La sécurité, les minerais critiques et les grands projets soutenus par les États-Unis ont dominé les échanges entre le président du Sénat congolais, Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, et le secrétaire d’État adjoint américain aux Affaires africaines, Frank W. Garcia Jr. Les deux responsables se sont rencontrés à Lusaka, en marge de l’investiture du président zambien Hakainde Hichilema. Au-delà de la séquence diplomatique, Kinshasa veut désormais voir les accords conclus avec Washington produire des résultats concrets.
Les contacts entre la RDC et les États-Unis se poursuivent sur les principaux dossiers qui engagent l’avenir économique et sécuritaire du pays. À Lusaka où plusieurs dirigeants étaient réunis pour la prestation de serment du président zambien, le président du Sénat congolais a échangé avec le responsable américain chargé des affaires africaines. La rencontre s’est tenue à l’hôtel InterContinental autour de la mise en œuvre des engagements pris entre Kinshasa et Washington.
La sécurité, la gouvernance du secteur minier et la transition énergétique figuraient parmi les questions abordées. Les discussions ont également porté sur l’agriculture, appelée à prendre une place plus importante dans un partenariat longtemps dominé par les matières premières. Pour la RDC, l’enjeu consiste à attirer les investissements tout en obtenant une transformation locale des ressources et la création d’emplois sur le territoire national.
Le corridor de Lobito a occupé une place particulière dans les échanges. Soutenu par les États-Unis et plusieurs partenaires, ce projet doit faciliter l’acheminement des minerais et renforcer les liaisons entre les zones de production et les marchés. Kinshasa souhaite que cette infrastructure ne serve pas uniquement à exporter les matières premières, mais qu’elle accompagne l’émergence de chaînes de valeur en RDC.
Les minerais critiques, indispensables à plusieurs industries liées à la transition énergétique, donnent une importance particulière à ce rapprochement. Le pays dispose de ressources recherchées sur les marchés internationaux. Il reste cependant confronté à la nécessité de mieux contrôler leur exploitation, d’améliorer leur traçabilité et de tirer davantage de revenus de leur transformation. C’est dans cette perspective que Jean-Michel Sama Lukonde a réaffirmé la volonté du président Félix-Antoine Tshisekedi de bâtir avec les États-Unis une coopération fondée sur des intérêts réciproques.
Pour la partie congolaise, les partenariats internationaux doivent contribuer à la souveraineté économique et produire des effets visibles pour la population. Les investissements attendus dans les infrastructures, l’énergie, l’agriculture et les mines ne peuvent se limiter à des annonces. Ils doivent s’accompagner de mécanismes clairs, de retombées locales et d’un suivi régulier des engagements pris par les deux parties.
La rencontre de Lusaka a également donné une dimension parlementaire au rapprochement entre Kinshasa et Washington. Le Sénat congolais entend contribuer au suivi des grands accords conclus par la République avec ses partenaires, notamment lorsqu’ils concernent les ressources naturelles, les infrastructures et les projets de développement. Cette implication devrait permettre aux institutions de mieux apprécier les engagements souscrits et leur incidence sur les intérêts nationaux.
Arrivé le 1er juin 2026 à la tête du Bureau des affaires africaines du Département d’État américain, Frank W. Garcia Jr. effectuait en Zambie sa deuxième tournée sur le continent africain. Ancien officier de la Marine américaine, il a occupé les fonctions de chef d’état-major du National Reconnaissance Office et de conseiller principal auprès du Comité spécial permanent sur le renseignement de la Chambre des représentants.
Sa présence à Lusaka s’inscrivait dans le cadre de l’investiture de Hakainde Hichilema, mais également dans la promotion de la nouvelle approche économique défendue par l’administration américaine. Celle-ci accorde une place plus importante au commerce et aux investissements.
Pour Kinshasa, cette orientation offre l’occasion de mettre en avant ses ressources minières, son potentiel agricole et ses capacités énergétiques, tout en plaidant pour une plus grande valeur ajoutée produite localement.
La rencontre entre Jean-Michel Sama Lukonde et Frank Garcia intervient ainsi à un moment où la RDC et les États-Unis cherchent à donner un contenu plus concret à leur partenariat. Les accords de Kinshasa-Washington seront jugés moins sur les déclarations qui les accompagnent que sur leur traduction dans les mines, les infrastructures, l’énergie, l’agriculture et la sécurité. C’est sur ce terrain que se mesurera la solidité de cette nouvelle étape de la coopération bilatérale.
FIDEL SONGO