Huit mois après la signature du partenariat stratégique avec Washington, le gouvernement congolais cherche à passer de la spéculation aux chantiers concrets. Lundi 12 octobre, à Kinshasa, la première ministre Judith Suminwa Tuluka a réuni autour d’elle les ministres les plus directement concernés pour une deuxième réunion de la Task Force RDC-USA. A l’ordre du jour : le Grand Inga, le corridor de Lobito, les actifs stratégiques proposés aux USA, la sélection des projets prioritaires, l’assistance technique et la préparation du prochain comité de pilotage. Cette rencontre de suivi fait partie d’une ingénierie voulue cohérente par le gouvernement congolais qui est souvent confrontée à des dysfonctionnements sous forme notamment de doublons entre administrations. L’objectif poursuivi est de faire en sorte que l’accord entre la RDC et l’administration Trump produise enfin des effets visibles sur l’économie et sur la vie des Congolais.
Les ministres en charge du dossier se sont retrouvés à l’Hôtel du gouvernement sous la direction de la cheffe de l’exécutif dont le vice-premier ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, la ministre d’État en charge des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde ainsi que ses collègues des Ressources hydrauliques et Électricité, Aimé Molendo Sakombi, des Affaires foncières, O’Neige Nsele et de la Communication et Médias et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya.
Cette session faisait suite à une annonce de Judith Suminwa lors de la 100ème réunion du Conseil des ministres le 9 octobre dernier faisant état de l’impérieuse nécessité pour le gouvernement d’évaluer de manière transversale l’avancement de chacun des volets de l’accord RDC-USA et de préparer les prochaines échéances entre Kinshasa et Washington.
De l’accord aux projets
Signé le 4 décembre 2025 par le président Félix-Antoine Tshisekedi et son homologue américain Donald Trump, ce partenariat ouvre des perspectives dans les investissements, les chaînes de valeur des minerais stratégiques, les infrastructures et l’énergie. Tout l’enjeu pour la RD Congo est désormais de transformer ce cadre bilatéral en réalisations tangibles, capables de renforcer ses capacités de production, d’améliorer ses infrastructures, de créer des emplois et d’accroître la part de richesse qu’elle tire de ses ressources naturelles.
Dans son compte-rendu à l’issue des travaux, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya est revenu sur la nécessité de coordonner l’intervention des différents ministères pour faire avancer les dossiers prioritaires. Chaque dossier, a-t-il souligné, doit progresser en fonction de son degré de maturité. Le cas du barrage hydroélectrique d’Inga l’illustre bien, puisque ce projet nécessite encore un certain nombre d’échanges techniques avec les experts et les partenaires américains. «Sur Inga, il y aura une autre réunion à venir avec notamment les partenaires américains, pour voir dans quelle mesure nous pouvons concrétiser davantage ce qui avait déjà été convenu», a expliqué Muyaya pour qui, ces projets sont immenses et il importe de les identifier, s’y focaliser et accomplir les diligences nécessaires.
Une coordination à renforcer
La composition de la Task Force reflète la dimension multisectorielle de l’accord, étant donné que l’économie, la diplomatie, les finances, l’énergie, les affaires foncières et la communication y sont associées. Le Comité de pilotage conjoint est conduit par Daniel Mukoko. Le but est d’harmoniser le travail des administrations, réduire les chevauchements et préparer les décisions attendues lors des prochains rendez-vous avec la partie américaine. Le chef de l’État avait lui-même appelé à une action gouvernementale cohérente et à un suivi opérationnel des accords pour que ceux-ci se traduisent par des effets concrets sur l’économie nationale et sur le bien-être de la population.
Le corridor de Lobito qui remet à jour une route commerciale stratégique entre cooperbelt congolo-zambienne et le port angolais de Lobito montre la direction empruntée. En juillet 2026, la RDC avait approuvé un partenariat public-privé destiné à réhabiliter la ligne ferroviaire reliant Dilolo, Kolwezi, Lubumbashi et Sakania. Cette infrastructure est destinée à faciliter l’évacuation des minerais vers le port angolais de Lobito et dynamiser les échanges commerciaux.
Par le biais de la Task Force, le gouvernement Suminwa entend accélérer le passage de l’engagement à l’exécution, en privilégiant les projets propres à développer les infrastructures, à accroître les capacités énergétiques, à consolider les chaînes de valeur minières et à améliorer les recettes publiques. La prochaine réunion du comité de pilotage conjoint marquera une nouvelle étape. Selon Patrick Muyaya, elle devra préciser certaines options et mesurer les progrès accomplis dans l’application des engagements pris par les deux chefs d’État.
FIDEL SONGO