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LE SUSPECT N°1 ARRETE A BRAZZAVILLE : Vally Amisi : Une instruction compliquée

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Benie Mukena
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Aussitôt relancée, au grand soulagement de la famille du de cujus et de l’opinion publique kinoise, aussitôt chahutée. L’affaire du meurtre à Kinshasa de Vally Amisi, un jeune entrepreneur sportif Congolais dont le corps sans vie avait été retrouvé le 10 avril 2026 à la Gombe, défraye à nouveau la chronique. Depuis, notamment, que le ministre de la Justice a annoncé, dimanche 2 août, l’interpellation du suspect n° 1 à Brazzaville. Elle s’inscrivait dans le cadre de l’information judiciaire ouverte après l’assassinat du vice-président de Bomoko Nouvelle Vie, un club de football.

Selon Guillaume Ngefa, l’arrestation du suspect résultait de la coopération judiciaire entre la RDC et le Congo-Brazzaville. Et les formalités en vue du transfèrement de Benie Mukena vers Kinshasa étaient en cours. Le ministre de la justice avait, néanmoins, précisé que les faits, «initialement présentés comme un enlèvement», font l’objet d’une information judiciaire susceptible de recevoir plusieurs qualifications juridiques, et rappelé que Mukena Mwepu Benie bénéficie de la présomption d’innocence.

Images de vidéo-surveillance déterminantes

Dans les jours qui ont suivi le meurtre de Vally Amisi, en avril dernier, des images de vidéo-surveillance qui avaient abondamment circulé sur les réseaux sociaux présentaient le suspect interpellé à Brazzaville aux côtés de la victime, arme aux poings, l’introduisant dans ce qui ressemblait à une chambre d’hôtel, notamment. Elles auraient permis aux enquêteurs d’écarter la thèse de l’enlèvement par une bande armée et de lancer un avis de recherche contre le suspect arrêté à Brazzaville.

Mais depuis 48 heures, tout part en vrille, sur les réseaux sociaux particulièrement. L’opinion apprend ainsi que l’extradition de Benie Mwepu Mukena vers Kinshasa aurait été postposée ou annulée en dernière minute. Et que la vérité autour de l’assassinat de Valley Amisi «pourrait être ensevelie avec lui dans la tombe». L’information, diffusée à la virgule près par de nombreux influenceurs, rapporte que le transfèrement du suspect «a été annulé sur un coup de fil d’un haut responsable de Kinshasa».

Cette thèse de l’intervention «d’un haut responsable politique» proviendrait du suspect lui-même. Dans une vidéo présentant Benie Mwepu Mukena sous interrogatoire à Brazzaville, le suspect verse dans les révélations pour le moins prématurées à ce stade de l’instruction.

Une vidéo pour disculper le suspect ?

Vêtu de noir, la barbe hirsute et le regard fuyant, Beni Mwepu Mukena déclare, en réponse aux questions de l’enquêteur, avoir reçu une arme dont il ignore la marque. «On m’avait donné ça», affirme-t-il. Interrogé sur l’identité du pourvoyeur, il rétorque que «je ne peux pas parler de ces gens-là … ma famille est à Kinshasa». Le suspect révèle aussi que son rôle avait consisté à «l’emmener (la victime, Ndlr) à l’appartement» et que «des gens étaient déjà là». Avant d’avouer : «Je l’ai tué. Il n’était pas enterré. Les gens sont venus et ont pris le corps». En réponse à une nouvelle question sur l’identité des commanditaires de l’opération, Benie Mwepu assure qu’il avait agi «sur instruction» d’une autorité haut-placée. Ainsi se disculpe, quasiment, le suspect n° 1 dans l’affaire du meurtre de Vally Amisi.

L’intervention d’un membre de la famille de la victime à cette étape de la procédure en a rajouté à l’émoi que suscite encore dans l’opinion le meurtre crapuleux d’avril dernier. Sans vraiment arranger les affaires de la justice et la recherche de la vérité dans ce dossier.

La version de la famille du défunt

Au cours d’un space organisé par notre confrère Stanis Bujakera, lundi 3 août 2026, Joel Amisi, frère du défunt, a livré un témoignage sur son déplacement à Brazzaville, où il a pu rencontrer le suspect n° 1 dans cette affaire. Et  prendre connaissance de sa version des circonstances de l’arrestation de Benie Mwepu Mukena. Une certaine «Mamu International» (et non pas Interpol, donc !) aurait contacté un membre de sa famille pour l’informer de la localisation du suspect à Brazzaville. C’est cette dame qui aurait orienté la famille Amisi vers la police brazzavilloise qui, elle, aurait alerté et associé Interpol à l’opération d’interpellation.

Alerté dimanche 2 août, Joel Amisi s’est rendu à Brazzaville le même jour. Il y a rencontré la dame qui a permis de localiser le suspect avant de se rendre au commissariat de police où il n’a pu avoir accès au suspect. Ce n’est que lundi 3 août, aux heures des visites, qu’il a pu voir Benie Mwepu Mukena, derrière les grillages d’une cellule. Il «l’aurait regardé puis aurait baissé les yeux pendant quelques minutes sans plus le fixer», rapportent nos confrères d’Actualités.cd.

Cette rencontre, que Joel Amisi justifie par la volonté de transparence des autorités brazza-congolaises, s’est déroulée en présence de l’avocat de la famille et de plusieurs policiers. Un transfert du suspect vers Kinshasa «était possible d’ici deux jours», lui auraient assuré les autorités de Brazzaville. C’est la première indication de la date du transfèrement de Benie Mwepu Mukena vers Kinshasa.

Et, probablement aussi, celle qui explique les rumeurs sur l’annulation de l’opération «sur un coup de fil d’une autorité».

La voie des rumeurs

Ainsi déraille l’instruction de l’affaire Valley Amisi, qui semble sombrer dans les voies des rumeurs et de la passion au détriment d’un traitement professionnel par les instances judiciaires compétentes.

Sur le transfèrement du suspect de Brazzaville à Kinshasa, il sied de préciser qu’il ne n’agit nullement d’une procédure d’extradition, qui est une procédure diplomatique, technique coûteuse et chronophage pouvant durer jusqu’à trois mois. Selon Sam Bokolombe Batuli, professeur de droit pénal à l’Université de Kinshasa, Kinshasa et Brazzaville auraient plutôt recouru à une autre modalité de collaboration, notamment policière. «Depuis avril 1978, les deux Etats voisins sont liés par une Convention générale de coopération en matière de justice (…) qui prévoit plusieurs autres mécanismes d’échanges forcément favorisés par la proximité géographique», écrit-il sur son compte X. Selon ce scientifique, «l’opinion (…) souhaite une issue rapide et à chaud. Mais la justice, elle, est froide, sereine, pondérée et attentiste. Il s’agit de résoudre un crime, un drame, par la vérité, pas de produire un spectacle pour plaire. Un procès pénal dans l’effervescence crée plus de problèmes qu’il n’en résout». On ne peut que lui accorder quelque crédit, à l’allure où vont les choses.

La vidéo illégale de Brazzaville

La diffusion de l’interrogatoire du suspect, à cette étape dite pré-juridictionnelle de l’instruction, est interdite et illégale. La publicité donnée à l’affaire fut théâtrale et prématurée, selon des sources judiciaires contactées par Le Maximum. Elle a enfreint le secret de l’instruction et violé le principe de la présomption d’innocence du suspect. Même si en matière pénale, l’illicéité de la diffusion n’annule pas automatiquement l’enquête. Il reste que durant la phase pré-juridictionnelle et d’enquête, les auditions doivent rester strictement confidentielles afin de protéger l’intégrité des investigations, éviter que d’éventuels complices ne détruisent des preuves ou ne s’enfuient, et empêcher la pollution des témoignages.

A cela s’ajoute le fait qu’exposer un suspect s’accusant face à la caméra devant l’opinion publique équivaut quasiment à un procès populaire médiatique. Encore que les aveux ainsi obtenus peuvent être frappés de nullité par le premier officier du ministère public venu, explique-t-on. En droit congolais, l’aveu n’est plus la «reine des preuves». Un aveu obtenu lors d’une garde à vue ne lie pas le juge. Pour être valable, il doit être corroboré par des éléments matériels. Si le prévenu affirmait devant le juge d’instruction à Kinshasa que ces aveux ont été extorqués par la pression, la torture, ou l’absence d’avocat, le tribunal peut décider de les écarter.

Procès populaire n’est pas procès

Certes, la police brazza-congolaise avait légalement le droit, et même le devoir, d’interroger Benie Mwepu afin, notamment, de valider son arrestation avant d’organiser son transfèrement vers Kinshasa. Mais cette procédure devait se limiter à confirmer formellement l’identité du suspect, à lui notifier les motifs de son arrestation et à noter ses premières déclarations. Filmer et diffuser l’interrogatoire et autoriser la visite d’un membre de la famille de la victime énervent les limites des prérogatives reconnues à cet égard.

La voie à suivre, légalement

Les prochaines étapes judiciaires après l’arrivée du suspect à Kinshasa sont strictement et légalement prescrites, selon nos sources. Dès l’arrivée de Benie Mwepu Mukena au Beach Ngobila, il sera pris en charge par la Direction générale de migrations (DGM) et les services d’Interpol pour acter son entrée sur le territoire de la RDC. S’ensuivra la mise à la disposition du Parquet de Grande Instance de Kinshasa/Gombe, juridiction émettrice de l’avis de recherche initial. C’est à ce niveau qu’un magistrat du ministère public lui notifiera formellement les charges retenues contre lui.

C’est à cette étape qu’interviendra l’interrogatoire sur le fond, qui se déroulera obligatoirement avec l’assistance de son avocat. Il portera sur le déroulement des faits survenus à la Gombe, les indices de vidéo-surveillance, ainsi que l’identité des «commanditaires de haut rang» qu’il a évoqués à Brazzaville.

Compte tenu de la gravité des faits et du risque évident de fuite, puisqu’il en a déjà tenté une, le magistrat enverra Benie Mwepu Mukena en détention provisoire pendant que se poursuivra l’instruction.

Ce n’est qu’une fois l’enquête bouclée et les complicités éventuelles déterminées, que le dossier sera envoyé devant le tribunal compétent pour l’ouverture d’un procès public et équitable.

On est bien loin du transfèrement annulé par un coup de fil d’une autorité, comme si cela était encore possible. Tout autant d’une condamnation à la hâte de qui que ce soit à l’aune des ressentiments de telle ou telle partie au procès.

J.N.

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