Retour au Conseil de sécurité des Nations unies, offensive diplomatique autour de la crise dans l’Est, baisse du prix du passeport, protection des Congolais à l’étranger, amélioration annoncée des conditions de travail des diplomates et candidature de Juliana Lumumba à la tête de l’OIF. À l’occasion du premier anniversaire du gouvernement Suminwa II, la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, passe en revue les principaux dossiers de son département et revendique une diplomatie congolaise plus active.
«La diplomatie congolaise se porte bien. Elle est dynamique, ambitieuse et présente sur tous les fronts, aussi bien sur le plan géographique que thématique», c’est en ces termes que Thérèse Kayikwamba Wagner a dressé le bilan de l’action extérieure de la RDC au cours des douze derniers mois sous Félix Tshisekedi. Pour la cheffe de la diplomatie congolaise, Kinshasa est désormais en mesure de défendre ses intérêts aux côtés des grandes puissances et de faire entendre sa voix dans les principaux forums internationaux.
Le retour de la République démocratique du Congo au Conseil de sécurité des Nations-Unies figure parmi les faits saillants de cette période. Après plus de trente ans d’absence, la RDC a retrouvé un siège qui lui permet de participer directement aux discussions consacrées aux grandes crises internationales. Pendant longtemps, le pays était surtout évoqué au Conseil de sécurité en raison de ses propres conflits. La nouvelle position de Kinshasa doit, selon la ministre, lui permettre de contribuer à la recherche des solutions et de ne plus être seulement l’objet des décisions prises par d’autres. Cerise sur le gâteau, la présidence congolaise de cet organe des Nations-Unies a donné une visibilité particulière à cette ambition. Kinshasa y a défendu une lecture plus large de la crise dans l’Est du pays, en mettant notamment en avant les liens entre l’exploitation illicite des ressources naturelles et la persistance des groupes armés. La situation des mines de Rubaya et l’extension des carrés miniers illustrent, d’après la ministre, l’imbrication entre l’économie de guerre et les violences qui frappent les populations. Elle estime toutefois que la question minière ne peut être isolée des autres dimensions du conflit, parmi lesquelles la justice, la redevabilité et la responsabilité des parties engagées dans les processus de paix.
Sur ce dernier point, Thérèse Kayikwamba insiste sur l’importance des conséquences attachées aux violations des engagements. Elle cite les sanctions prises par le Trésor américain contre des responsables et des structures de l’armée rwandaise comme un signal dans le processus diplomatique en cours. Pour Kinshasa, la signature d’un accord ne peut mettre les faits accomplis à l’abri de toute sanction. La paix recherchée dans l’Est doit être accompagnée d’un devoir de responsabilité, faute de quoi les textes conclus risquent de rester sans réelle portée sur le terrain. La ministre évoque également les dossiers qui touchent directement les citoyens dont la réforme du passeport, engagée depuis un peu plus d’un an avec un nouveau prestataire et une procédure davantage numérisée, visant à réduire les interventions humaines et les pratiques qui entretenaient les variations de prix. Le tarif officiel a été ramené de 99 à 75 USD, sur décision du président Félix Tshisekedi. Plusieurs centres de capture sont déjà opérationnels et d’autres doivent être installés à Kinshasa ainsi que dans les provinces. Une évaluation du dispositif est en cours pour identifier les difficultés qui subsistent et d’améliorer le service.
La situation des diplomates congolais reste un autre chantier de Thérèse Kayikwamba. La régularité accrue du paiement des salaires est présentée comme une avancée, même si la ministre reconnaît que les attentes demeurent importantes. La prise en charge des familles et la couverture médicale font l’objet de nouvelles démarches. Le ministère cherche notamment à conclure un contrat d’assurance santé au bénéfice des diplomates et leurs dépendants.
Le patrimoine immobilier de la RDC à l’étranger est également pris en compte. L’acquisition d’un immeuble à New York et la réhabilitation annoncée de plusieurs biens diplomatiques doivent contribuer à améliorer les conditions de travail des missions congolaises. De nouvelles chancelleries sont aussi appelées à ouvrir ou à être inaugurées dans des capitales jugées stratégiques.
La protection des ressortissants congolais à l’étranger constitue enfin l’un des volets mis en avant par la ministre. Le renforcement des représentations diplomatiques dans les pays qui accueillent une importante diaspora doit permettre aux ambassades et aux consulats de mieux intervenir en cas d’incident ou de violation des droits des Congolais. Thérèse Kayikwamba cite notamment son déplacement à Dublin après le décès d’un ressortissant congolais à la suite d’une intervention des services de sécurité d’un magasin. Elle y avait rencontré les autorités irlandaises et accompagné la famille du défunt. En Afrique du Sud, le ministère a entrepris une première évacuation des Congolais désireux de regagner la RDC.
La francophonie occupe également une place particulière dans cette stratégie d’influence. Avec son poids démographique au sein de l’espace francophone, la RDC entend y défendre ses intérêts et développer sa diplomatie culturelle, scientifique et économique. Les Jeux de la Francophonie organisés à Kinshasa en sont une illustration de la capacité d’accueil des manifestations internationales.
Dans cette perspective, la candidature de Juliana Lumumba au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie bénéficie du soutien des plus hautes autorités du pays. «Cette candidature n’est pas une simple option, mais un choix au sommet de la République, porté par le Président de la République et soutenu par le gouvernement», a indiqué Thérèse Kayikwamba Wagner.
FIDEL SONGO