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L’IRRECEVABLE PLAIDOYER PRO DOMO DE KAGAME : Une tribune de Lambert Mende Omalanga

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Foreign Affairs, une publication périodique du Council on Foreign Relations, a publié récemment une lettre éditoriale reprenant l’idée absurde que la position américaine sur le conflit entre la RDC et le Rwanda serait «déséquilibrée». L’auteur de l’article critique les sanctions prises par l’Office of Assets Control (OFAC) des Etats-Unis qui ciblent seulement des responsables rwandais au motif que la partie congolaise n’est pas concernée par ces pressions. «la politique ’’America first’’ du président Trump est susceptible de favoriser des relations étroites avec les dirigeants politiques congolais plutôt que la démocratie et les droits humains, une approche qui pourrait finir par déstabiliser le pays », peut-on lire dans l’entrefilet qui fait écho aux virulentes récriminations du président Paul Kagame et de ses partisans après l’annonce des mesures du gouvernement américain contre son régime.

Selon Foreign Affairs, en sanctionnant uniquement le Rwanda pour son soutien aux renégats congolais de l’AFC-M23 tout en appuyant l’autorité de l’État congolais qui traîne les pieds pour neutraliser les rebelles rwandais des FDLR tapis dans quelques sanctuaires au Kivu, Washington favoriserait un camp de manière injuste. A quoi le chroniqueur français Jean-François Le Drian réplique que «cette critique, présentée comme rationnelle et soucieuse d’impartialité, est en réalité une ineptie intellectuelle car elle repose sur une confusion fondamentale : elle traite comme un conflit symétrique entre deux belligérants ce qui est une agression unilatérale d’une puissance étrangère contre un État souverain». Un point de vue conforté par Aimé Kayembe, chercheur à l’Institut de Recherche en Géopolitique et d’Études Stratégiques (IRGES) de Kinshasa pour qui «aucune équidistance ne peut être justifiable entre le gouvernement rwandais qui a délibérément occupé tout ou partie du territoire congolais en y créant des groupes armés dont il assure la logistique et le lobbying à l’international et la RDC dont le territoire a été sanctuarisé après le génocide rwandais de 1994 par des réfugiés rwandais armés qui s’en prennent aussi bien à leur pays qu’aux autochtones congolais».

Le faux prétexte du soutien aux génocidaires FDLR

Patrick Muyaya le porte-parole du gouvernement congolais a expliqué que sur les six sites des provinces du Nord et Sud-Kivu sanctuarisés par les FDLR, cinq sont situés dans des zones occupées par les forces gouvernementales rwandaises et administrées de concert avec leurs supplétifs de l’AFC-M23. Les autorités américaines semblent avoir compris que Kagame a beau jeu de manipuler ad vitam aeternam le prétexte des génocidaires FDLR, hébergés dans des bivouacs qu’il contrôle lui-même afin de pérenniser son projet hégémoniste et prédateur.  

La résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations-Unies a exigé le retrait «immédiat et sans conditions» des forces rwandaises du territoire de la République démocratique du Congo ainsi que la cessation de tout soutien au groupe armé AFC/M23 qui sert de supplétif aux troupes  rwandaises d’occupation. La question essentielle est celle des voies et moyens de contraindre l’agresseur rwandais à respecter ses obligations. C’est dans cette optique que s’inscrivent les sanctions ciblées US contre le régime Kagame qui affiche ostentatoirement son refus de lever le pied sur l’Est du Congo et s’évertue à semer et entretenir un chaos favorable à son projet pernicieux.

Les dernières batteries de sanctions infligées à Kagame par une superpuissance qui avait puissamment contribué dans un passé récent à construire à partir de 1994 son système dictatorial ont fait sortir le président Kagame de ses gongs. Inhabituellement, il vitupère avec véhémence contre «ceux qui imposent des sanctions unilatérales. Ils trouveront toujours une raison de faire ce qu’ils veulent, quand ils veulent. Mais traiter le Rwanda comme un bouc émissaire ne change pas la réalité sur le terrain. Céder à leurs pressions coûterait beaucoup plus cher que de rester ferme». A sa suite, des porte-voix de Kigali se sont répandus dans la toile en imprécations rageuses contre la RD Congo et ses institutions. «Les sanctions unilatérales contre le Rwanda ne peuvent ni masquer ni résoudre les échecs institutionnels profonds de la RDC : gouvernance faible, discours de haine incontrôlé et ciblage persistant et violent des civils Banyamulenge innocents. Il est temps que le médiateur regarde les faits, dépasse les gestes politiques à courte vue et revoie la décision de sanctionner le Rwanda. La paix véritable exige de s’attaquer aux causes profondes, pas de rejeter la faute sur d’autres» a posté sur son compte X un certain  Caleb Irakoze.

Les portes se ferment, l’une après l’autre

A Kigali, quelques têtes brûlées ont suggéré de couper carrément les amarres liant le Rwanda aux Occidentaux pour se tourner vers d’autres partenaires plus accommodants à l’instar de la Chine, de la Russie et de la Corée du Nord en s’adossant sur l’axiome en vertu duquel un naufragé n’a pas à se préoccuper de la couleur de la main qui pourrait lui porter secours. Cette position jusqu’au-boutiste a fait bondir un internaute pro-Kagame qui a écrit que «même les pays les plus puissants n’oseraient pas commercer avec la Corée du Nord par peur des sanctions américaines ; et vous osez dire que notre petit Rwanda pourrait le faire sans dommages»! Il ne croyait pas si bien dire. Samedi 4 juillet le représentant de la Russie au Conseil de sécurité a douché les illusions d’un deal entre son pays et le Rwanda en exigeant avec fermeté l’application effective de la résolution contraignante 2773 sur l’Est de la RDC faisant obligation au Rwanda de retirer inconditionnellement ses troupes du territoire congolais. Cette résolution adoptée par le Conseil de sécurité en février 2025 appelle à un cessez-le-feu immédiat ainsi qu’à la cessation du soutien du Rwanda au M23 et à la dissolution des administrations parallèles mises en place par ce groupe rebelle. Cette opinion constitue un soutien diplomatique de la Russie à Kinshasa.

Le président Paul Kagame reste obstinément arcbouté sur une conviction qu’il ne cesse de rabâcher devant ses partisans : «Rwanda Cannot do without Eastern Congo» (Le Rwanda ne peut pas se passer de l’Est du Congo). Jusque début juillet, il a fait le dos rond devant la volée de bois vert américaine. Comme par défi, il a envoyé des renforts massifs de l’infanterie et de la force aérienne rwandaises au Kivu.

L’équation Donald Trump

C’est l’anticipation de la mauvaise humeur de l’administration Trump qui a amené le gouvernement rwandais à se lancer dans une campagne de grande envergure dont la dénonciation d’un prétendu ‘’déséquilibre’’ entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda dans le narratif officiel de Washington sur la crise sécuritaire et humanitaire dans la région des grands lacs. A bon escient, Jean-François Le Drian estime à ce propos qu’«il ne peut y avoir aucune symétrie entre le Rwanda et la RDC dans le dossier. Il y a un agresseur et un agressé. Une agression étrangère, pas un conflit interne. Le M23 n’est pas un groupe rebelle congolais autonome. C’est un proxy du Rwanda, comme l’ont été avant lui le CNDP ou l’AFDL. Des rapports onusiens, des enquêtes d’experts indépendants et des aveux de terrain le confirment : les Forces de défense rwandaises (RDF) entraînent, équipent, commandent et combattent aux côtés du M23. Sans ce soutien direct, y compris la présence de troupes rwandaises sur le sol congolais, le M23 n’aurait jamais pris Goma, Bukavu ou d’autres villes. Ce n’est pas un « conflit» entre deux parties équivalentes. C’est une ingérence étrangère continue depuis plus de trente ans. Depuis les invasions rwandaises de 1996 et 1998, en passant par le pillage systématique des ressources (coltan, or, cassitérite, etc.), jusqu’aux massacres répétés, aux enrôlements forcés d’enfants et aux crimes de guerre documentés. Critiquer les sanctions américaines comme déséquilibrées parce qu’elles visent le Rwanda et non la RDC, c’est comme reprocher à un policier d’arrêter le braqueur en laissant libre sa victime».

Au-delà des avantages incontestables de la diplomatie transactionnelle trumpienne, la stabilisation de la République démocratique du Congo commande que les dirigeants de ce pays et leurs partenaires se focalisent de plus en plus sur l’efficience des contre-mesures à opposer aux ruades désespérées de l’homme fort de Kigali qui n’a pas encore dit son dernier mot. D’autres types d’actions s’imposent pour en finir avec la dévastation de l’Est du pays par les phalanges rwandaises et leurs proxies depuis plus de trois décennies. Il s’agit, d’une part, de la montée en puissance des  forces de défense et de sécurité congolaises dans leur tâche de sauvegarde de l’intégrité territoriale du pays et, d’autre part, d’un soutien substantiel aux acteurs rwandais adeptes d’une coexistence pacifique entre nations des grands lacs et d’une véritable démocratie à l’intérieur de leur pays.

Face à Kagame et sa ‘’solution finale’’

La priorisation par l’administration Trump de la stabilité de la région et du respect de l’intégrité territoriale de la RDC apparaissent en définitive comme une formidable opportunité pour les autorités congolaises qui peuvent en profiter pour construire une stratégie de puissance. C’est une nécessité absolue en perspective des saillies expansionnistes et prédatrices de Kagame qui vont aller crescendo après la fin du deuxième mandat du 47ème président des Etats-Unis.

Certes, l’accumulation des rapports des Nations unies faisant état de l’’occupation militaire d’une partie du Kivu par le RDF et le refus de Kagame de retirer ses troupes du territoire congolais l’exposent à de plus en plus de sanctions ainsi qu’à l’isolement diplomatique du fait de la détérioration de la crédibilité internationale de son régime. Son image de partenaire stratégique auprès des puissances occidentales est en effet passablement ternie par le non-respect délibéré des engagements pris dans le cadre de l’accord de Washington.

Il faut néanmoins avoir en tête l’éventualité que ces pressions n’aboutissent pas à lui faire lâcher prise. Tel un roseau dans l’orage, le N°1 rwandais plierait sans rompre et se lancerait dès la fin du mandat de Trump, dans une énième offensive contre la République démocratique du Congo.

Tout repose à cet égard sur des réformes structurelles et conjoncturelles à mettre en œuvre pour faire bénéficier à notre peuple des effets bénéfiques d’une gestion publique sérieuse et irréprochable se traduisant par une gouvernance vertueuse débarrassée des antivaleurs de la corruption et des atavismes dans le délai le plus court possible.

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