Des centaines d’habitants délogés du bidonville de Pakajuma en février dernier ont profité de l’indolence des autorités urbaines de Kinshasa pour récupérer des débris afin de reconstruire des abris au bord de la route. Certaines familles se sont carrément réinstallées sur les décombres de leurs anciennes maisons, d’autres se construisent des huttes de fortune.
Ils disent ne plus supporter leurs conditions de vie actuelle de relocalisation à N’sele, en dépit des risques liés aux intempéries, à l’insalubrité à Pakadjuma. Beaucoup se plaignent de la faim, l’absence de l’eau et de l’électricité à N’sele. Ils préfèrent revenir à Pakajuma, cette vaste étendue de débris de tôles froissées, de planches brisées et des restes de maisons réduites en morceaux, défiant ainsi les autorités provinciales.
Pourtant cet endroit est traversé par les rails du chemin de fer et est jonché de détritus de toutes sortes, justifiant l’opération de démolition des habitations par les autorités urbaines visant à libérer les emprises ferroviaires de l’ONATRA. «Il vaut mieux rester sur les ruines qu’aller mourir de faim ou de maladie dans le site de relocalisation», confie une squatter vivant avec son mari et leur enfant sous une tente en tôle. «Ici, nous avions commencé à exercer un petit commerce. Nous n’étions pas là pour de mauvaises activités. S’ils[les autorités] peuvent nous donner de l’argent pour que nous nous déplacions par nos propres moyens, ce serait mieux. Parce que là où on nous envoie, les gens meurent. Une maman a accouché de trois enfants sans aucune aide», poursuit-elle.
Cette autre femme elle déplore le décrochage scolaire de ses enfants. «Nos enfants étudiaient et maintenant, ils ne peuvent plus. Nous n’avons plus de maison et dans ces conditions les enfants ne peuvent pas étudier. Plusieurs enfants meurent faute d’abri. S’il vous plaît, aidez-nous même à retourner dans nos villages », plaide-t-elle.
On rappelle que la démolition du site de Pakadjuma, au mois de février 2026, avait suscité manifestations, affrontements et barricades, plongeant la commune de Limete dans un climat de tension. Les habitants avaient dénoncé une opération menée «sans préavis clair », les laissant sans abri du jour au lendemain.
Sur le terrain pendant ce temps, aucune amélioration visible selon les familles retournées à Pakadjuma. Qui affirment qu’à N’Sele, les ménages continuent de vivre sans abri, sans eau potable et sans services sociaux élémentaires.
La population de Pakadjuma se retrouve ainsi piégée : rester sur un site dévasté, exposé aux intempéries et au manque d’hygiène ou retourner à N’sele, un site de relocalisation jugé non-viable.
Entre l’espoir d’être entendus et la peur d’une nouvelle expulsion, les sinistrés demandent une chose : être relogés dignement, dans des conditions humainement acceptables.
Pascal Lookolo