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VERROUILLAGE DE L’ACCES A LA PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE : Controverse ou manipulation ?

Le verrouillage de l’accès à la fonction présidentielle en RDC proposé par Noël Tshiani Muadiamvita est à la base d’un débat houleux qui a fait sortir du bois nombre de partisans de Moïse Katumbi Chapwe, candidat potentiel à l’élection présidentielle de 2023.
Tshiani se défend de s’en prendre à un individu ou aux bi-nationaux mais rien n’y fait. Ces pourfendeurs se répandent dans des invectives devenues virales, l’accusant de viser Katumbi et de refuser aux Congolais de la diaspora de jouir des mêmes droits que leurs compatriotes restés au pays.
Plusieurs voix se sont levées contre cette proposition présentée comme une dangereuse atteinte à l’unité nationale.
D’aucuns utilisent même le concept de ‘‘nationalisme sportif’’ dans leur argumentaire alors que la nationalité est non seulement un lien affectif, mais aussi un lien juridique et politique entre une personne et un Etat comme l’indique Francis Lukunku qui accuse les partisans de Katumbi de fausser le débat.
«La question de la nationalité ne peut se comprendre en référence au fanatisme sportif, comme certains voudraient nous le faire croire de façon amalgamique et réductrice. Ce sont bien deux phénomènes différents. Ainsi, de nombreux Congolais de père et de mère soutiendraient vivement une équipe de football comme le Real de Madrid jouant contre Vita Club ou Mazembe ou la sélection du Brésil engagée contre les Léopards sans avoir jamais mis les pieds en Espagne ou au Brésil. La passion sportive n’a donc rien à voir avec la manifestation d’un sentiment national. Lorsque la loi conditionne l’accès à certaines fonctions de souveraineté, il faut tenir compte de l’élément essentiel qu’est le rattachement par la filiation (jus sanguinis) et/ou par le sol (jus soli).
Tenant compte de leurs histoires respectives, tous les États modernes catégorisent ainsi leurs nationaux au regard de l’éligibilité à certaines hautes fonctions politiques. Ce n’est pas une invention congolaise. Il faut éviter de personnaliser le débat sur cette question d’intérêt national», estime Dieudonné Lobo.
Neville yannick Tshimpanda, un penseur libre du Haut-Katanga révèle à ce sujet qu’«en 2018, lors de la sortie du gouvernement provincial de Pande Kapopo, la nomination du Congolais d’origine libanaise Nazem Nazembe Odroge à la tête du ministère provincial des Mines avait suscité une vague d’indignations parmi les frères et soeurs katangais, aussi bien sur place que dans la diaspora. A les entendre, les minerais de la RDC ne devraient en aucun cas être gérés par un ‘‘étranger’’.
Certains prétendaient même que le sol katangais risquait ainsi être bradé entre les mains d’un sujet libanais alors que Nazem vivait depuis toujours à Lubumbashi. Naturalisé Congolais, il était en outre propriétaire de plusieurs biens et de belles infrastructures qui font la beauté de la capitale du cuivre et de ses environs. On ne comprenait pas que malgré son amour et son attachement à la province, plusieurs katangais le considéraient toujours comme un étranger. De guerre lasse, le gouverneur Pande Kapopo fut contraint de revenir sur sa décision en procédant à une permutation qui vit Nazem aller au ministère des Infrastructures et un katangais ‘‘pure souche’’ prendre celui des Mines.
Difficile de croire en la bonne foi de ceux pour qui Nazem Nazembe, naturalisé Congolais, grand investisseur qui donne de l’emploi à plusieurs compatriotes, par ailleurs élu député national et provincial en 2011 puis en 2018 , n’avait pas eu le droit de diriger un ministère provincial des Mines alors que Moïse Katumbi, né de père et de mère étrangers puisse avoir le droit de briguer la magistrature suprême de la RDC».
On rappelle à ce sujet que la proposition de Tshiani ne vise qu’à mettre à l’abri de candidats à la loyauté douteuse la seule plus haute fonction de la République. Les exemples sont légions à cet égard, à commencer par les Etats-Unis d’Amérique dont la constitution réserve l’accès à la (seule) fonction présidentielle aux Américains nés sur le sol américain. Ce qui a ruiné les ambitions présidentielles de personnalités aussi réputées que le secrétaire d’Etat Henry Kissinger et le gouverneur de Californie Arnold Schwazzneger.
En Afrique, la constitution égyptienne en son article134 stipule que «le candidat à la presidence de la République doit être un Egyptien de parents égyptiens marié à une personne égyptienne».
On lit à l’article 87 alinéa 1er de la constitution algérienne que «pour être éligible à la présidence de la République, le candidat doit ne pas avoir acquis une nationalité étrangère, jouir uniquement de la nationalité algérienne d’origine et attester de la nationalité algérienne d’origine de son père et de sa mère, et être de confession musulmane et attester de la nationalité algerienne d’origine unique de son conjoint».
On se demande exactement pourquoi certains voudraient clouer Noël Tshiani au pilori pour avoir fait librement sa proposition qui est de loin moins contraignante que celles des trois pays susmentionnés.
MM

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