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AMBONGO ET BOKUNDUA CONTRE LA COALITION FCC-CACH : La calotte s’invite chez César

Fridolin, cardinal Ambongo Bensungu n’est pas content de la préférence accordée à un candidat autre que le sien pour prendre la tête de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Il l’a fait savoir crument en mettant la pression sur les tenants du pouvoir (CACH-FCC). Son but est d’infléchir en aval le choix porté en amont sur Ronsard Malonda, un avocat Ne Kongo qui, de par sa longue expérience à la Centrale électorale congolaise, a eu les faveurs du vote organisé faute d’un consensus entre les huit confessions religieuses ayant pignon sur rue en RDC.
Depuis lors, il a multiplié les ‘fatwas’ pour imposer la volonté de la toute puissante église catholique romaine dont il est le primat en RDC face aux «petites» congrégations qui l’avaient défié en démocratisant la sélection du futur patron de la CENI. « En fait, pour le cardinal nous ne devions servir que de faire-valoir dans cet exercice », se plaint ce dignitaire d’une confession religieuse qui a pris part aux concertations qui ont abouti à la désignation de Malonda. S’exprimant sous le sceau de l’anonymat, le clergyman évoque sur un ton dépité « la campagne indigne de sape entreprise par nos frères catholiques pour discréditer ceux dont le seul tort est de ne pas avoir soutenu leurs candidats. Ils ont lancé des accusations de corruption qu’ils ont été incapables de prouver. Tout s’est passé comme s’ils n’étaient venus à la concertation que dans le seul but de s’assurer la mainmise sur les prochaines élections en nous obligeant de confier la gestion de la CENI à leurs proches dont l’expertise n’est pas avérée. Il s’agissait manifestement pour eux de prendre le contrôle du processus électoral et non d’en garantir le bon déroulement dans la neutralité politique». Une version confirmée par des sources proches du bureau de l’Assemblée nationale, institution chargée d’entériner la sélection des candidats à divers postes de la CENI en vue de leur investiture par le chef de l’Etat qui font part des démarches pressantes des catholiques pour faire annuler les PV des concertations et en organiser d’autres après l’adoption de législations réformant la centrale électorale. Après avoir consulté le bureau d’études du parlement et la conférence des présidents, la speaker Jeanine Mabunda a réservé une fin de non recevoir à cette requête. « Il sera impossible avec un tel schéma d’éviter un glissement dont on a vu entre 2016 et 2018 à quel point il pouvait être déstabilisateur pour le pays », a-t-elle martelé. Mabunda a dit être dans l’impossibilité de satisfaire cette revendication appuyée par certains mouvements citoyens au nombre desquels le CLC d’Isidore Ndaywel et Congolais Debout de Sindika Dokolo qui plaident aussi pour la réforme de la loi électorale avant toute désignation de nouveaux animateurs de cette institution. Une position qui aurait fait sortir Fridolin Ambongo de ses gongs.
Une histoire qui se répète
Ironie de l’histoire, c’est à l’occasion du 60ème anniversaire de la fin de la colonisation au sujet de laquelle le roi des Belges Philippe 1er, arrière petit-fils de Léopold II, a exprimé de bien tardifs regrets pour les souffrances et les humiliations infligées aux Congolais du fait de la tristement célèbre trinité coloniale constituée par l’administration coloniale, les sociétés à charte et … l’église catholique que le primat des héritiers de cette dernière a embouché les trompettes de l’appel à une conflictualité suicidaire pour le peuple congolais.
Même le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya son irascible prédécesseur à l’archevêché de la capitale connu pour ses mauvais rapports avec l’ancien président Joseph Kabila l’égard n’a jamais eu des mots aussi durs à l’encontre de ce dernier.
Dans un style menaçant, le cardinal Ambongo a dressé un bilan tout en noir de la coalition FCC-CACH constituée début 2019 par Joseph Kabila et son successeur Félix Tshisekedi. «Inutile de chercher à faire l’herméneutique de l’homélie du cardinal Ambongo. Ses mots n’ont pas de second sens. Il faut les comprendre tels qu’ils sont dits : clairs et sans ambages. Il dit tout haut ce qu’il pense de la gestion chaotique de la chose publique, de la souffrance de la population, de l’impunité des politiciens, de l’insécurité récurrente, de la CENI, des rapports avec les pays voisins, du poids des églises catholique et protestante», observe le jésuite Jean-Pierre Bodjoko, un admirateur basé au Vatican du belliqueux vice-président de la CENCO qui, emporté par son fanatisme, fait croire à l’impossibilité d’exprimer librement une opinion au Congo-Kinshasa lorsqu’il prétend que dans son homélie du 30 juin 2020 « le cardinal a dit tout haut ce qu’aucun autre citoyen congolais ne peut dire».
Homélie au vitriol et manipulation
« Nous n’avons pas le droit d’oublier ce jour qui a été l’aboutissement de tant de sacrifices et de sang versé par les vaillants fils et filles du Congo», selon l’archevêque qui passe par pertes et profits le rôle néfaste joué par ses précurseurs qui ont servi de béquille à l’administration coloniale et qui joue aujourd’hui le rôle de cheval de Troie de l’impérialisme néocolonial. En relayant de manière caricaturale l’offensive de l’industrie minière occidentale contre Joseph Kabila le troisième président rd congolais ’’coupable’’ d’avoir imposé la renégociation du code minier léonin de 2002.
Lorsqu’il engage ses concitoyens congolais à «nous souvenir (que) l’événement que nous célébrons aujourd’hui est aussi, en partie, la source de notre malheur», Ambongo répète mot pour mot les poncifs de certains milieux belges conservateurs qui n’avaient accepté que du bout des lèvres l’idée de l’autodétermination des Congolais. Pire, ce prince de l’Eglise catholique fait fi de la responsabilité des anciens colonisateurs dans la situation que traverse son pays. «Contrairement aux pays voisins, l’indépendance du Congo, obtenue le 30 juin 1960, a été une indépendance plus rêvée que réfléchie : alors qu’ailleurs, on réfléchissait sur le sens de l’indépendance, on préparait les gens à ses conséquences, nous, au Congo, nous rêvions l’indépendance ; de telle sorte que notre indépendance a été rêvée avec émotion, avec passion et irrationalité, au point qu’à ce moment-là, nous ne savions pas ce qui nous attendait le lendemain», dit-il comme pour atténuer la responsabilité de ceux qui par leur politique cynique d’abrutissement de tout un peuple (‘’pas d’élites, pas d’ennuis’’) ont tout fait pour pérenniser leur présence dans cet eldorado que Léopold II leur avait légué en 1908. «Rêver de l’indépendance signifiait pour les Congolais de l’époque accéder à l’indépendance pour occuper les postes des Blancs, s’asseoir sur les sièges des Blancs, jouir des avantages qui étaient réservés aux Blancs et pas aux Indigènes à l’époque. Accéder à l’indépendance signifiait pour beaucoup, la fin des travaux forcés, justement; mais au-delà des travaux forcés, l’indépendance était comprise comme la fin de tous les travaux salissants. A l’indépendance, nous ne ferons plus des travaux de terre, nous serons tous des chefs. Nous allons occuper les postes des Blancs.(…) Les Congolais ont occupé les postes des Blancs. Et étant donné qu’ils ne comprenaient rien à ce que faisaient les Blancs quand ils occupaient tel ou tel poste, l’exercice d’autorité, l’exercice des charges, que ce soit des charges politiques ou dans le socio-économiques ou dans l’administration a été compris comme l’occasion de jouir comme les Blancs», poursuit-il en copiant le discours des petits colons racistes peu enclins à comprendre le droit des Congolais à l’erreur dans le laborieux apprentissage de la gestion d’un pays qui n’avait jamais été préparé à se prendre en charge de manière autonome.
« On accède au pouvoir pour jouir, non pas pour rendre service à ceux qui sont sous ma responsabilité mais pour jouir comme le Blanc. Alors que ce dernier ne faisait pas que jouir. Il travaillait. Il comprenait le sens de son travail. Nous, par contre, nous avons mis de côté le service à rendre aux autres et nous avons mis l’accent sur la notion de la jouissance», assène-t-il à ce sujet.
Une attitude schizophrénique
Dans le regard critique qu’il jette sur les soixante années qui viennent de s’écouler depuis l’indépendance du pays le 30 juin 1960, le prélat que l’on a vu verser des larmes devant la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye pour attendrir les juges sur le sort de son cousin le seigneur de guerre Jean-Pierre Bemba, un proche du dictateur Mobutu alors poursuivi pour violation massive des droits de l’homme, fait semblant de découvrir que « ce grand rêve des Congolais a été progressivement brisé par une série de faits et événements. Nous avons connu la succession des régimes autocratiques qui arrivent au pouvoir comme les colons sans aucun souci de la volonté du peuple et cela continue jusqu’à aujourd’hui: par la force, les guerres ou par la ruse, la fraude et en installant un système égoïste dans la gestion de la chose publique au lieu de promouvoir le bien-être commun du peuple congolais à qui on estime qu’on a aucun compte à rendre parce que ce n’est pas grâce à lui qu’on est arrivé au pouvoir. On ne se sent pas du tout redevable à ce peuple. A cela s’ajoute la culture de l’impunité pour les grands. On sanctionne les petits qui volent une poule ou une chèvre et qui peut se retrouver à Makala alors que pour les grands, c’est l’impunité totale. Heureusement qu’il y a quelque chose qui commence à bouger».
Ayant ainsi craché sur des anti-valeurs héritées de la deuxième République mobutiste avec laquelle il avait pourtant cohabité sans gêne, il s’en est pris aux tombeurs de Mobutu, dirigeants de la majorité parlementaire, les accusant contre toute évidence de vouloir «faire main basse sur la CENI et la Magistrature. Ce sont des pratiques qu’on ne peut jamais tolérer. Parce que nous savons que de ces deux Institutions, dépendent l’indépendance du peuple. Et ses principes sont consacrés dans l’Etat de droit. Quand on parle de l’Etat de droit, il y a ces principes-là : l’indépendance de l’organe qui organise les élections et l’indépendance de la Justice, de la Magistrature. Si vous n’avez pas ces deux-là, oubliez l’importance qu’on puisse accorder au peuple ». Ambongo feint ainsi d’ignorer qu’aucune disposition dans les trois textes introduits par les députés Minaku et Sakata du FCC pour organiser les relations entre le gouvernement en charge de la politique pénale de la nation et le parquet, il n’est nullement question des juges qui, eux, disposent seuls de la plénitude du pouvoir judiciaire.
Cynisme et démoralisation
«Comment comprendre que 60 ans après son accession à la souveraineté internationale, le peuple congolais continue à s’appauvrir au point d’être classé aujourd’hui parmi les peuples les plus misérables de la terre ? L’inviolabilité de son territoire n’est vraiment pas garantie et le projet de balkanisation du Congo est toujours à l’ordre du jour. Quand nous regardons tout ce qui se passe à l’Est du pays, la situation en Ituri, avec l’insécurité organisée, malheureusement par certains responsables à partir de Kinshasa ; la situation à Beni-Butembo, avec les ADF-NALU qui sont toujours là. Comment expliquer que toute l’armée congolaise ne soit pas capable de déloger ces quelques individus de la brousse à Beni ? Et pourtant, vous vous souviendrez qu’en janvier, l’armée avait solennellement annoncé ici la fin de ces mouvements ADF-NALU, qu’elle avait pris le contrôle de tout le territoire et qu’elle les avait mis hors d’état de nuire. Ils sont toujours là et toujours menaçants. Il y a la situation au Sud-Kivu, dans le Diocèse d’Uvira, autour de Minembwe, où les armées de pays voisins viennent s’affronter chez nous: Rwanda et Burundi. Et que dire de la situation au Tanganyika : même la Zambie qui, jusqu’ici, était considérée comme un pays ami, occupe notre territoire. La vérité est que tous les 9 voisins du Congo sont présents chez nous soit par leurs armées, soit par leurs immigrés. Nous savons que derrière les immigrés se cache la politique d’occupation de notre pays. C’est le cas de Grand Nord, avec les réfugiés venant de Centrafrique avec les éleveurs Mbororo. Quant à la spoliation de ses ressources naturelles, elle se fait au grand jour, avec la complicité de certains Congolais, sans que la population ne puisse en profiter réellement», déclare sans rire celui qui a reçu dans des conditions très peu transparentes quelques 125 millions d’Euros de la part de ceux-là même qui, d’Occident, financent lesdits groupes armés pour insécuriser la RDC et la faire imploser à l’instar de ce qu’ils avaient réussi à faire au Soudan et qui, mis en déroute par la farouche détermination des Congolais, se préparent à rééditer leurs tristes exploits au détriment de la sécurité des pauvres Congolais des provinces septentrionales. Et le cardinal de renchérir : «Nous devons bien le reconnaître, chers frères et sœurs, après 60 ans, le constat est sans appel : nous avons honteusement échoué. Nous n’avons pas été capables de faire du Congo un pays plus beau qu’avant. Nous n’avons pas aidé notre peuple à redresser son front toujours courbé. En tout, nous avons collectivement failli.
Tous responsables sauf l’église catholique !
«L’évangile de ce jour nous invite à la responsabilité. Chacun de nous aura à rendre compte devant Dieu de ce qu’il aura fait de ses talents, de ce beau pays aux potentiels immenses : qu’avez-vous fait de votre pays ? C’est la question qui nous sera posée lorsque nous nous présenterons devant le Tribunal Suprême. Qu’avez-vous fait de toutes ces richesses, de ces potentialités que je vous ai données gracieusement. Ce n’est pas la classe politique qui va aider le pays à sortir de la détresse. Nous devons sortir de cette mentalité comme on l’entend souvent à la cité : que le président ou le gouvernement vienne faire ceci ou cela. Ce sont des comportements irresponsables. C’est le peuple lui-même ». En d’autres mots tous les Congolais devraient battre la coulpe, sauf Ambongo et ses affidés…
Le cardinal en profite pour revenir à la charge afin d’enfoncer un coin dans la coalition CACH-FCC qu’il avait pourtant vainement tenté d’empêcher de prendre le pouvoir fin 2018 comme l’avaient décidé les électeurs et qui est considéré à ce jour comme le bouclier le plus efficace contre le néocolonialisme rampant en RDC : «Nous savons très bien que la coalition CACH-FCC qui est au pouvoir depuis plus d’une année sait très bien comment elle avait foulé au pied la volonté du peuple pour en arriver là. Maintenant, ses membres le disent. Malgré tout, le peuple avait fini par se résigner et accepter le fait accompli. Un peu comme dans le récit de Jacob qui avait volé la bénédiction destinée à son frère aîné Esaü (cf. Gn 27), le peuple espérait que du mal originel pouvait sortir un bien. Malheureusement, le constat est là. Il n’y a de coalition au pouvoir que de nom. De part et d’autre, c’est le désamour, le cœur n’est plus à l’ouvrage. Au lieu de travailler ensemble autour d’un programme commun de gouvernement, les coalisés ne se font plus confiance. Ils ont développé un rapport dangereux de rivalité qui risque d’entraîner tout le pays dans le chaos définitif. Pendant ce temps, l’action gouvernementale est paralysée et le service légitime à rendre à la population sacrifié. Le peuple est abandonné. En définitive, la coalition au pouvoir a perdu sa raison d’être. Elle devrait normalement disparaître. C’est de la responsabilité de ceux qui se sont coalisés, le président et le président sortant, de faire éclater cette coalition qui conditionne le développement de notre pays. Aussi longtemps que cette coalition sera là, il n’y a rien à espérer de nos gouvernants», éructe-t-il.
Avec force superlatifs, il dénonce «les velléités actuelles, surtout de la majorité parlementaire actuelle, qui tendent à remettre en question les espoirs de la population pour un pouvoir judiciaire réellement indépendant et au service du pays, et non des individus, et aussi pour une CENI au-dessus de tout soupçon. Sur ces deux points : la position de l’Eglise Catholique est claire.
Autour de la question de la CENI, nous notons de la part de la présidente de l’Assemblée nationale une attitude de mépris vis-à-vis de l’Eglise catholique, de l’Eglise protestante et de la population congolaise. Ces deux églises qui représentent plus de 80% de la population congolaise ont dit non à la nomination d’un personnage qui a fait ses preuves dans les fraudes électorales. Malgré le non de ces deux Eglises, la présidente continue à faire croire au peuple que les confessions religieuses se sont réunies pour signer un document pour la candidature de ce Monsieur qui était le cerveau-moteur du système Nangaa. Nous n’en voulons pas.
La deuxième preuve du mépris que l’Assemblée nationale a pour le peuple, c’est par rapport à ces trois lois Minaku-Sakata. Le peuple n’en veut pas. L’Eglise catholique, l’Eglise protestante, les associations civiles se sont prononcées massivement contre ces lois qui ne visent qu’à protéger ceux qui se sentent coupables. Là aussi, nous notons une attitude de mépris, d’arrogance qui a caractérisé l’ancien système. Nous ne l’acceptons pas. Dès lors, je lance cet appel à l’ensemble de notre population, à la société civile, à l’Eglise catholique qui est déjà en ordre de marche, à l’Eglise protestante à s’élever, à redresser le front pour faire barrage à ces velléités qui n’ont comme unique objectif que de protéger les intérêts partisans de ceux qui ne veulent pas d’une justice juste. Les jours à venir seront difficiles. Et je demande au peuple de se tenir en ordre de marche. Lorsque le moment viendra, lorsqu’ils feront passer ces lois et ce personnage à la tête de la CENI, il faudra qu’il nous trouve sur leur chemin. On ne peut pas continuer, après 60 ans de l’indépendance du pays, à gouverner par défi, par mépris du peuple, par mépris de l’Eglise catholique et de l’Eglise protestante», un comble de malhonnêteté intellectuelle consistant d’une part à faire croire qu’il n’y aurait dans le pays d’associations représentatives que catholiques ou protestantes, que ces deux congrégations sont absentes du parlement et, d’autre part, que la RDC a cessé d’être un Etat laïc pour devenir une entité confessionnelle dans laquelle les institutions publiques ne sont légitimes que pour autant qu’elles entérinent les choix des princes de ces deux confessions religieuses.

JN

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