Le 15 juillet 2026 devait, en théorie, sonner le glas de l’aventure militaire rwandaise sur le sol congolais. C’était l’échéance ultime. La première puissance mondiale qui a pris en charge le dossier grands lacs a tapé du poing sur la table et exigé le retrait sans condition des troupes de Paul Kagame du territoire rd congolais. Au lendemain de cette date, alors que l’ultimatum américain expirait dans un silence assourdissant, on a assisté à une escalade violente qui en dit long sur le mépris de l’homme fort de Kigali pour les engagements internationaux.
Tout avait pourtant commencé avec une certaine solennité. Le 4 juin dernier, devant la commission des Affaires étrangères de la chambre des représentants, le secrétaire d’État Marco Rubio avait fixé le cap du withdrawing à la mi-juillet. Six semaines, pas une de plus, pour que les Forces de défense rwandaises (RDF) plient bagage. Washington voulait, disait-on, passer des incantations diplomatiques à des mesures de pression concrètes. Le calendrier devait commencer par le fameux CONOPS et le désengagement des forces d’agression.
Mais la réalité du terrain vient de briser ce mirage. Ce 15 juillet n’aura été qu’une date de plus dans le calendrier des rendez-vous manqués à cause de l’entêtement du Hitler africain. Aucun retrait n’a été observé, aucune vérification n’a été possible. Pire, les informations des terrains, au Nord et Sud-Kivu, font état d’une recrudescence des attaques rwandaises contre les forces régulières de la RDC. Autour de Baraka, les RDF et leurs valets de l’AFC/M23 continuent ainsi de semer la mort, comme pour narguer une médiation américaine qui risque de perdre de sa superbe face à l’arrogance de Kigali.
Prétexte FDLR, éternelle antienne de Kagame
Pour justifier ce énième défi à la communauté internationale, les thuriféraires de Kigali ressortent leur artillerie : la menace que constitueraient les FDLR, des hutus rwandais qui sanctuarisent quelques espaces dans le Kivu mitoyen du pays des mille collines depuis 32 ans. Un prétexte qui ne trompe personne d’autant plus que Kagame lui-même vient de se contredire en affirmant que ce sont les revendications territoriales nées des mauvaises conclusions de la conférence de Berlin d’il y a … 141 ans qui motivent ses incursions récurrentes en RDC (sic !).
Alors que les troupes rwandaises occupent plusieurs pans de la RDC dans lesquels les fameux ‘‘génocidaires FDLR’’ ont trouvé refuge contre l’avis de Kinshasa, elles ne sont nullement pressées d’y conjurer cette prétendue ‘‘menace existentielle’’ sur leur pays. Pas un seul FDLR capturé ou neutralisé ! Rien. Le vide absolu.
Ce silence prouve, si besoin en était encore, que la présence rwandaise n’a qu’un but réel : le pillage des ressources minières du Kivu et l’établissement des colonies de peuplement pour désengorger le territoire exigü du Rwanda étouffé par une densité de près de 500 habitants au km².
C’est au moment même où une poignée d’opposants congolais revenaient d’une virée à Bujumbura que l’Est replongeait dans le sang et la dévastation. La coïncidence n’est qu’apparente, car chaque avancée politique est systématiquement sabotée par une saillie militariste télécommandée depuis Kigali.
C’est la crédibilité même de Washington qui est en jeu. En s’imposant comme médiateur principal, les États-Unis ont engagé leur autorité. Si après la forclusion de cet ultimatum sans que des sanctions appropriées ne tombent, le message sera désastreux.
Qu’un État lilliputien puisse ignorer les injonctions de la Maison Blanche sans en subir le moindre coût constituerait en lui-même un tournant géopolitique majeur au préjudice du droit international.
Le Rwanda joue gros, les États-Unis également. Se contenteront-ils d’une simple expression de «déception» ou passeront-ils enfin à des sanctions suffisamment ciblées pour amener Kagame à retrouver la raison ? On pense notamment à la suspension pure et simple de la coopération en matière de défense avec la principauté militaire qui règne sans partage à Kigali. Si Washington laisse passer cet affront sans réagir, beaucoup y verront un aveu d’impuissance face à un régime qui se croit tout permis.
Le 15 juillet qui devait être la date de la désescalade est paradoxalement devenue celle où le processus de paix est entré dans une nouvelle zone de turbulences dont nul ne sait comment les grands lacs s’en sortiront.
Question : jusqu’où Kigali compte-t-il aller ? Les faits sont têtus. Des accords de Washington aux engagements pris dans le cadre du processus de Doha, en passant par les différents mécanismes régionaux, le Rwanda a multiplié des promesses jamais tenues de désescalade. Sur le terrain, les armes continuent de parler et des Congolais inoffensifs perdent leurs vies et leurs terres chaque jour du fait que le retrait annoncé des RDF n’a pas eu lieu. Pas un seul mouvement de repli n’a été constaté après l’expiration de l’ultimatum américain.
Le pouvoir rwandais cherche-t-il réellement une sortie de crise ou entretient-il volontairement un climat de tension permanente à l’Est de la RDC dans l’attente de la fin de mandat de l’actuel locataire de la Maison blanche et l’espoir que le prochain chef de l’exécutif américain se montrerait plus accomodant ?
Le gouvernement congolais a intérêt à examiner très sérieusement cette éventualité et à prendre toutes les dispositions susceptibles de permettre malgré tout le triomphe des aspirations émancipatrices et souverainistes des Congolais face à la mauvaise foi de Paul Kagame.
Faute de tirer toutes les conséquences de ce nouveau défi, la belle architecture politico-diplomatique construite depuis plusieurs mois par le président Tshisekedi risque d’en sortir affaiblie. Il est bon que les FARDC et les résistants Wazalendo continuent de contenir les offensives rwandaises sur les lignes de front.
FIDEL SONGO