A quelques jours des élections des gouverneur et vice-gouverneur dans la province du Sankuru, les états-majors des candidats en lice sont en ébullition. Une véritable chasse croisée des réunions, des tractations et des conciliabules s’observe. Les électeurs, les députés provinciaux s’apprêtent à confier le destin de toute la province entre les mains du ticket qui saura les convaincre, non pas parce qu’il il aurait été imposé je suppose, encore moins parce qu’il il aurait le mieux » rémunérer « , mais parce qu’il aura proposé un véritable programme de développement.
Cette réflexion s’inscrit dans une logique d’appel à la vigilance. Elle se veut un appel au discernement adressé aux députés provinciaux : Halte aux projets de développement calqués». La province du Sankuru est une province sui generis de par sa position géographique et géostratégique.
S’il est admis que la RD Congo est un scandale géologique, il n’en demeure pas moins vrai qu’aucun pays dans ce monde si riche en minerais soit il, puisse concevoir son développement exclusif sur les richesses de son sous-sol. La diversification de l’économie demeure selon plusieurs techniciens et théoriciens de développement comme le véritable levier de décollage économique. Cela est d’autant plus vrai que le PIB, véritable baromètre de l’indice de développement se définit à partir d’un critérium plus diversifié.
En RD Congo l’exemple du Lualaba, plébiscité première province développée notamment grâce à ses minerais est déconstructible à plusieurs égards. En effet, le désarroi des populations autochtones dépouillées de tout au point de devenir des véritables réfugiés dans leur propre province contraste avec les images que relayent les médias internationaux.
Quelle est en réalité, la compensation que reçoit cette population dépossédée de sa terre, véritable héritage lui légué par les ancêtres et de surcroît, source de sa subsistance ?
« RD Congo : le cri des populations face au « scandale géologique » , porté à Rome par le jésuite Martin Bahati s.j chargé des programmes au Centre Arrupe pour la Recherche et la Formation, CARF(Lubumbashi) n y va pas par quatre chemins : « le contraste est insoutenable. Là où la terre recèle des minerais valant des milliards de dollars, les hommes et les femmes qui la foulent vivent dans une précarité extrême ». Le jésuite congolais estime que « le problème ne réside pas tant dans l’extraction, que dans le non-respect systématique des cahiers de charges. Si les contrats miniers regorgent de promesses de développement, la réalité sur le terrain est tout autre pollution de l’air, déforestation et contamination des cours d’eau essentiels à la vie des villages ». Il pose ainsi la question fondamentale des conséquences écologiques liées à l’exploitation des minerais.
On le voit. Le piège est là et bien réel. C’est pourquoi, tenter de calquer le projet de développement du Lualaba par exemple pour l’adapter à la province du Sankuru est à la fois inapproprié, inadapté, inconséquent et voué à l’échec. Le Sankuru est une province essentiellement agricole. De ce fait, il nous paraît raisonnable que les projets de développement soient élaborés autour de l’agro-pastorale. Ces projets devraient intégrer les éléments suivants :
– Un accent particulier sur l’agriculture et l’élevage,
– Le désengagement interne des territoires par la réhabilitation des routes de desserte agricole,
– Le soutien et l’accompagnement de la population à la pisciculture,
– La sensibilisation et la réappropriation du slogan «revanche» du sol sur le sous-sol «resté jusque-là lettre morte…
Ce sont là, en peu de mots, les conditions sine qua non d’un véritable programme de développement pour le Sankuru. Ainsi, la province retrouvera son statut d’autant comme grenier du grand Kasaï. L’auto-suffisante alimentaire est le premier pallier de tout développement et, c’est ce dont le Sankuru a besoin à court terme.
André Onyumbe
Doctorant de l’Université catholique du Congo (UCC)