph Kabila, déjà condamné par contumace à la peine de mort par la justice militaire de son pays. Selon un homme d’église congolais, le pasteur Marcel Kongololo, Joseph Kabila a détourné un diamant de 822 carats dérobé à son propriétaire en 2005. Détectée par la douane belge, la pierre précieuse avait été retournée aux autorités congolaises dans le cadre de l’application du processus de Kimberley.
Les faits remontent à la découverte d’un diamant extra-pur d’un puits artisanal financé par un homme d’affaires congolais, Théodore Mbiya Kalala de Mbujimayi au Kasai Oriental. Il entretenait financièrement l’exploitation de Mfumbu Kabuebue à Bena Tshisuaka dans la périphérie de la ville diamantifère congolaise à l’époque des faits. Selon les usages dans ce domaine, il était donc le propriétaire du diamant sorti de ces puits.
Selon les déclarations de Théodore Mbiya Kalala, la pierre de 822 carats avait été dérobée par le creuseur d’un puits voisin, revendue à des négociants locaux puis envoyée à Anvers en Belgique. Faute de documents administratifs attestant de son origine non criminelle et pour non-respect des circuits légaux d’exportation, la douane belge a saisi le colis précieux et l’a formellement restitué aux autorités de la RDC sous Joseph Kabila.
Dans cette affaire portée en justice, une commission ad-hoc constituée de hauts responsables congolais de l’époque avait effectué le déplacement express d’Anvers. André Philippe Futa (ministre des Finances), Jean-Claude Masangu (gouverneur de la Banque centrale du Congo) et un représentant du Centre d’expertise, d’évaluation et de certification (CEEC) avaient supervisé les démarches et assuré le rapatriement de la pierre précieuse en RDC.
Diamant retourné
d’Anvers
Retourné à Kinshasa, le diamant de 822 carats avait été saisi par le parquet général de la République qui, à son tour, l’avait entreposé dans les coffres de la Banque centrale du Congo pour des raisons de sécurité évidentes, selon cette source. C’est de la banque que le président de la République honoraire aurait soustrait le colis de M. Mbiya Kalala, assure l’intéressé.
En 2006, Joseph Kabila avait reçu le propriétaire du diamant en audience et lui avait promis de le remettre dans ses droits.
En 2009, l’ancien chef de l’État s’est présenté comme acheteur de la pierre précieuse. Au cours d’une audience, à sa demande, le propriétaire du diamant retourné d’Anvers, accompagné par 13 responsables religieux de la région de Mbujimayi ont été reçus à la présidence de la République. Un protocole d’accord a été signé entre le propriétaire et Excel Development, une entreprise liée à la famille Kabila. Il préconisait le rachat du diamant au prix de 600.000.000 USD ou le partage des bénéfices en cas de vente. Une partie de la somme devant être versée à une structure liée à Jaynet Kabila, selon la défense de M. Mbiya, qui assure que leur client n’a jamais rien perçu depuis.
La médiation sans
succès d’Olenghankoy
Pour éviter un procès judiciaire, le président de la République honoraire avait chargé M. Joseph Olenghankoy d’assurer la médiation dans ce dossier qui tournait au litige. Des rencontres avec les émissaires du président de la République, dont le pasteur Mugalu, Marcellin Cishambo ou encore Martin Kabuya ont eu lieu qui n’ont abouti à aucune solution, selon la partie Mbiya.
Profitant du changement intervenu à la tête du pays en 2020, M. Mbiya s’est pourvu en justice en 2020. Une plainte formelle contre Joseph Kabila a été déposée auprès du procureur général près la Cour de cassation à Kinshasa pour spoliation. Le diamantaire réclame la restitution de son diamant ou le paiement de sa contre-valeur assortie de 900 millions USD de dommages et intérêts. Mais le succès de ses démarches n’est pas encore au rendez-vous.
C’est ici qu’intervient le pasteur Marcel Kongolo de l’église Christ Europe chrétien (CEC), une église basée à Paris. Contacté par le diamantaire de Mbujimayi, il confie le dossier à un cabinet d’avocats ayant pignon sur rue dans la capitale française et connue pour avoir plaidé dans les dossiers des chefs d’État de Guinée Équatoriale et du Congo-Brazzaville. L’affaire s’orientait vers une saisie des biens de Joseph Kabila lorsque Marcel Kongolo apprendra que le président de la République honoraire étant devenu, lui aussi, client du même cabinet, il y avait conflit d’intérêts. Les avocats parisiens ne pouvaient plus traiter le dossier de son protégé de Mbujimayi.
En séjour à Kinshasa, le pasteur de Christ Europe chrétien sollicite l’implication du président de la République pour débloquer le dossier déjà transmis à la justice congolaise et rétablir le propriétaire du diamant de 822 carats dans ses droits.
Dans le camp du président de la République honoraire, services de communication et conseils judiciaires rejettent en bloc les accusations de la partie Mbiya. Il s’agirait de manœuvres politiques visant à ternir l’image de Joseph Kabila, selon eux. Une allégation qui reste à prouver.
J.N.