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LES COMMEMORATIONS RD CONGOLAISES DERANGENT KIGALI : RDC-Rwanda, Génocost vs Génocide ?

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La commémoration de la 4è édition du Genocost par la RDC, le 2 août 2026, a été suivie par une levée de boucliers sans pareil au Rwanda. Des réactions hostiles à ces manifestations mémorielles auréolées par les plus hautes autorités étatiques et les victimes des agressions rwandaises contre la RDC ont fait florès dans l’armée numérique de Kigali. Débats télévisés pour battre en brèche le narratif congolais sur ces violences, déclarations officielles, tweets sur X, tout a été mis à contribution pour banaliser ce drame, le plus coûteux en vies humaines que l’Afrique ait connu depuis les années d’indépendance.

Yolande Makolo, porte-parole de Paul Kagame, a purement et simplement qualifié le Genocost de «théorie du complot politiquement construite, présenté à tort comme une vérité historique et juridique». Il ne s’agit, selon cette plénipotentiaire de Kigali, ni d’un concept historique ni d’une notion établie par le droit international.

Son collègue des Affaires étrangères, l’inénarrable Olivier Nduhungirehe, dénonce ce qu’il présente comme «un pur cynisme de la part de Kinshasa». Pour lui, la notion de Génocost n’a aucun fondement juridique au regard de la Convention de 1948 sur le génocide.  Selon ce spécialiste autoproclamé de la terminologie juridique, «ce qu’ils présentent comme un ‘‘Genocost’’ serait, en réalité, un génocide commis à des fins économiques. Or, dès lors que l’on parle de ‘‘gains économiques’’, on affaiblit déjà fondamentalement cet argument». Dans sa conception, la définition juridique du génocide ne renvoie qu’à un crime commis contre un groupe déterminé national, racial, ethnique ou religieux avec l’intention de le détruire, en tout ou en partie, en tant que tel. Il s’est bien gardé d’élaborer pour démontrer que ce que Kagame fait au Congo n’est pas destiné à détruire les populations non tutsi du Nord et du Sud Kivu pour les remplacer par ses compatriotes.

Ne pas effleurer le génocide rwandais

Nduhungirehe va même plus loin. Il accuse la RDC de construire une notion essentiellement à des fins politiques. «Elle semble viser à nier ou à minimiser le génocide perpétré contre les Tutsi, tout en servant à formuler des accusations contre le Rwanda ou à alimenter un discours politique et conflictuel à son encontre». Traduction : toute dénonciation des turpitudes criminelles du régime de Paul Kagame est automatiquement assimilable à une négation du génocide. Plus révisionniste, on en fait plus.

Ce qui gêne les phalanges  kagaméennes dans la commémoration du Génocost par Kinshasa réside dans le fait qu’elle tendrait à «minimiser le génocide perpétré contre les Tutsi et les Hutu modérés en 1994 au Rwanda». Ce génocide qui fonde aujourd’hui la politique nationale et internationale du pouvoir dictatorial monoethnique installé au pays des Mille collines depuis 3 décennies.

Pour la 4ème fois consécutive depuis 2022, la RDC a célébré, le 2 août 2026, le début des violences de masse causées par les prédateurs au pouvoir à Kigali depuis 1996. Les célébrations étendues aux représentations diplomatiques du pays à travers le monde, notamment, reposent sur la loi du 26 décembre 2022 relative à la protection et à la réparation des victimes de crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité.  Cette loi qui a été promulguée par le président Félix Tshisekedi en décembre 2022 recommande une mobilisation à l’intérieur et à l’extérieur du pays à cet effet.

Entreprise meurtrière et logique de prédation

Dimanche 2 août 2026, Félix Tshisekedi a qualifié l’agression de la RDC par le Rwanda d’«entreprise meurtrière mue par une logique de conquête et de prédation qui viole la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays». S’adressant aux victimes, aux survivants et aux familles endeuillées, le chef de l’Etat congolais s’est engagé à ce que leur souffrance «ne soit jamais reléguée dans l’oubli» et que leur droit à la vérité, à la justice et à la réparation soit respecté.

Plusieurs chantiers destinés à structurer une politique de mémoire sont en gestation. Notamment, la création d’un musée national du Génocost dédié à la conservation des archives, des témoignages, des preuves matérielles et des travaux scientifiques relatifs aux pogroms perpétrés par les troupes d’invasion rwandaises. Le parlement a été invité à adopter de nouveaux textes relatifs à la justice transitionnelle, à la protection du patrimoine mémoriel et à la lutte contre la falsification de l’histoire. Kinshasa entend ainsi poursuivre son plaidoyer afin de faire progresser la reconnaissance des crimes commis sur son territoire depuis 1996 pour briser l’impunité et obtenir que justice soit faite.

Les morveux se mouchent

Ce n’est manifestement pas du goût de Kigali, qu’un silence sur les crimes odieux commis de 1996 à ce jour en RDC et dans la région des Grands Lacs, arrangerait.  C’est avec anxiété que Kagame et sa bande anticipent tout ce qui peut embarrasser la poursuite de leur aventure criminelle à l’Est du Congo.

Des faits historiquement attestés, y compris par de nombreux rapports onusiens, contredisent la fameuse théorie du complot de Yolande Makolo. L’agression rwandaise déguisée en rébellion depuis 1996 symbolise l’horreur absolue. Elle a ouvert la voie à une longue série de massacres de civils dans la partie Est de la RDC.

On se souvient notamment de celui perpétré à Kasika (Mwenga/Sud-Kivu), le 24 août 1998 et les jours suivants où plus de 1.000 civils furent tués. Des forces de l’alors Armée patriotique rwandaise (APR) accompagnées des supplétifs du RCD avaient attaqué une église en plein culte, puis des villages aux alentours. Prêtres, religieuses, femmes (souvent violées et mutilées avant d’être assassinées), enfants et bébés (certains jetés dans des latrines) ont été exterminés. Le Mwami François Mubeza II (Naluindi Francis), chef de la chefferie de Lwindi, avait été ligoté et découpé à la machette, son cœur arraché et sa tête tranchée. Son épouse, enceinte de jumeaux, avait été éventrée.

Sur la route de Kilingutwe,  à Zokwe, des dizaines de personnes ont été tuées et brûlées. A Kalama, des dizaines d’autres ont fini calcinées dans leurs maisons incendiées.

Un jour de marché, toujours à Kilungutwe, selon les rapports onusiens, les soldats rwandais ont tiré sur la foule rassemblée. Par la suite, des groupes de civils (jusqu’à 50 personnes par hutte) ont été entassés dans des huttes avant d’être déshabillés, ligotés puis massacrés.

Plus récemment, des rapports successifs du Groupe d’experts des Nations-Unies sur la RDC et du Haut-Commissariat des Nations-Unies aux droits de l’homme (HCDH) ont confirmé que la coalition AFC/M23, agissant sous les ordres et le contrôle opérationnel des Forces de défense rwandaises (RDF), s’est rendue coupable de multiples massacres de civils, d’exécutions sommaires et de viols collectifs à grande échelle au Nord et Sud Kivu. Ces violences, systématiques, sont qualifiées de «possibles crimes de guerre et crimes contre l’humanité» par les enquêteurs onusiens. Il s’agit notamment du massacre de Rutshuru, où 169 à 300 civils ont été victimes d’exécutions ciblées, selon le Bureau conjoint de l’ONU aux droits de l’homme. Mais aussi de viols collectifs et d’esclavage sexuel documentés comme une composante récurrente de la stratégie militaire rwandaise à l’Est du Congo. La chasse aux défenseurs des droits de l’homme, incluant des tentatives d’assassinat et enlèvements fait aussi partie de cette panoplie criminelle condamnée par l’ONU en février 2026.

Fuite en avant de Kigali

Force est de constater qu’on est loin de la «théorie du complot politiquement construite qui se déguise en vérité historique et juridique» de Nduhungirehe. Les incantations des porte-voix du dictateur rwandais ont toutes les apparences d’une fuite en avant.

Kinshasa ne se fait pas d’illusion sur les ambûches qui vont jalonner sa campagne pour la reconnaissance des crimes commis sur son territoire et leur qualification juridique comme actes de génocide. Le 2 août dernier, Félix Tshisekedi a reconnu que la qualification du génocide ne relève pas d’une déclaration politique, mais des juridictions compétentes, sur la base des faits, des preuves et des critères établis par le droit international. Selon lui, ces deux démarches sont complémentaires. De fait, la qualification judiciaire produit un effet distinct; elle n’a pas vocation à établir ou à nier l’existence d’un fait historique. Un fait historique est toujours un fait ontologique avant d’accéder à la reconnaissance judiciaire. On en a une illustration avec la confirmation, par la chambre d’appel du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, le 19 avril 2004, que les exécutions de plus de 7.000 hommes et garçons bosniaques à Srebrenica constituaient bien un crime de génocide.

L’absence de reconnaissance juridique n’exclut pas l’existence du fait historique dénommé Génocost. Ni les conséquences possibles, y compris judiciaires, qui sont à en tirer.

J.N.

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