Le dernier rapport des Experts de l’ONU sur la RDC, accessible depuis quelques jours, est très révélateur sur la guerre qui sévit à l’Est du territoire national. Le document de plus de 200 pages, transmis au comité du Conseil de sécurité le 5 juin 2026, a été officiellement distribué le 11 du même mois. Il est disponible à l’adresse fsddc.wordpress.com/wp-content/uploads/2026/06/s_2026_466-fr.pdf
Le groupe d’experts dirigé par la Néerlandaise Krisztina Varga n’y va pas par quatre chemins. « Bien que tous les acteurs armés se soient rendus coupables de violations, c’est l’Alliance Fleuve Congo et le Mouvement du 23 mars (visé par des sanctions) (AFC/M23) (Cde.006), qui sont responsables de la plus grande part des violations des droits humains et du droit international humanitaire recensées », écrivent les rapporteurs en liminaire.
Ainsi sont confirmées les accusations portées avec insistance par Kinshasa contre les rebelles et leurs acolytes. « Grâce au soutien constant de la Force de défense rwandaise (RDF), l’AFC/M23 a étendu son contrôle territorial en prenant Uvira en décembre 2025, avant de se retirer de la ville sous la pression internationale. Le groupe a conservé ses objectifs de changement de régime et de restructuration fédérale et consolidé son administration parallèle en mettant en place des mécanismes bancaires et d’assurance alternatifs », poursuivent-ils.
Les experts onusiens constatent également que « les efforts diplomatiques n’ont produit que des résultats limités ; les engagements pris en matière de cessez-le-feu et de retrait n’ont été que partiellement respectés, le retrait de la RDF et de l’AFC/M23 n’ayant donné lieu qu’à des repositionnements tactiques. La République démocratique du Congo n’a pas respecté l’engagement qu’elle avait pris de neutraliser les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR)(Cde.005), visées par des sanctions, qui ont continué à combattre aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) contre l’agression militaire et l’occupation de l’AFC/M23 et de la RDF ».
«Sauvons la RDC» complice de l’AFC/M23
Plus grave, pour l’opinion publique de la RDC qui pouvait encore entretenir quelques doutes sur la question, le rapport du groupe d’experts onusiens établit clairement que la plateforme « Sauvons la RDC » de Joseph Kabila a appelé à un « soulèvement populaire » dont les objectifs « correspondaient » à ceux de l’AFC/M23. A l’appui de ces affirmations, des visites documentées de Joseph Kabila dans les zones contrôlées par le groupe armé depuis mai 2025, ainsi que des réunions avec ses hauts responsables.
Selon les rapporteurs, cette visibilité manifeste du président de la République honoraire est « destinée à occulter le rôle du Rwanda » en accréditant le narratif d’un « mouvement congolais répondant à un problème congolais ».
Les rapporteurs relèvent ainsi la montée en puissance de Moïse Nyarungabo, ancien sénateur et membre clé du cercle rapproché de Joseph Kabila. Il est signataire du communiqué final du second conclave de « Sauvons la RDC » en avril 2026 en qualité de « coordinateur du secrétariat technique » et « membre fondateur ».
Néanmoins, des tensions internes divisent les rebelles. Si Nangaa et Kabila ambitionnent toujours la prise du pouvoir à Kinshasa, la majorité des dirigeants militaires du M23 s’y opposent, préférant consolider leur contrôle sur le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, selon les experts.
18.000 soldats rwandais déployés
Les experts onusiens confirment et livrent des précisions sur la présence des troupes rwandaises sur le territoire de la RDC. Ils sont entre 14.000 et 18.000 soldats déployés au Nord et au Sud Kivu « sans retrait notable signalé ». La RDF est présentée comme un acteur « crucial » et indispensable à l’AFC/M23. Elle occupait des positions avancées stratégiques, menait des offensives, utilisait des drones, du matériel de guerre électronique et des forces spéciales, révèlent-ils. « L’offensive d’Uvira, lancée fin novembre 2025Q et menée sous le commandement de Makenga et Byamungu, avait été coordonnée par le général rwandais à la retraite, James Kabarebe », selon le rapport. Le document assure que la RDF avait également pris pour cible des zones où aucune présence des FDLR n’avait été signalée, notamment à Uvira, ce qui « met en doute le bien fondé de l’argument de légitime défense » avancé par Kigali pour justifier ses interventions en RDC.
Ainsi est déconstruit le narratif rwandais sur ces rebelles. Les FDLR ne représentent aucune menace directe pour le Rwanda, selon le dernier rapport d’experts de l’ONU sur la RDC, qui n’ont « trouvé aucune preuve indiquant que ces éléments constituaient une menace directe pour le Rwanda susceptible de justifier une intervention militaire en RDC ».
Coltan de Rubaya : 12O t/mois exportées
S’agissant du pillage des ressources minières congolaises, les experts onusiens rapportent que le coltan de Rubaya est intégré dans les chaînes d’approvisionnement rwandaises. Son exploitation s’est « considérablement intensifiée » en 2025, avec une production dépassant les estimations de 2024 établies à environ 120 tonnes/mois.
L’AFC/M23 imposait une taxe de 4 USD/Kg de coltan et 2 USD/Kg de cassitérite, perçue via un compte de l’Equity Bank au nom de son coordonnateur financier provincial. Et, plusieurs sociétés nouvellement créées à Kigali ont acheté des quantités importantes de coltan à Rubaya, dont Rani Mining Ltd. Les documents douaniers de cette entreprise attestent de plus de 84 tonnes exportées.
Il est également révélé que les exportations rwandaises de cassitérite ont augmenté de 58 % en 2025, passant de 4.859 à 7.700 tonnes, sans que la production nationale ne justifie cette hausse. Le Groupe d’experts a adressé une demande d’éclaircissement au gouvernement rwandais le 2 avril 2026, et était toujours en « attente de sa réponse » à la publication du rapport.
Les experts onusiens sur la RDC n’épargnent pas l’Ouganda de Yoweri Museveni qui pille l’or de l’Ituri. « Un seul site minier situé entre Mabanga et Nizi aurait produit entre 3 et 8 tonnes d’or entre mars 2024 et mars 2026, pour une valeur estimée entre 300 et 800 millions USD ». Un second site, près de Yedi, aurait produit plus de 2 tonnes depuis début 2025. « Les exportations aurifères ougandaises ont atteint un niveau record de 62 tonnes en 2024, pour une valeur de 6,4 milliards USD, soit une hausse de 30 % en volume par rapport à 2024 », lit-on.
Le nerf de la guerre de l’Est est économique, n’en déplaise aux évêques catholiques et protestants.
J.N.