Dans le cadre de la troisième revue du Programme économique du gouvernement, soutenu par la Facilité Élargie de Crédit (FEC), une mission de haute facture du Fonds Monétaire International (FMI) a investi les locaux de l’Inspection générale des finances (IGF) la semaine dernière. Cette visite de travail de l’institution de Bretton Woods visait à évaluer sans complaisance la contribution de ce service rattaché à la présidence de la République dans l’amélioration de la trajectoire des finances publiques en République Démocratique du Congo.
La visite du FMI auprès du gendarme financier de la République a permis un dialogue technique objectif au cours duquel les missions régaliennes de l’IGF ont été passées au crible, notamment la certification de la TVA, le suivi rigoureux des entreprises du portefeuille ainsi que l’encadrement des recettes et des dépenses publiques.
Orthodoxie financière
Pour le patron de l’IGF, Christophe Bitasimwa Bahi, ces échanges constituent un baromètre essentiel de l’action de contrôle. «Nous avons échangé utilement sur un certain nombre de points d’intérêt. Ils ont posé des questions, nous avons apporté des réponses, mais aussi partagé nos propres préoccupations», a-t-il déclaré, mettant en exergue la qualité de ce partenariat technique qui se veut désormais structurel.
De son côté, le chef de mission du FMI pour la RDC, Calixte Ahokpossi, a rappelé le caractère routinier mais stratégique de cette étape. L’institution financière internationale voit en l’IGF un garde-fou indispensable pour garantir la mobilisation des recettes et la transparence des dépenses publiques, piliers centraux de la gouvernance économique vertueuse prônée par les partenaires au développement.
Levier des réformes
Mis à part les chiffres comptables, cette mission privilégie le rôle déterminant d’une institution qui, notamment par ses actions de patrouille financière, façonne les bases d’une gestion publique plus rigoureuse.
Alors que la mission du FMI se poursuit auprès d’autres institutions stratégiques notamment les ministères du Budget, des Finances et du Plan, l’action de l’IGF confirme son statut de partenaire technique de premier plan.
L’ère du contrôle systémique
Cette épreuve réussie est intervenue en même temps que l’Inspection générale des finances (IGF), bras séculier de la République en matière d’audit et de contrôle des deniers publics, franchissait un palier historique dans sa méthodologie opérationnelle. Lors d’un entretien exclusif accordé à la RTNC, l’inspecteur général des finances – chef de service, Christophe Bitasimwa Bahi, a dévoilé les grandes lignes du plan stratégique triennal 2026-2028. Cette feuille de route ambitieuse marque le passage d’un contrôle traditionnel à une ère de surveillance systémique, portée par l’intelligence financière et la digitalisation des processus.
Avant de jeter les bases de cette réforme, l’équipe dirigeante de l’IGF a procédé à une analyse SWOT sans complaisance du système actuel. À cette occasion, Christophe Bitasimwa a rendu un vibrant hommage au chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, dont le soutien politique indéfectible constitue le socle des succès enregistrés par l’institution dans la traque des prédateurs financiers.
Changement de paradigme
Jusqu’ici, l’IGF s’appuyait sur un triptyque de contrôle a priori, a posteriori et concomitant qui, bien qu’utile, a montré ses limites intrinsèques. «Ce sont des contrôles ponctuels, coûteux et souvent inefficaces dans la durée», a reconnu sans détour le chef de service. La dépendance aux données fournies par les entités contrôlées et le déficit de digitalisation ont souvent affaibli la portée des investigations.
Pour remédier à ces insuffisances, l’IGF a introduit le concept de «contrôle systémique». Il ne s’agit plus seulement de vérifier des actes isolés, mais de maîtriser l’ensemble des flux financiers en corrélation avec l’économie nationale. «Les finances publiques sont issues de la richesse nationale. Sans contrôle des flux économiques, aucun contrôle efficace n’est possible», explique Christophe Bitasimwa Bahi. L’objectif est de passer d’un mode réactif à une approche préventive et prédictive.
Intelligence financière
Le nouveau modèle repose sur la collecte souveraine de l’information. L’IGF ambitionne de devenir un véritable organe d’intelligence financière, capable de surveiller en temps réel les flux publics sans dépendre de la bonne volonté des gestionnaires. Le plan stratégique prévoit une montée en puissance progressive, avec pour horizon 2028 la pleine maturité de ce dispositif numérique.
Tout en migrant vers ce nouveau paradigme, l’IGF n’entend pas délaisser ses missions actuelles. Elle rappelle toutefois sa nature d’organe de contrôle externe, soulignant que la surveillance permanente relève de la responsabilité des services d’audit interne de chaque institution.
FIDEL SONGO