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COALITION FCC-CACH : La CENCO mi-figue, mi-raisin

Le comité permanent de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a, dans une déclaration rendue publique par  son secrétaire général, l’abbé Donatien N’shole lundi 2 mars 2020, livré un  message pour le moins critique entretenant le doute sur l’avenir et l’équilibre sociopolitique déjà  fragile. Le message des Evêques qui n’est autre qu’un amalgame de redites des lectures pamphlétaires du noyau dur de l’impérialisme dont l’activisme n’a fait que croître la volonté de plomber coûte que coûte la coalition au pouvoir à Kinshasa.
Au-delà du tableau sombre dressé par les évêques catholiques sur la situation sociopolitique, l’optimisme mitigé n’a servi qu’à  voiler la face d’une église qui a manifestement déserté le milieu du village à en juger par ses prises de positions très politiques, ses contradictions et rétropédalages au cours de ces trois dernières années. Les évêques ont estimé que beaucoup de problèmes auxquels le pays est confronté restent sans solutions adéquates à cause de la crise qui mine la coalition FCC-CACH. Il est inacceptable pour eux que le pays soit « pris en otage » par un accord qui, du reste, est « occulte ». Cela dit, ils félicitent le peuple congolais pour avoir œuvré pour l’alternance au pouvoir comme expression de la démocratie. « La lutte, même au prix du sang, a été menée pour l’amélioration des conditions de vie et l’avènement d’un Etat de droit » ont-ils ajouté sans nommer l’un des acteurs principaux de cette alternance, Joseph Kabila, ancien président de la RDC contre qui l’église catholique est allée en croisade depuis 2016 à travers le célèbre Comité laïc de coordination (CLC) avant de saluer néanmoins « les initiatives des gouvernants qui vont dans le sens du service du peuple, notamment la mise en œuvre effective de la gratuité de l’enseignement de base, les efforts de régularisation de la paie des enseignants, les perspectives de lutte contre la pauvreté. Nous notons des avancées significatives sur le plan de la décrispation politique et de la libéralisation de l’espace médiatique. Sur le plan diplomatique, la RDC retrouve progressivement sa place sur l’échiquier international ». A cela s’ajoute la ratification de l’« Accord-cadre entre le Saint-Siège et la RDC sur des matières d’intérêt commun au bénéfice du peuple congolais» ont renchéri les évêques avant de déplorer qu’« un an après l’alternance au sommet de l’Etat, des crises multiformes surgissent et font planer des inquiétudes sur le changement social vivement attendu. En effet, une tension préoccupante qui couve au sein de la coalition au pouvoir, se répercute sur la gouvernance, et entame le fonctionnement de l’appareil de l’Etat. Les alliés semblent plus préoccupés par leur positionnement politique que par le service à rendre au peuple qui continue à croupir dans la misère. Beaucoup de problèmes auxquels le pays est confronté restent sans solutions adéquates, à cause de la crise qui mine la Coalition (…). En même temps, nous assistons à un enrichissement injustifiable et scandaleux d’une poignée d’acteurs politiques au détriment de la grande majorité de la population. La corruption et les détournements du denier public persistent. Le comble est que ces détournements sont l’œuvre de ceux-là mêmes qui sont appelés à être des garants du bien commun. Les mesures annoncées pour combattre ces maux demeurent sans effets ». Et d’ajouter : « Nous restons inquiets par la persistance de l’insécurité généralisée dans l’Est du pays, semée par des groupes armés locaux et étrangers, particulièrement dans les provinces de l’Ituri, du Nord et du Sud-Kivu. On n’a jamais compté autant de morts en moins d’une année dans cette partie du pays, comme c’est le cas actuellement. L’insécurité s’étend aussi sous d’autres formes dans les grandes agglomérations du pays, ce qui donne l’impression que le peuple est abandonné à lui-même. Le manque du recensement de la population et la problématique d’occupation des terres entraînent des conflits intercommunautaires, spécialement dans les zones où la population redoute la balkanisation du pays ». Faisant foi en la capacité du peuple congolais à se relever, les évêques de la Cenco qui ne semblent décidément pas apprécier le génie congolais traduit par la volonté du vivre ensemble au sein de la coalition FCC-CACH parce que n’étant pas d’inspiration religieuse ou occidentale, ont tout de même exhorté le président de la République à « poursuivre les efforts pour la restauration de la paix dans les zones gagnées par l’insécurité ; Œuvrer à la matérialisation des dispositions annoncées en matière de lutte contre la corruption ainsi que la dépolitisation de l’appareil judiciaire et de l’administration publique ; Veiller à ce que les enquêtes amorcées sur les détournements de deniers publics ne soient pas un leurre, mais qu’elles aboutissent à des résultats palpables pour l’intérêt du pays ; Veiller à la dépolitisation de la gestion des entreprises publiques en privilégiant la compétence. Ces dernières ne sont pas des vaches à lait pour les regroupements politiques, mais plutôt des unités de production pour la Nation ». Ils ont également appelé les élus du peuple, à « être sensibles aux peines, aux souffrances et aux aspirations profondes de la population, exprimée légalement, entre autres par des pétitions ; Respecter les dispositions réglementaires de l’organisation de l’opposition au niveau de l’Assemblée nationale ; Être à l’écoute des forces vives du pays afin d’amorcer des reformes consensuelles nécessaires pour la consolidation de la démocratie ». Quant au gouvernement, il est appelé par les princes de l’Eglise catholique romaine à « faire de son mieux pour réaliser les prévisions budgétaires votées en vue de l’amélioration des conditions de vie des Congolais ; Proposer, dans le meilleur délai, des réformes nécessaires et qui soient consensuelles, notamment de la CENI, de l’appareil judiciaire; Donner des signaux forts de la lutte contre l’impunité; Porter à terme le processus électoral en organisant les élections locales, gage de la démocratie à la base ; Mettre en œuvre les mécanismes de recensement de la population dans un délai raisonnable». Et, last but not least, la Communauté internationale est, en ce qui la concerne, invitée à « établir des relations justes dans un partenariat franc et sincère,  et aider la RD Congo à trouver des solutions durables aux crises multiformes dans lesquelles elle se trouve ». Comme si pour les calottes sacrées toujours adeptes du paternalisme néocolonial, 60 ans après l’indépendance les Congolais ne sont pas assez mûrs pour trouver eux-mêmes des solutions à leurs problèmes. Pas étonnant qu’avec de telles élites velléitaires, le pays de Lumumba soit condamné à continuer à se morfondre dans la pauvreté, les pratiques de mauvaise gouvernance, de la corruption, de la loi du moindre effort, des violences et des antivaleurs.
Le Peuple attend de la Coalition au pouvoir l’amélioration de ses conditions de vie. Cela ne peut advenir qu’avec un changement des mentalités.
A.M

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