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SANKURU : Signes de rebond

Unité et solidarité semblent être devenues le leitmotiv des acteurs politiques du Sankuru. Un espoir se profile à l’horizon de la province natale de Patrice Lumumba caractérisée jusqu’à présent par des querelles parfois irrationnelles qui ont freiné le décollage de l’entité pendant que d’autres prennaient leur envol. C’est pour évoquer une crise qu’ils veulent désormais conjuguer au passé que les députés nationaux et sénateurs du Sankuru ont fait le tour des palais de la République ces derniers jours.
L’élection des gouverneur et vice gouverneur de la province en juillet 2019 avait été entachée par des controverses qui ont fini par bloquer complètement les politiques publiques susceptibles de soutenir le développement des six territoires qui composent le Sankuru. Joseph-Stéphane Mukumadi, un français d’origine congolaise qui a réussi à passer par les mailles de la loi pour s’emparer du strapontin de gouverneur, a regagné la France depuis janvier après avoir été mis en accusation par ses propres grands électeurs pour outrage à l’Assemblée provinciale et détournement de deniers publics.
Le premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba et une poignée de ministres nationaux ont conféré avec l’ensemble des élus nationaux du Sankuru qui ont été ensuite reçus à la cité de l’Union africaine par le président de la République Félix Tshisekedi. L’objectif de toutes ces rencontres était non seulement de désamorcer la crise interinstitutionnelle qui paralyse cette province mais aussi de relancer un certain nombre de projets de développement longtemps restés en veilleuse.
Le député national Christophe Lutundula a déclaré que les élus ont demandé à leurs interlocuteurs d’appuyer les actions pouvant rencontrer les aspirations légitimes au développement de la population du Sankuru, notamment en ce qui concerne la gouvernance institutionnelle et le désenclavement de cette entité située au coeur de la RDC. Il a indiqué qu’ils ont également suggéré au président de la République, que soit impulsé à l’occasion des 60 ans de l’indépendance du pays, le 30 juin prochain, le démarrage des travaux d’aménagement de Lumumba-ville, en territoire de Katako-Kombe, en hommage au Héros national Patrice Lumumba. Il a été évoqué également l’urgence d’entreprendre des travaux de rechargement de la piste de l’aéroport national de Lodja, vitrine et carrefour d’affaires de toute la province dont les services de la RVA doivent être dotés d’un camion anti-incendie; ainsi que la réfection des infrastructures pouvant permettre le stockage du jet A (carburant pour les avions) dans les installations de la société Cobil à Bena-Dibele afin de répondre aux exigences de la compagnie nationale Congo-Airways qui va entreprendre des vols réguliers sur Lodja.
Les élus du Sankuru ont aussi souhaité qu’un hommage mérité soit rendu aux compagnons d’infortune de Patrice Lumumba, Joseph Okito et Maurice Mpolo par leur admission dans l’Ordre national Héros nationaux Kabila – Lumumba.
Cet activisme positif du caucus des députés nationaux et sénateurs originaires du Sankuru dans un élan commun de mobilisation auprès des autorités nationales en faveur de leur province est massivement soutenue dans l’opinion publique ainsi que par la société civile et les autorités locales. « Une année de gabegie et de sur-place au Sankuru, ça suffit !Il a fallu que les conséquences de leurs turpitudes les tenaillent et les vouent à la vindicte populaire pour que nos leaders dont certains ont brillé par des attitudes politiquement inconséquentes se rendent compte que leur province était au bord de l’implosion et du chaos du fait de l’amateurisme et l’affairisme de l’exécutif provincial actuellement à la manœuvre au Sankuru», a fait observer un analyste politique de cette contrée qui se réjouit des signes de rebond ainsi lancés par les uns et les autres.
L’unité pour en finir avec la crise au Sankuru
La démocratie est le seul régime politique qui permette tout à la fois d’assurer l’unité du corps social et de gérer ses divisions sans violence, ou en les minimisant. En période de grave crise comme celle que traverse le Sankuru, l’unité est prioritaire. Mais le propre d’une crise est aussi de fonctionner comme un révélateur de problèmes structuraux, d’aiguiser paradoxalement ce qu’il faudrait reléguer à plus tard.
Rien n’interdit, dans un esprit démocratique, de soutenir les efforts des députés nationaux et sénateurs du Sankuru pour rétablir la volonté des populations de cette province qui ne réclament qu’un leadership capable de rencontrer leurs aspirations, tout en exerçant un esprit critique dans le traitement et la gestion des tensions et conflits éventuels que la crise a sécrétés.
Quelques observations peuvent être faites à cet égard : la soustraction à la justice de sieur Joseph-Stéphane Mukumadi, retranché en France, pays dont il n’a jamais renoncé à la nationalité parce que mis en accusation devant la Cour de cassation par l’Assemblée provinciale conformément aux textes en vigueur notamment pour faits de détournement de deniers publics a débouché politiquement, sur un retournement spectaculaire de situation. Soudain, dans le discours des leaders sankurois, la nécessité de nettoyer les écuries dont les dysfonctionnements accélèrent la descente aux enfers de cette province est devenue une priorité. La plupart de ceux qui, naguère avaient nagé à contre-courant des recommandations du FCC semblent de plus en plus déterminés à retrouver le chemin de la loyauté et de la constance.
Le modèle politique, économique et social de clientélisme et d’affairisme prédateur qui a caractérisé le très éphémère passage du sieur Mukumadi à la tête de la province n’apporte rien de bon à personne. L’urgence doit être désormais de retrouver le chemin de la solidarité et de l’unité qui s’était perdu depuis les élections controversées de juillet 2019 à Lusambo. Car persévérer dans une impéritie arrogante serait tout simplement suicidaire.
Dès que l’on s’éloigne de la démarche des députés nationaux et sénateurs, les inconsistances de l’exécutif provincial, qui s’est englué dans les incohérences et la corruption technobureaucratique ont fait apparaître les limites du ‘‘chance eloko pamba’’ devant les exigences élémentaires de la bonne gouvernance. Le développement et l’émergence du Sankuru exigent plus et mieux qu’un pouvoir provincial exclusivement connecté sur des parrains sans foi ni lois dans la lointaine capitale Kinshasa et d’une machine étatique reproductrice d’anti-valeurs contre laquelle le constituant congolais est allé en guerre en mettant en oeuvre la décentralisation.
En fin de compte, la résilience de la population aura eu raison de l’aventurisme de Mukumadi et consorts qui se sont discrédités à un point tel que leur retour à la tête de la province n’est tout simplement pas envisageable en l’état actuel. La gestion de la crise du Sankuru par le caucus des élus nationaux se caractérise par une grande complexité adossée à sa multi-dimensionnalité et au fait qu’elle est une réponse à une situation de crise elle-même complexe. Les défis à relever sont de nature politique et portent sur la rationalité même d’un Etat et de ses démembrements, de la réceptivité des politiques publiques par les populations locales et des contraintes liées à la mise en œuvre de la gestion de crise.
Il est heureux que le caucus ainsi constitué ait en son sein des personnalités telles que les députés nationaux Lambert Mende Omalanga, Charles Okoto ainsi que les sénateurs Léonard She Okitundu, Moïse Ekanga, Berthold Ulungu et tutti quanti que d’aucuns désespéraient de voir un jour se donner la main pour une cause commune.
L’espoir est permis !
AM

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