Alors que le débat autour du changement de la Constitution enflamme le microcosme politique congolais, avec d’un côté l’opposition politique radicale vent debout contre cette initiative du chef de l’État, et de l’autre la majorité au pouvoir qui continue de galvaniser, à ce propos, toutes les couches populaires, une question taraude les esprits : Les véritables adversaires du projet de Félix Tshisekedi ne se cachent-ils pas dans son Union sacrée ? Le silence observé par quelques lieutenants attitrés du chef de l’État interpelle. Si l’opposition radicale a dégainé avec un bel ensemble ses flèches contre toute velléité de toucher à la loi fondamentale au sein de l’Union sacrée, beaucoup semble encore se tâter.
Depuis que le chef de l’État a jeté un pavé dans la mare constitutionnelle, les principales «grosses pointures» de l’Union sacrée sont devenues atones et brillent par leur absence sur le front médiatique. À commencer par Jean-Michel Sama Lukonde, le président du Sénat, qui garde un profil bas dans la plupart des initiatives assumées de l’Union sacrée de la nation en faveur de la révision ou du changement de la constitution. Pas une campagne, pas un tweet, rien qui ne ressemble à un soutien franc au projet présidentiel.
Même son de cloche chez Jean-Pierre Bemba Gombo. Le «Chairman» du MLC, et vice 1er ministre en charge des Transports et voies de communications interrogé il y a quelques mois par nos confrères de Top Congo FM, a joué la carte de la subtilité. Il avait semblé marquer une distinction claire entre le changement de la constitution et la modification de certaines de ses dispositions. Son langage corporel comme ses propos avaient laissé croire à d’aucuns qu’il privilégiait une révision ciblée plutôt qu’un remplacement complet du texte fondamental qui enfanterait la quatrième République. Une position bien différente de celle prise par le chef de l’État et son UDPS qui sont favorables à un changement substantiel de l’architecture constitutionnelle.
Kamerhe, le grand
absent
Et que dire de Vital Kamerhe ? Le partenaire de la première heure de Fatshi, l’homme du «Cap pour le Changement», s’est emmuré dans un silence monacal qui alimente toutes les supputations. Pas un mot de l’ancien speaker de la chambre basse du parlement alors que se projette sur la toile et les médias une offensive politique de l’opposition derrière la C64.
Si l’on accuse les opposants de n’avoir pas condamné le Rwanda de Paul Kagame face à son agression contre la RDC, il est tout aussi normal que l’opinion questionne ce silence pesant des partenaires politiques de Félix Tshisekedi en ce moment crucial. Surtout qu’en politique, ne pas dire «oui», c’est déjà une forme de «non».
Bahati : un revirement qui interroge
Modeste Bahati Lukwebo, lui, avai déjà lâché le morceau par le passé : «Le problème de la RDC, ce ne sont pas les textes, mais les hommes», avait-il lâché au cours d’un point de presse qui lui a valu une véritable volée de bois vert des tshisekedistes «orthodoxes» qui sont parvenus à le déchoir de la vice-présidence du Sénat. Si l’autorité morale de l’AFDC-A semble aujourd’hui plus «conciliante», les analystes y voient moins une conviction qu’une stratégie opportuniste de repositionnement après ses récents revers politiques. Et aujourd’hui, la plupart des observateurs qualifient le soutien affiché récemment par Bahati à l’initiative présidentielle de changer la constitution de manœuvre ‘’carriériste’’ de plus.
Le véritable enjeu n’est plus de savoir si Fayulu ou Katumbi ou quelques autres opposants sont contre le projet du président. On le sait. Le vrai problème auquel Félix Tshisekedi est confronté, c’est cette résistance rampante, ce «service minimum» de ses alliés. Force est et de se demander pourquoi une telle frilosité affichée par certaines têtes couronnées de l’Union sacrée de la nation sur un projet présenté comme vital pour l’avenir du pays.
Beaucoup d’observateurs pensent à ce propos que si certains soutiennent cette initiative pour protéger leurs arrières, d’autres attendent encore de voir de quel côté le vent va tourner. Mais il est clair que ce manque d’enthousiasme public révèle le symptôme d’un malaise interne profond. Le chef de l’État ferait mieux de surveiller ses arrières plutôt que de se focaliser sur une opposition dont les actions sont très prévisibles. Car, en politique, ce ne sont pas les ennemis déclarés qui font tomber les régimes, mais les alliés qui vous lâchent en plein vol et au moment où on s’y attend le moins.
Alors que la loi sur le référendum avance à pas de géant au Parlement, ce silence qui en dit long de quelques ténors de l’Union sacrée est, à n’en point douter, le premier obstacle sur la route de la nouvelle constitution. Dans tous les cas, seul le temps va trancher.
FIDEL SONGO