Le président de la République va bientôt lever une partie du voile sur le dialogue national annoncé depuis juillet. À Libreville où il échangeait dimanche avec la communauté congolaise vivant dans ce pays, Félix Tshisekedi a annoncé une prochaine adresse à la nation consacrée au dialogue national inclusif. Le chef de l’État entend y préciser les contours d’un processus totalement distinct des précédentes concertations politiques connues en RDC, alors que le pays reste confronté à la guerre dans l’Est et à une forte attente de clarification sur les prochaines étapes.
Face aux congolais vivant à Libreville, Félix Tshisekedi a indiqué qu’il s’adresserait prochainement à la nation pour expliquer sa vision de cette initiative, en préciser les limites et appeler à la mobilisation autour de son organisation. L’annonce intervient alors même que sur la table de Kinshasa, deux dossiers occupent depuis plusieurs mois l’agenda national. Il s’agit de la recherche d’une issue à la crise sécuritaire dans l’Est et la nécessité de resserrer les rangs sur le plan intérieur.
Le chef de l’État avait déjà annoncé, le 17 juillet dernier, l’organisation d’un dialogue national inclusif, à l’issue d’une rencontre avec les représentants des principales confessions religieuses. L’initiative se veut jusqu’à présent un cadre destiné à consolider la cohésion nationale, dans le respect de la constitution et des institutions.
À Libreville, le président congolais est allé plus loin en promettant un dialogue qui, selon lui, ne ressemblera pas aux précédents exercices politiques organisés dans le pays. «Ce dialogue sera différent de tous les dialogues qu’a connus ce pays», a-t-il déclaré devant la diaspora congolaise.
Cette formule qui doit être précisée lors de son prochain discours à la nation sous-tend l’idée qu’il n’est plus question de rameuter quelques têtes brûlées de groupes armés stipendiés par l’étranger et de les primer par des strapontins au sein des institutions publiques et le contrôle de nos forces de défense et de sécurité. Le principal enjeu sera notamment de savoir qui prendra part aux discussions, quelles questions seront mises sur la table et jusqu’où pourra aller ce dialogue dans un contexte où le pays fait face à une crise sécuritaire toujours active.
Un dialogue distinct des négociations sur la guerre
Le dialogue national ne devrait donc pas se substituer aux mécanismes diplomatiques engagés pour tenter de mettre fin à l’agression du Rwanda dans l’Est, mais comme une force interne contre les velléités criminelles rwandaises. Le ministre congolais de la communication et porte-parole du gouvernement l’a bien souligné : Kinshasa veut d’un dialogue pour former un front patriotique contre les agressions étrangères. Depuis plusieurs mois, Kinshasa participe à deux processus parallèles. Le premier est lié à l’accord de paix conclu avec le Rwanda sous l’égide des États-Unis. Le second se déroule à Doha, sous la facilitation du Qatar, entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23.
Le mécanisme de suivi de l’accord de Washington a encore réuni, en juillet, les représentants de la RDC, du Rwanda, des États-Unis, du Qatar, de l’Union africaine et du Togo. Les discussions ont porté notamment sur la situation sécuritaire dans l’Est et sur la mise en œuvre des engagements pris par Kinshasa et Kigali.
Le processus de Doha poursuit, lui, ses propres objectifs. Les autorités congolaises ont déjà insisté sur le fait que le dialogue national ne suspendait pas les discussions menées sous la médiation qatarie. Kinshasa considère notamment que la question de l’AFC/M23 relève de ce cadre et non du dialogue politique entre acteurs congolais.
Cette distinction est importante dans la lecture de la prochaine adresse présidentielle. Le chef de l’État devra donc préciser comment le dialogue interne peut contribuer à la cohésion nationale sans se confondre avec les négociations destinées à régler la crise armée dans l’Est qui est notoirement le fait du Rwanda et du Rwanda seul. Plusieurs observateurs estiment que cela légitimerait l’hypothèse rwandaise qui présente la guerre dans l’Est comme étant un simple conflit intercongolais.
La question de la cohésion nationale au centre
Pour Félix Tshisekedi, la guerre ne peut être dissociée de la nécessité de préserver l’unité du pays. Depuis l’annonce du dialogue, Kinshasa insiste sur la nécessité de rassembler les différentes composantes de la société congolaise autour des institutions et de la défense de l’intégrité territoriale. Les confessions religieuses ont été associées aux premières consultations, mais les contours de leur rôle dans la suite du processus restent encore à préciser. Le chef de l’État devra aussi répondre aux attentes d’une classe politique qui réclame davantage de précisions sur les objectifs du dialogue.
L’initiative intervient dans un contexte particulièrement sensible. L’Est du pays reste marqué par la présence de troupes rwandaises et leurs renégats de l’AFC/M23 et par une situation humanitaire difficile, tandis que les négociations internationales se poursuivent pour obtenir une désescalade. Dans ce contexte, le dialogue national s’avère une tentative de traiter la dimension politique et institutionnelle de la crise congolaise.
Une adresse présidentielle très attendue
L’annonce faite à Libreville donne désormais une nouvelle échéance au processus. Depuis plusieurs semaines, les interrogations portent moins sur le principe du dialogue que sur sa méthode. Qui en fixera l’agenda ? Quelle sera la place de l’opposition ? Les forces politiques et sociales seront-elles représentées dans leur diversité? Le dialogue portera-t-il uniquement sur la cohésion nationale ou abordera-t-il également les questions institutionnelles et électorales ? Autant de questions auxquelles le chef de l’État est désormais appelé à répondre.
La France a, pour sa part, salué l’annonce du dialogue national inclusif, estimant qu’il pourrait contribuer à restaurer la concorde nationale et à compléter les efforts de médiation engagés notamment avec les États-Unis, le Qatar et l’Union africaine. L’initiative bénéficie donc d’un intérêt au-delà des frontières congolaises.
À Libreville, Félix Tshisekedi a également réaffirmé sa détermination à défendre la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC. Il a dénoncé une mauvaise foi du Rwanda dans la mise en œuvre des engagements pris dans les différents processus de paix. Les mécanismes de Washington et de Doha constituent aujourd’hui les principales voies diplomatiques engagées autour de la crise sécuritaire.
FIDEL SONGO