En voulant rencontrer séparément Félix Tshisekedi et Joseph Kabila pour préparer un dialogue national, la Coalition Article 64 (C64) s’expose à une question politique : quel rôle entend-elle jouer dans ce processus ? Pour Lambert Mende, l’opposition peut participer aux discussions et défendre ses positions, mais elle ne peut pas se présenter simultanément comme une partie prenante et un médiateur entre les protagonistes.
Réunie à Rome, la coalition de Martin Fayulu, Delly Sesanga, Matata Ponyo Mapon, Moïse Katumbi et Jean-Marc Kabund a réaffirmé son rejet de toute modification de la Constitution, réclamé le respect de l’échéance électorale de 2028 et condamné aussi bien le maintien au pouvoir par contournement de la Loi fondamentale que la conquête du pouvoir par les armes. Elle souhaite également rencontrer séparément Félix Tshisekedi et Joseph Kabila afin de rechercher une «solution congolaise» à la crise et de préparer un dialogue accepté par toutes les parties.
C’est cette dernière démarche qui suscite les réserves de Mende. «Pas besoin que l’opposition se métamorphose en médiateur», a-t-il déclaré sur Top Congo FM. Le député national et autorité morale de la Convention des Congolais unis estime que la C64 peut prendre part au dialogue en tant que composante politique, sans s’attribuer pour autant la mission de rapprocher le pouvoir et l’opposition.
La distinction mérite attention. En tant que coalition d’opposition, la C64 est libre de défendre ses revendications et de prendre contact avec les acteurs politiques de son choix. Mais si elle entend faciliter les échanges entre les protagonistes, la question de son mandat se pose.
Deux acteurs, des responsabilités différentes
Au-delà de la question du rôle de la C64, Lambert Mende conteste l’approche qui consiste à placer Félix Tshisekedi et Joseph Kabila au centre d’une même démarche sans tenir compte de leurs positions respectives.
Le premier est le président en exercice, à la tête des institutions de la République. Le second est un ancien chef de l’État dont le nom est associé à la crise sécuritaire dans l’Est, notamment en raison des accusations de liens avec l’AFC-M23. Ces accusations doivent être examinées sur la base d’éléments vérifiables, mais elles font partie des questions que tout processus de sortie de crise devra traiter.
La guerre dans l’Est ne se limite pas à une rivalité entre responsables politiques. Les territoires occupés, les déplacements de population et les violences armées témoignent d’une crise dont les enjeux dépassent les rapports de force à Kinshasa. Les Nations unies ont documenté les liens entre le M23 et le Rwanda. Kigali conteste ces accusations et évoque la menace des FDLR.
C’est dans ce contexte que Mende dénonce les condamnations qui évoquent le recours aux armes sans désigner ceux qui les détiennent. «Parler des armes sans parler de ceux qui les détiennent, c’est se faire le complice des assassins», affirme-t-il.
La déclaration de Rome condamne la conquête du pouvoir par la force des armes. Reste à savoir comment cette position sera traduite dans les discussions envisagées par la C64. La recherche d’un compromis politique ne dispense pas d’aborder les responsabilités liées à la guerre.
Les conditions d’un
dialogue
La C64 demande que l’objet du dialogue, sa composition, sa facilitation et le suivi de ses conclusions soient définis de manière concertée. Elle plaide pour la relance de la facilitation africaine conduite par l’Angola et le Togo, autour de la médiation des Églises catholique et protestante. Elle souhaite également que les questions de gouvernance liées au processus de Doha soient intégrées aux discussions nationales.
Ces exigences traduisent la volonté de la coalition de peser sur les modalités du dialogue. Elles relèvent du débat politique, mais ne règlent pas la question soulevée par Lambert Mende : la C64 entend-elle participer aux discussions ou en faciliter le rapprochement entre les protagonistes ?
Le pouvoir devra, de son côté, garantir un cadre permettant aux différentes forces politiques de s’exprimer. Les questions de gouvernance, de sécurité et de libertés publiques ne peuvent être écartées au profit d’un accord de circonstance.
Constitution et élections: les lignes rouges
La C64 rejette toute réforme constitutionnelle et dénonce un projet de «coup d’État constitutionnel». Lambert Mende invite à examiner les textes et les procédures avant de conclure à une violation de la Loi fondamentale.
La vigilance sur la constitution est légitime. Encore faut-il que le débat repose sur des éléments précis: le contenu d’une éventuelle réforme, la procédure envisagée et les dispositions concernées. Les intentions prêtées aux uns et aux autres ne sauraient remplacer cet examen.
Sur les élections de 2028, la coalition réclame le respect du calendrier. Mais dans les zones touchées par la guerre, l’insécurité, les déplacements de population et l’occupation de certains espaces compliquent l’organisation du scrutin. Ces difficultés ne justifient pas automatiquement un report, mais elles devront être prises en compte pour garantir des élections crédibles.
FIDEL SONGO