Consideré comme un tournant dans la mise en œuvre du cessez-le-feu entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, le Mécanisme conjoint de vérification élargie (MCVE+) donne aujourd’hui l’image d’un processus enlisé avant même d’avoir commencé.
En seulement quatre mois après sa création à Montreux, le mécanisme n’a produit aucun rapport, ni effectué une mission de terrain, moins encore de vérification indépendante. Son existence demeure, pour l’instant, essentiellement théorique. Selon plusieurs observateurs.
L’expulsion récente d’un officier des FARDC déployé à Goma pour siéger au sein de ce mécanisme ne fait que confirmer l’ampleur des difficultés. Au lieu de marquer le lancement opérationnel du dispositif, cet épisode a ravivé les soupçons entre les deux parties et repoussé davantage l’échéance de son entrée en fonction.
D’un côté, Kinshasa dénonce une expulsion injustifiée, et estime que cette décision traduit une volonté de bloquer un mécanisme pourtant accepté par les parties.
En revanche, l’AFC/M23 affirme que l’officier concerné ne correspondait pas à l’identité officiellement notifiée et met en avant son parcours dans les services de renseignement militaires pour justifier son refus. Ces deux récits opposés ont une même conséquence, le mécanisme reste paralysé.
Pourtant, le MCVE+ n’a pas été conçu pour alimenter les divergences, mais pour les réduire. Sa mission consiste à constater les faits, vérifier les allégations de violations du cessez-le-feu et fournir aux parties une base objective susceptible d’éviter une escalade. Explique un chercheur en sciences sociales, qui préfère rester anonyme.
Dans ce climat, les accords de paix ne valent que par leur application.
La signature d’un texte ou la création d’un mécanisme ne suffisent pas à instaurer la confiance. Les parties doivent respecter l’esprit et les modalités. Or, l’incident survenu à Goma montre que la méfiance continue de dicter les comportements bien plus que les engagements pris autour de la table des négociations.
À mesure que le temps passe, le cessez-le-feu perd sa crédibilité faute d’un mécanisme capable d’en contrôler le respect. Les incidents de terrain peuvent se multiplier, les accusations réciproques s’intensifier et les efforts diplomatiques s’éroder, sans qu’aucune instance opérationnelle ne puisse établir les responsabilités.
Pascal Lookolo