Malgré les sanctions imposées par le Trésor américain à l’armée rwandaise et à une brochette de membres de l’establishment tutsi au pouvoir à Kigali, la situation sur le terrain des affrontements à l’Est de la RDC ne change pas d’un iota. Les forces en présence, rwandaises et rebelles ainsi que l’armée loyaliste soutenue par les forces d’autodéfense Wazalendo ne se contentent pas de se regarder en chiens de faïence. Elles s’affrontent en règle.
Un nouveau round de discussions entre Kinshasa et Kigali, qui se tient cette semaine aux Etats-Unis interroge et attire l’attention des observateurs. Des responsables clés de la RDC et du Rwanda sont attendus à Washington, au Département d’État américain pour la toute première fois depuis les sanctions américaines du 2 mars 2026, qui ont lourdement frappé la partie rwandaise en raison de son soutien aux rebelles de l’AFC/M23 et des violations de l’accord de paix de Washington.
Sont attendus à cette rencontre, Mauro De Lorenzo, le conseiller principal du rwandais Paul Kagame, et le général de brigade Patrick Karuretwa, directeur général de la coopération militaire internationale rwandaise. Ils feront face à l’Envoyé spécial du Président Félix Tshisekedi, Patrick Luabeya ainsi que et le général Sasa, co-président du JSCM côté rd congolais.
Les discussions de Washington sont placées sous la houlette des responsables du Conseil de sécurité nationale (NSC) et du Bureau des affaires africaines du Département d’État, selon TheAfricaReport qui livre cette information.
Portée limitée
Plateau plus technique que diplomatique ou politique, apparemment, de nature à limiter la portée des décisions et des attentes liées à ces discussions entre la RDC, le Rwanda et l’administration américaine. D’autant plus qu’il s’agit de réunions prévues de longue date. Celles du DRC’s Joint Oversight Committee (JOC) et celle du DRC Joint Security Coordination Mechanism (JSCM). Elles s’inscrivent dans le cadre des discussions qui se poursuivent sur les accords de Washington (accord de paix RDC – Rwanda et partenariat stratégique RDC-USA).
Néanmoins, la réunion annoncée à Washington intervient dans un contexte de tensions et d’affrontements accrus entre la RDC et le Rwanda dans les territoires de l’Est du pays, qui malmènent le cessez-le-feu signé en juillet 2025.
Rien que pour ces dernières 72 heures, le 17 mars 2026, Lawrence Kanyuka de l’AFC/M23 a dénoncé le nouveau tournant pris par la guerre le long de la RN5, dans la plaine de la Ruzizi au Sud-Kivu, où les FARDC auraient entrepris d’intenses bombardements à l’artillerie lourde dans la zone de Kabunambo. « L’AFC/M23 réaffirme avec force et détermination son engagement inébranlable à défendre et protéger les populations civiles ainsi que leurs biens face à cette campagne de terreur méthodique orchestrée par le régime de Kinshasa », a-t-il posté sur son compte X.
Recrudescence
des affrontements
Si ce type de communication s’inscrit dans le cadre de la guerre médiatique que se livrent les parties qui s’affrontent dans les territoires de l’Est de la RDC, il n’en révèle pas moins la recrudescence de ces affrontements.
Des sources indépendantes dans la région en ont fait état, certaines annonçant pour bientôt de nouvelles conflagrations autour d’Uvira, la troisième plus grande ville du Sud-Kivu, occupée puis abandonnée par la coalition RDF-AFC-M23 il y a quelques mois. De fortes détonations ont ébranlé les alentours de la cité de Sange, dans la plaine de la Ruzizi. Parallèlement, dans les hauts plateaux d’Uvira, la localité de Mitamba, située dans la chefferie des Bavira, serait passée sous le contrôle du groupe armé Twirwaneho. Une évolution indique une stratégie visant à ouvrir plusieurs axes de pression autour d’Uvira, selon des confrères dans la région. Alors que d’autres sources annonçaient des renforts de troupes en provenance du Rwanda à Bukavu et à Kamanyola, entre autres.
Dans un communiqué, le même 17 mars, le Sous-Lieutenant Reagan Mbuyi, porte-parole de l’opération Sukola II au Sud-Kivu, a déclaré que la situation sécuritaire dans la région était calme et sous contrôle des FARDC.
Des sources indépendantes ont rapporté que « les deux forces sont restées chacune sur leurs positions initiales le long de l’axe Uvira-Bukavu ».
Réunion diplomatiquement décisive
La réunion de Washington entre la RDC et le Rwanda n’en paraît donc que diplomatiquement plus décisive. Elle devient, en réalité, un test de crédibilité du processus de paix dans la région, impulsée par l’administration américaine. Notamment, parce qu’il s’agit de la première initiative diplomatique depuis les sanctions américaines visant les RDF et des hauts responsables militaires rwandais et marquent une rupture entre Washington et Kigali, rarement observée depuis 3 décennies. Selon des observateurs, il s’agit pour l’administration américaine de transformer la pression mise sur Kigali en résultats concrets sous peine de perdre la face.
Washington devrait donc relancer les accords conclus en 2025 entre Kinshasa et Kigali, qui prévoient le retrait des troupes rwandaises du territoire de la RDC et la neutralisation des FDLR, et le désengagement des groupes armés, dont l’AFC/M23. Pour en assurer la crédibilité, l’administration Trump devrait conjurer la faiblesse des sanctions annoncées contre la RDF.
Elles sont jugées symboliques et insuffisantes parce qu’elles n’affectent pas les intérêts économiques majeurs liés aux minerais, selon certains observateurs.
Une désescalade progressive, sans plus
Le niveau, relativement faible, de la représentation des délégations congolaise et rwandaise n’incite pas à l’optimisme quant aux décisions à attendre des réunions annoncées à Washington. Plusieurs scénarios se dessinent, à l’issue des discussions, notamment : l’amorce d’une désescalade contrôlée marquée par un engagement verbal du retrait progressif du Rwanda, la relance d’un mécanisme conjoint de sécurité et la reprise du dialogue entre Kinshasa et le M23 ; un statu quo diplomatique fait de discussions dépourvues de décisions fortes, de maintien des positions actuelles des belligérants et de la poursuite des affrontements sur le terrain ; le durcissement traduisant l’échec des discussions de Washington et entraînant de nouvelles sanctions américaines ainsi que la recrudescence des tensions militaires sur le terrain.
Pas de solution miracle, donc, cette semaine à Washington. La réunion convoquée s’inscrit et demeure une phase supplémentaire de pression diplomatique. Elle devrait servir à clarifier les lignes rouges à ne pas franchir par les uns et les autres et tester la volonté réelle des parties au conflit, selon des observateurs. Le mieux à en escompter serait une désescalade progressive.
J.N.