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LOBBYISTES AMERICAINS A KIGALI : Kagame panique

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Le président rwandais Paul Kagame
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Alors que le président congolais Félix Tshisekedi martèle aux quatre coins du monde que le régime rwandais de Kagame est toujours à la manoeuvre pour piller et démembrer la RDC, le chef de la principauté militaire au pouvoir à Kigali reçoit une délégation influente de la chambre des représentants des États-Unis. Officiellement consacrée à l’énergie, à la santé et aux investissements, cette visite intervient à un moment où l’insertion du Rwanda dans les chaînes américaines d’approvisionnement en minerais critiques, notamment grâce au tungstène de Trinity Metals est remise en question.

Washington multiplie les sanctions ciblées contre les phalanges de Kagame  sur le terrain sécuritaire sans fermer les autres canaux. Pour la RDC, le message est limpide : l’avantage diplomatique obtenu autour des accords de Washington reste précaire.

Une photographie qui dépasse le protocole

Au village Urugwiro, Paul Kagame a reçu une délégation parlementaire US conduite par Brett Guthrie, président républicain de la commission de l’Énergie et du Commerce de la chambre des représentants. Officiellement, les échanges ont porté sur les investissements, la santé, l’énergie et les opportunités économiques. Pas un mot dans les communiqués officiels sur la guerre Rwanda – RDC.

C’est précisément ce silence qui donne à la rencontre sa véritable portée politique. Après les mesures prises par Washington contre les principaux responsables des structures de défense rwandaises, d’aucuns en RDC avaient cru voir se dessiner un isolement durable de Paul Kagame. La présence à Kigali d’une poignée de parlementaires américains démontre plutôt que les États-Unis séparent la pression exercée sur le dossier congolais du reste de leur relation avec le pays des mille collines. «Les sanctions n’ont jamais eu pour objectif d’expulser Kigali du jeu régional. Elles doivent modifier un comportement sans détruire une relation jugée encore utile à Washington», résume, dans une lecture reconstituée, un ancien diplomate américain familier des Grands Lacs.

Kigali n’est donc pas réhabilité sur le dossier sécuritaire. Mais il reste fréquentable et susceptible d’attirer des intérêts économiques américains.

Sortir du piège M23 ?

Depuis l’élargissement de la guerre dans l’Est de la RDC, le Rwanda s’efforce d’empêcher que sa relation avec les partenaires occidentaux soit entièrement absorbée par le dossier de ses incursions au Kivu. Kigali insiste sur ses performances sanitaires, sa stabilité institutionnelle, ses ambitions technologiques, ses capacités logistiques et son rôle dans les opérations internationales de maintien de la paix.La réception des élus américains participe de cette stratégie de décloisonnement. Paul Kagame cherche à convaincre que les divergences autour de la RDC ne doivent pas contaminer l’ensemble des relations économiques et stratégiques entre son régime et Washington. «Le pari rwandais consiste à isoler le contentieux congolais dans un compartiment en maintenant ouverts tous les autres : commerce, défense, santé, technologie et minerais», explique un chercheur européen spécialiste des relations entre les États-Unis et l’Afrique.

Cette méthode a déjà permis au Rwanda de traverser maintes périodes de tension internationale sans perdre durablement ses principaux relais. Là où Kinshasa concentre souvent son activité diplomatique sur la Maison-Blanche, le Département d’État ou quelques négociateurs, Kigali travaille simultanément le Congrès, les fondations, les universités, les entreprises et les groupes de réflexion.

Trinity Metals, le tungstène et l’intérêt américain

La référence à l’énergie et aux investissements prend une dimension particulière lorsqu’elle est rapprochée du développement de Trinity Metals au Rwanda. Cette société, issue de la consolidation de plusieurs exploitations historiques, opère  en principe dans les mines de Nyakabingo pour le tungstène, de Rutongo pour l’étain et de Musha pour l’étain, le tantale et d’autres ressources. Trinity est soutenue par TechMet, groupe dans lequel la Development Finance Corporation américaine a engagé de gros intérêts. La DFC a également approuvé une assistance technique de 3,8 millions USD destinée à améliorer la traçabilité, la sécurité des travailleurs et les pratiques environnementales de Trinity.

La mine rwandaise de Nyakabingo est fallacieusement présentée comme l’une des principales sources africaines de tungstène. Ses expéditions représenteraient désormais jusqu’à 20 % de la consommation américaine de concentré primaire de ce métal. Le produit est acheminé vers Global Tungsten & Powders, en Pennsylvanie, alors que les États-Unis ne disposent plus d’une production minière domestique significative et cherchent à réduire leur dépendance à l’égard de la Chine.

Trinity qui envisage en outre d’investir environ 150 millions USD dans l’expansion de ses opérations rwandaises entend lever des capitaux sur le marché américain. Une démarche d’intégration progressive qui place le Rwanda dans la chaîne d’approvisionnement utile aux industries technologiques et de défense des États-Unis. «Le Rwanda ne vend plus seulement à Washington une image de stabilité. Il lui vend désormais une place concrète dans sa sécurité industrielle et dans sa stratégie de réduction de la dépendance chinoise», observe un analyste du secteur minier africain.

Cette réalité oblige cependant à la prudence. Trinity Metals n’est pas une entreprise américaine au sens strict. Elle est une société opérant au Rwanda, soutenue notamment par TechMet et des mécanismes financiers américains. Mais l’essentiel est ailleurs : le tungstène ‘‘rwandais’’ dont on sait qu’il vient du Congo, entre directement dans le système industriel américain.

Paradoxe des minerais rwandais

Il y a une zone d’ombre dans cette offensive de Kigali : le Rwanda cherche à présenter Trinity et ses mines mécanisées comme la preuve qu’il peut produire localement des minerais traçables, indépendamment des produits pillés en RDC. Mais la démonstration est concomitante aux accusations de contrebande et de mélange entre la minuscule production rwandaise et les minerais de sang extraits dans les zones contrôlées par le Rwanda et ses proxies de l’AFC/M23 au Kivu.

Comme un diable dans un bénitier

Le Financial Times a relevé que le tintamarre autour  de l’industrialisation de Nyakabingo n’est qu’un moyen pour Kigali de se débarrasser de l’étiquette infamante de plateforme de transit des «minerais de conflit». Ce journal signale que les données commerciales, les rapports internationaux et les observations sur place  nourrissent de sérieuses interrogations sur l’origine d’une partie substantielle des volumes des minerais exportés par le Rwanda.

La bataille porte donc autant sur les quantités que sur la crédibilité. En insérant Trinity dans une chaîne fermée reliant directement une mine rwandaise à un industriel américain, Kagame essaye désespérément de prouver qu’il existe au Rwanda une production distincte, contrôlable et conforme aux standards occidentaux. Mais les soupçons demeurent.

Kinshasa aurait tort de laisser le Rwanda devenir aux yeux des industriels occidentaux un fournisseur normal, rapide, traçable et organisé de ces minerais critiques tandis que l’image de la RDC resterait celle d’un pays caractérisé par des procédures bureaucratiques interminables, des réseaux informels corrompus et une instabilité réglementaire.

Washington n’a pas encore dit son dernier mot

La présence de la délégation parlementaire américaine à Kigali confirme le caractère transactionnel de la stratégie américaine. Washington peut sanctionner des responsables rwandais, exiger des progrès sur le retrait militaire et maintenir simultanément des investissements dans les secteurs jugés stratégiques. Il peut rechercher un partenariat minier beaucoup plus large avec la RDC tout en sécurisant le tungstène facilement disponible au Rwanda. «Les États-Unis ne veulent pas remplacer Kigali par Kinshasa. Ils veulent disposer de plusieurs fournisseurs, de plusieurs interlocuteurs et de plusieurs leviers dans la même région», résume un ancien responsable d’une institution financière internationale.

La RDC demeure irremplaçable par la taille de ses réserves de cuivre, cobalt, lithium, germanium et autres minerais stratégiques. Mais le Rwanda offre à court terme ce que toutes les administrations américaines apprécient souvent : des projets plus modestes, plus lisibles, plus rapidement exécutables et aisément gérables.

Cette différence explique pourquoi le conflit congolais ne suffit pas à provoquer une rupture totale entre Washington et Kigali. Pour les États-Unis, le Rwanda reste à la fois un problème sécuritaire à contenir et un partenaire économique à exploiter.

Avertissement direct à Kinshasa

La visite de Brett Guthrie et de ses collègues devrait donc être lue à Kinshasa comme un avertissement. L’accord de Washington, les sanctions contre des responsables rwandais et les critiques adressées à l’AFC/M23 ne doivent pas être considérés comme un alignement définitif et inconditionnel des États-Unis sur les institutions incarnées par Félix Tshisekedi. Ils représentent des instruments conjoncturels dans une stratégie américaine plus vaste.

Souplesse transactionnelle

Kigali possède encore l’avantage d’une diplomatie de grassroots proactive, méthodique, capable de parler simultanément de sécurité, d’innovation, de minerais, de santé et d’investissement. Kinshasa reste trop souvent enfermée dans une diplomatie de crise, réactive, concentrée sur les sommets et sur la dénonciation de l’agression rwandaise. «La RDC dispose des ressources ; le Rwanda dispose encore du récit, des réseaux et d’une meilleure capacité à transformer rapidement une opportunité diplomatique en projet économique», souligne un ancien ambassadeur africain à Washington.

Le défi congolais ne consiste donc pas seulement à obtenir davantage de sanctions contre Kigali. Il s’agit de convaincre le Congrès, la société civile, les industriels, les investisseurs et les institutions financières américaines que la RDC peut devenir un partenaire fiable, prévisible et capable de respecter correctement les engagements conclus.

La bataille ne fait que commencer

Paul Kagame n’a obtenu  jusqu’à présent ni la levée des sanctions ni l’effacement du contentieux congolais. Mais il a réussi une opération de communication : montrer que le Rwanda conserve des entrées dans les centres de décision américains et qu’il possède déjà des actifs économiques capables d’intéresser directement les États-Unis.

Trinity Metals donne à cette photographie parlementaire une profondeur supplémentaire. Derrière les échanges sur la santé ou l’énergie apparaît une compétition beaucoup plus large pour l’accès aux chaînes industrielles occidentales. Dans cette bataille, la RDC possède l’essentiel des ressources, mais reste encore à la marge en ce qui concerne l’avantage politique.

Washington sanctionne Kigali, négocie avec Kinshasa, finance des projets rwandais et cherche à organiser une architecture régionale compatible avec ses propres besoins industriels. C’est moins une contradiction qu’une méthode.

Pour Félix Tshisekedi, la leçon est simple : les revers diplomatiques du Rwanda n’impliquent pas ipso facto sa disparition stratégique. Pendant qu’à Kinshasa on  célèbre de temps en temps les communiqués américains, Kigali transforme déjà le tungstène congolais en instrument d’influence au cœur même de l’économie de défense des États-Unis et tente de se refaire une virginité grâce à une offensive médiatique de grande envergure.

Le général à la retraite James Kabarebe, maître d’oeuvre de toutes les offensives rwandaises en RDC depuis 1996, vient ainsi de lancer une ‘‘campagne d’explication’’ mettant en exergue un prétendu soutien de Paul Kagame au président Félix Tshisekedi lors de son arrivée au pouvoir en 2018.

Kabarebe à nouveau sur les barricades

On se rend compte à l’examen des propos de l’ancien ministre de la Défense de Kagame que ce dernier avait tenté d’instrumentaliser le président Tshisekedi de la même manière qu’il avait manipulé son prédécesseur Joseph Kabila.

Kabarebe rappelle comment Paul Kagame avait assisté aux funérailles de père du président congolais à Kinshasa et de quelle manière il l’aurait soutenu sur la scène internationale.

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