La candidature congolaise au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) prend forme. À peine lancée, la campagne de Juliana Amato Lumumba engrange déjà le soutien de plus d’une quinzaine de nations, augurant d’une étape significative pour la suite des joutes électorales de novembre prochain. Un programme ambitieux, axé sur la refondation de l’organisation, semble être le sésame pour un siège que la RDC n’a jamais occupé depuis la création de l’OIF. Depuis Paris, Juliana Lumumba a officiellement donné le coup d’envoi de sa campagne électorale la semaine dernière. Un événement de taille, marqué par la présence de la première ministre Judith Suminwa Tuluka, des ministres Patrick Muyaya, Raïssa Malu, Crispin Mbadu, Yolande Elebe, et d’une forte délégation congolaise. Une démonstration de force et de soutien unanime de Kinshasa, témoignant de l’importance stratégique de cette candidature pour la RDC.
Pour une francophonie des peuples, loin de la bureaucratie
Juliana Lumumba porte une vision audacieuse et veut faire de l’OIF une organisation des peuples, résolument tournée vers la participation et l’écoute. Loin des arcanes de la bureaucratie, elle prône une francophonie moins institutionnelle, plus proche des communautés, des femmes, des hommes et des jeunes. «Je veux d’une francophonie des peuples, une francophonie plus proche des gens, une francophonie où non seulement les membres, mais les communautés, les femmes, les hommes, les jeunes se parlent, parce qu’il y a une telle diversité dans cette francophonie», a-t-elle déclaré, en marge du lancement de sa campagne. Elle insiste sur l’importance de cette diversité, de l’échange et du respect mutuel comme fondements d’une union solide et constructive.
Académie francophone de la paix, un véritable «Arbre à palabres»
Juliana Lumumba innove dans sa vision pour une francophonie plus dynamique. Consciente que la francophonie est un lieu de valeurs, de médiation, d’équilibre et de dialogue, elle propose d’intégrer au sein de l’OIF une touche nouvelle pour la résolution des conflits. Son idée porte la création d’une structure spécialisée dénommée “Académie francophone de la paix”.
Cette académie, selon l’esprit de la fille du Héros national congolais Patrice-Emery Lumumba, servira d’“arbre à palabres” pour discuter autour d’une table des conflits entre les membres de l’organisation, en vue de solutions plus paisibles. Elle cite en exemple le conflit RDC-Rwanda, mais aussi d’autres tensions comme celles entre le Cambodge et la Thaïlande, ou encore au Liban et dans la région de Gaza en Égypte.
Dans cette perspective, l’académie aura également pour mission de former les jeunes à la résolution et à la prévention des conflits, qu’ils soient sécuritaires, guerriers ou socioculturels, au sein de cette organisation dont la communauté de langues et de valeurs constitue le squelette.
Peu avant le lancement officiel de sa campagne, la candidate de la RDC a effectué une ronde diplomatique à travers le monde francophone, visitant notamment le Canada, le Québec et le Nouveau-Brunswick. Partout où elle est passée, le ticket gagnant congolais a mis tout le monde d’accord. «J’ai présenté mes projets et ils ont été séduits par le projet concernant la jeunesse, concernant le numérique, concernant le fait que pour moi, le français n’est pas une langue, comme je dis, uni-centrée, elle est poly-centrée. Et je dis valoriser aussi les langues-sœurs à côté du français, qui est important, qui sont un levier aussi pour remonter le français», a affirmé J. Lumumba.
Une stratégie payante qui conforte la RDC dans sa quête d’un leadership francophone renouvelé.
FIDEL SONGO