Le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, a récemment attiré l’attention des sénateurs sur de graves irrégularités concernant le Fonds de réparation des victimes des atrocités (FRIVAO). Selon ses déclarations, bien que 195 millions USD aient été mobilisés pour ce fonds, seuls 28 millions auraient effectivement été versés aux victimes. Ce décalage entre les ressources disponibles et les montants distribués soulève de sérieuses inquiétudes sur la gestion et la transparence du mécanisme.
Un autre point critique relevé par le ministre est l’augmentation spectaculaire du nombre de bénéficiaires. Initialement, environ 3.000 victimes étaient recensées, mais ce chiffre aurait bondi à plus de 14.000. Une telle progression, sans explication claire ni justification solide, laisse planer des soupçons de manipulations ou de fraudes dans l’identification des bénéficiaires.
Ces dysfonctionnements mettent en lumière un problème de gouvernance et de contrôle. Le FRIVAO, censé être un instrument de justice réparatrice, risque de perdre sa crédibilité si les fonds ne sont pas correctement distribués. Les victimes, qui devraient être au centre de ce dispositif, se retrouvent une fois de plus marginalisées par des pratiques opaques et potentiellement frauduleuses.
La dénonciation du ministre devant les sénateurs vise à provoquer une prise de conscience et à inciter à des réformes urgentes. Il s’agit non seulement de renforcer les mécanismes de suivi et d’audit, mais aussi de garantir que les ressources atteignent réellement les personnes concernées. La transparence et la rigueur dans la gestion de ce fonds sont essentielles pour restaurer la confiance.
Enfin, cette affaire illustre un défi plus large : celui de la lutte contre la corruption et les détournements dans les institutions publiques. Le FRIVAO, en tant qu’outil de réparation, ne peut remplir sa mission que si l’État met en place des garde-fous solides. Les révélations de Guillaume Ngefa devraient donc servir de catalyseur pour une réforme profonde, afin que justice et réparation ne soient pas des promesses vides, mais des réalités tangibles pour les victimes.
La dénonciation des dysfonctionnements faite par le Garde des sceaux est illustrée par la non-comparution de son prédécesseur Constant Mutamba dans l’affaire FRIVAO pendante devant la justice à Kinshasa.
L’ancien ministre de la Justice ne s’est pas présenté à l’audience de mardi 4 mai 2026 devant la Cour d’appel de Kinshasa-Gombe qui siégeait dans le cadre du procès portant sur le présumé détournement des fonds du FRIVAO, destinés à l’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC. Son absence a été justifiée par une lettre adressée à la Cour, dans laquelle il évoque des ennuis de santé.
Dans ce courrier, lu par le ministère public, Constant Mutamba affirme être hospitalisé depuis plusieurs mois et déclare que sa condition physique actuelle ne lui permet pas de se déplacer pour comparaître. Afin de corroborer ses propos, il a transmis des documents médicaux, notamment une attestation et un rapport d’imagerie, censés démontrer la gravité de sa situation.
Le ministère public, tout en reconnaissant la valeur des pièces médicales fournies, a insisté sur l’importance de son témoignage dans la manifestation de la vérité. Il a rappelé que Mutamba sera entendu uniquement en qualité de témoin, mais que son audition reste essentielle pour éclairer certains points du dossier. C’est pourquoi le parquet a sollicité un report de son audition.
La Cour a accédé à cette requête et a décidé de renvoyer l’affaire au 19 mai prochain. Cette décision vise à donner le temps nécessaire à l’ancien ministre pour se rétablir suffisamment afin de comparaître. Le report traduit également la volonté de la justice de garantir un procès équitable, où toutes les parties prenantes peuvent s’exprimer.
Lors de sa prochaine comparution, Constant Mutamba devra notamment s’expliquer sur les déclarations de Chansar, directeur général intérimaire du FRIVAO. Ce dernier affirme avoir exécuté certains paiements sur la base d’instructions, parfois verbales, émanant de l’ancien ministre de la Justice. Ces révélations placent Mutamba au cœur des interrogations sur la gestion des fonds, et son témoignage est attendu avec beaucoup d’attention.
Pascal Lookolo