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CENCO : Croisade anti-électorale des catholiques

Rien ne va plus entre les évêques catholiques réunis au sein de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) et le gouvernement de la République depuis le 23 juin 2017. A la suite d’un message à l’issue de leur 54ème assemblée plénière, les évêques ont rendu publique une véritable déclaration de guerre contre les institutions en place à Kinshasa. Le brûlot clérical, qui fait penser au fameux « Plan B » dont les évêques catholiques menaçaient la classe politique au cas où la médiation dont ils avaient été chargés par le Chef de l’Etat au dernier trimestre 2016 n’aboutissait pas conformément à leur propre vision, est assorti de modalités pratiques rien moins que révolutionnaires. Depuis vendredi 28 juin dernier, les membres de la CENCO se sont lancés, comme n’importe quel acteur politique de l’opposition radicale congolaise, dans la mobilisation populaire.
Et vint Donatien Nshole
Comme d’habitude, c’est le très politisé secrétaire général de la conférence des évêques, l’abbé Donatien Nshole, un proche du Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya qui est monté au créneau pour sonner la charge : « Les évêques ont organisé, à travers la CENCO, une campagne de sensibilisation aux manifestations pacifiques pour que ça ne soit pas non plus une anarchie…La campagne a été lancée vendredi. Maintenant, les commissions diocésaines « Justice et paix » vont s’y mettre. Elles vont éduquer et sensibiliser les populations pour les aider à réagir de façon constitutionnelle, à défendre leurs droits… Je sais seulement qu’elle a commencé mais je n’ai pas les détails de timing. Mais, ça dépend aussi d’un coin à un autre parce que la mobilisation n’est pas la même partout », a déclaré Nshole à la presse à Kinshasa. Le volubile porte-parole de l’épiscopat catholique rd congolais a expliqué dans la foulée que l’objectif de la nouvelle croisade cléricale était de sensibiliser les masses « … à sanctionner les responsables de la crise sociopolitique actuelle » qui, pour ces calottes sacrées qui prennent ainsi ouvertement parti dans le débat entre la majorité et l’opposition, sont les responsables politiques au pouvoir actuellement. Donc le président Joseph Kabila et sa famille politique et même au-delà. Des sources bien informées indiquent qu’une provision de 20 millions d’Euros sur un budget de 170 millions prévus au titre d’appui au processus électoral en RDC par l’Union européenne auraient été mis à la disposition de cette campagne de la CENCO à cet à la demande du Gouvernement belge. « Ils ne se consolent pas d’avoir échoué dans leur tentative ubuesque de déposséder les autorités judiciaires congolaises du contrôle des enquêtes sur les violences terroristes qui ont déstabilisé le Kasaï au centre de la RD Congo ; une tentative déjouée au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU à Genève par Kinshasa avec l’appui des groupes africains, asiatiques et sud-américains », affirme une source.
Bis repetita clérical
En fait de croisade cléricale, leurs excellences révérendissimes catholiques congolaises n’en sont pas à leur coup d’essai. Sous le défunt Maréchal Mobutu Sese Seko pendant la désormais célèbre Conférence Nationale Souveraine (CNS) dirigée par un certain… Monseigneur Laurent Monsengwo, l’église catholique romaine s’était déjà illustrée par une initiative semblable en initiant la fameuse « Marche des chrétiens de février 1992 », rappelle-t-on. La manifestation s’était soldée par la mort de nombreux manifestants ainsi livrés à l’armée et à la garde civile mobutistes contraintes de rétablir l’ordre public en usant de l’unique moyen dont elles disposaient alors : les armes à feu. Le succès de l’opération demeure mitigé à ce jour, puisque ce n’est que cinq ans après ce véritable baroud d’honneur en mai 1997, que le dictateur fut mis en déroute par les forces coalisées de l’AFDL du Mzee Laurent-Désiré Kabila. Cinq ans, soit la durée d’un mandat présidentiel en RD Congo !
Plus récemment, les évêques de l’église catholique romaine de la RD Congo avaient déjà décrété un véritable appel au djihad contre le pouvoir en place fin novembre 2015. Dans une lettre pastorale au titre évocateur, « Faut-il encore que le sang coule en RD Congo ? », leurs excellences lançaient des appels à manifester comprenant « … la programmation de la Marche pacifique de tous les chrétiens, hommes et femmes de bonne volonté dans tous les diocèses pour consolider la démocratie, le 16 février 2016 à l’occasion de l’ouverture de l’année jubilaire de la marche historique du 16 février 1992 ».
Cette fois-ci, les évêques catholiques assurent vouloir « défendre l’Accord politique du 31 décembre 2016 », tout au moins une partie de cette entente arrachée à une trentaine d’acteurs politiques de l’opposition, de la majorité au pouvoir et de la société civile. Celle qui associe l’opposition au pouvoir à la gestion de la période préélectorale et électorale, même si pour les prélats l’opposition se réduit exclusivement à sa frange radicale, pour ne pas dire extrémiste, celle du trio Katumbi- Tshisekedi fils- Lumbi dont les atomes crochus avec les intérêts étrangers, particulièrement belges, sont de notoriété publique en RD Congo.
« Cette croisade cléricale contre les autorités congolaises qui contourne le principe de la laïcité de l’Etat malmène la constitution et les lois de la République en vigueur », a martelé Franklin Tshamala, ancien vice-ministre du Plan du Gouvernement Matata qui revendique fièrement son appartenance à l’Eglise catholique romaine qui s’est indigné dans un entretien accordé à nos confrères de Télé 50 de voir les évêques catholiques « exploiter aussi cyniquement la crédulité des chrétiens pour défendre et imposer une cause politique qui n’a plus rien d’évangélique ».
Assaut contre le processus électoral
L’engagement manifeste des évêques catholiques aux côtés des acteurs politiques de l’opposition radicale en RD Congo est d’autant plus critiquable qu’elle paraît, en réalité, dirigée contre le processus électoral en cours. Tenir les élections pour régler le problème de la crise de légitimité des institutions en place arrivées fin mandat fait en effet partie des objectifs essentiels poursuivis par l’entente du 31 décembre 2016 qu’ils avaient eux-mêmes parrainés à la demande du Président Joseph Kabila. Cette entente, connue sous le nom d’accord du 31 décembre 2016 demandait à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) de reconstituer toutes affaires cessantes un fichier électoral corrompu et obsolète. Une mission qui est en train d’être menée à bonne fin par la centrale électorale avec l’appui du gouvernement parce qu’à ce jour le cap de 30 millions d’électeurs enrôlés sur les 41 millions attendus a été dépassé. Curieusement, ni les évêques, ni leurs mentors européens n’ont pas eu le moindre mot d’encouragement pour cet exploit héroïque de la CENI qui a perdu une dizaine de ses préposés tués en accomplissant cette tâche par des bandes criminelles notamment dans le Kasaï.
Ce nouvel appel à des manifestations qui risquent vraisemblablement de dégénérer lancé par les évêques avec l’appui des Belges et des Européens est donc carrément destiné à compromettre le processus électoral et donc, à éloigner l’organisation de tout scrutin crédible en RD Congo. On en veut pour preuve le fait que message délivré par les évêques le 23 juin dernier tente subtilement de jeter l’opprobre sur les opérations préélectorales en cours qu’il critique en filigrane en déplorant bien hypocritement ce qu’il présente comme une lenteur dans les enrôlements à Kinshasa.
Il devient de plus en plus clair que les évêques de l’église catholique rd congolaise, ainsi que la frange radicale et pro-belge de l’opposition politique qui lui est associée, ne veulent guère de la tenue des élections en cours de préparation. On est en droit de se demander pourquoi et de quel droit.
J.N.

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