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LA MARCHE PACIFIQUE DU RASSEMBLEMENT N’EN ETAIT PAS UNE : 17 morts à Kinshasa

Lundi 19 septembre 2016, il n’y a pas du tout eu une marche suivie d’un sit in devant le siège de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), comme prévu et convenu entre le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement et l’Hôtel de Ville de Kinshasa. A la place d’une manifestation prétendument pacifique, encadrée par les forces de police, le long de parcours préalablement identifiées par les parties en présence, ce sont des affrontements qui ont éclaté à plusieurs endroits de la ville entre des insurgés se réclamant de l’opposition katumbiste et les forces de l’ordre. « Les manifestants ont délibérément multiplié les itinéraires » pour dérouter les forces de l’ordre, a déploré le ministre d’Etat en charge de l’intérieur, le PPRD Evariste Boshab. Le patron des services de police et de sécurité a chiffré à 17 le nombre de morts enregistrés, parmi lesquels 3 civils, dont un brûlé vif par les insurgés. D’importants dégâts matériels ont également été enregistrés, notamment des bus et des voitures incendiées, des édifices privées, des stations de vente de carburant ainsi que des sièges des partis politiques proches de la majorité présidentielle ont également fait les frais de la vindicte des hordes du Rassemblement katumbiste.
Les incidents du lundi 19 septembre 2016 à Kinshasa étaient pourtant prévisibles. Non seulement un rassemblement d’autant de combattants ne pouvait que dégénérer, comme cela s’est déjà passé à plusieurs reprises en RD Congo. Mais en plus, les leaders politiques de l’opposition avaient pris le soin d’appeler en des termes à peine voilés les populations kinoises et rd congolaises à se rebeller. A commencer par Etienne Tshisekedi qui, au cours du meeting de la place Triomphale au mois d’août dernier, avait carrément appelé « le peuple à se prendre en charge » et déclaré qu’un préavis était adressé au président Joseph Kabila qui prendrait cours à partir du 19 septembre 2016, lundi dernier donc. 24 heures avant la manifestation, Moïse Katumbi Chapwe a, lui aussi, appelé les populations à se prendre en charge dans un tweet posté dimanche dans la journée. C’est ce qu’elle a fait en s’attaquant aux forces de l’ordre chargées de l’encadrement de la manifestation à coups de projectiles, en dressant des barricades sur la voie publique, en mettant le feu à des édifices publics et privés et en pillant ci et là commerces et biens des privés.
Sur les antennes d’une radio émettant à Kinshasa, lundi dans la soirée, Joseph Olenghankoy des Fonus soutenaient que les manifestants avaient réagi aux provocations de la police qui les empêchaient de manifester pacifiquement. Rien n’est plus faux, malheureusement. A la place de l’Echangeur à Limete, lieu de rassemblement des sympathisants de l’opposition résidant à l’Est de Kinshasa, les colonnes ne s’étaient pas encore ébranlées vers le point de chute convenu en face du stade des Martyrs, que les insurgés s’en prenaient à des forces de police désarmées chargées de les accompagner. Un tweet d’une consoeur présente sur les lieux, entre beaucoup d’autres, en témoigne : « Limete 8H30. Qques dizaines de manifestants sur le boulevard Lumumba, mais foule à l’échangeur. « Attention, ils jettent des pierres », a-t-elle alerté. Ce n’est qu’une heure plus tard, autour de 9 h 30 donc, que notre consoeur qui a fini par être interpellé les services d’ordre appelés en renfort, a fait état de tirs de gaz lacrymogène contre les manifestants. A cette heure-là, on déplorait déjà des véhiculés incendiés, dont deux au niveau de la 10ème rue Limete non loin du siège de l’UDPS, qui brûlaient encore au moment du tweet de Sonia Rolley. Des confrères de l’Agence France Presse présents sur les lieux des incidents de Limete confirment les faits dans l’une de leurs dépêches du jour en affirmant avoir vu un minibus et une voiture incendiée à Limete avant les affrontements. Mais aussi qu’à « … l’échangeur de Limete, point de départ de la manifestation censée commencer à 13H00 (12HOO GMT), des manifestants ont mis le feu à une affiche montrant un portrait géant du président appelant au « dialogue » … »
La police a dû charger, sur ordre des autorités urbaines sans doute, puisque sur une chaîne de radio de la place, le ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, a affirmé que la marche avait été formellement interdite en raison d’abus constatés dans le chef des manifestants.
Au même moment des échauffourées ont été signalées sur la route de l’aéroport à l’Est de Kinshasa. Des sources ont rapporté au Maximum que des immeubles abritant une succursale de Pro Credit Bank, un dépôt de produits agricoles de Bukanga Lonzo, un magasin de vente de pièces wax, entre autres, avaient été pillés ou incendiés. Un policier avait aussi été tué à coups de pierre, selon les mêmes sources.
Des informations semblables ont été reçues de Bandalungwa, de Ngiri-Ngiri et de Kasavubu où des manifestants ont barricadé des artères publiques.
Lundi à Kinshasa, tout s’est passé comme si les organisateurs avaient préparé des foyers insurrectionnels à certains endroits précis de la capitale, d’où les manifestants devaient s’ébranler vers les sièges de l’une ou l’autre institution de la République. Exactement comme cela s’était passé au Burkina Faso, lorsque des hordes d’insurgés préalablement achetés et se dirigeant vers le palais présidentiel, avaient provoqué la fuite du président Blaise Compaoré vers la Côte d’Ivoire voisine. Seulement, Kinshasa n’est pas Ouagadougou.
J.N.

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