Les États-Unis veulent contrer l’influence de la Chine en Afrique.
Une mine tenue par les rebelles de l’AFC/M23 figure sur la liste restreinte pour un potentiel investissement américain.
Les investisseurs du pays de Donald Trump se renseignent sur le cadre réglementaire congolais, rapporte Olivia Kumwenda-Ntambo et Reuters.
Des entreprises américaines manifestent un intérêt «significatif» pour les actifs miniers de la République démocratique du Congo, notamment la zone de Rubaya, contrôlée par les rebelles, a déclaré une responsable du Département d’État, ajoutant que les investissements dans cette zone devront être conformes aux réglementations en vigueur. Plus tôt cette année, le Congo a transmis à Washington une liste restreinte d’actifs stratégiques – notamment des projets de manganèse, de cuivre-cobalt, d’or et de lithium – à l’attention des investisseurs américains, dans le cadre d’un partenariat minier.
Les États-Unis espèrent, grâce à ce partenariat minier, transformer les accords de paix et d’investissement conclus avec le Congo en une influence sur la chaîne d’approvisionnement du pays en minéraux critiques.
Les États-Unis ont intensifié leurs efforts pour sécuriser leurs approvisionnements mondiaux en minéraux critiques, destinés à constituer un stock stratégique de métaux, dans le but de réduire leur dépendance à l’égard de la Chine et de contrer sa domination en Afrique.
«Les États-Unis sont en train de solliciter l’avis du secteur privé sur la liste des actifs», a déclaré un responsable à Reuters vendredi. «Nous constatons un intérêt significatif, oui», a affirmé ce responsable, refusant toutefois de nommer les entreprises, précisant que «les discussions sont encore en cours». Le gouvernement congolais et les responsables du M23 n’ont pas immédiatement répondu aux questions de Reuters concernant l’intérêt des entreprises américaines pour les actifs miniers.
Rubaya au cœur
des attentions
La liste transmise par la RDC comprenait la mine de coltan de Rubaya, l’un des gisements de tantale les plus riches au monde. Kinshasa cherche ainsi à attirer les investissements américains dans l’Est du Congo, une région riche en minéraux mais ravagée par les conflits, où la mine est contrôlée par les rebelles de l’AFC/M23, soutenus par le Rwanda. « Rubaya reste un projet qui nous intéresse», a déclaré un responsable. «De nombreuses entreprises sont également intéressées, et les discussions progressent».
Rubaya pourrait donner à Washington accès au tantale, un métal très recherché, résistant à la chaleur et transformé à partir du minerai de coltan. Ce métal est utilisé dans la fabrication de condensateurs, de composants aérospatiaux et dans le secteur nucléaire. Selon un responsable, les investissements devront être menés en parallèle de l’accord de paix négocié par les États-Unis pour mettre fin aux combats dans l’Est du Congo, où le conflit a fait des milliers de morts.
«Rubaya est à bien des égards au cœur de la situation actuelle dans l’Est de la RDC. Par conséquent, l’aspect commercial ne peut être dissocié de cette situation», a-t-il déclaré.
Le M23 a dénoncé le partenariat américano-congolais, le jugeant profondément vicié et anticonstitutionnel. Un responsable du M23 a déclaré à Reuters en février qu’en proposant Rubaya à Washington malgré l’absence de contrôle sur le site, Kinshasa cherchait à inciter les États-Unis à reprendre militairement le contrôle de la zone pour le compte du gouvernement congolais.
La société américaine Virtus Minerals a annoncé ce mois-ci travailler à la remise en exploitation des mines de cobalt et de cuivre du producteur congolais Chemaf, marquant ainsi la première acquisition de mines en activité dans le cadre du partenariat minier américano-congolais. «Nous considérons cela comme un projet fondamental pour l’accord», a déclaré le responsable du Département d’État. «Il s’agit de créer un climat de confiance dans les affaires pour le secteur privé américain et celui qui est aligné sur les États-Unis».
Les investisseurs étaient principalement préoccupés par la stabilité budgétaire du Congo, a précisé le responsable.
«Ces entreprises doivent pouvoir présenter à leurs actionnaires et à leurs conseils d’administration des informations claires sur la situation fiscale et réglementaire tout au long de l’investissement».