A Genève, devant les délégations réunies pour la session annuelle du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le vice-premier ministre de l’Intérieur a placé la situation congolaise au centre des discussions. Jacquemain Shabani a dressé un tableau précis de la crise humanitaire et sécuritaire qui frappe l’Est du pays, chiffres à l’appui, tout en rappelant ce que Kinshasa a déjà engagé, entre un arrêté facilitant l’accès au statut de réfugié et l’accueil de plusieurs dizaines de milliers de rapatriés volontaires. Au moment où les travaux se poursuivent jusqu’au 16 octobre, le message du gouvernement congolais tient en peu de mots. La RDC fait sa part, elle attend désormais que ses partenaires accompagnent l’effort à la mesure des besoins, avec en toile de fond une exigence de sécurité sans laquelle aucun retour durable ne saurait être envisagé.
C’est lundi 12 octobre 2026, que le patron de l’Intérieur a pris la parole à la tribune de la 77e session du Comité exécutif du HCR pour mettre en avant les conséquences des conflits dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, évoquant notamment l’implication des Forces armées rwandaises dans les affrontements avec les FARDC et le mouvement AFC/M23.
Les chiffres présentés par Jacquemain Shabani endisent long sur l’ampleur du défi. En effet, au 31 août 2026, la RDC comptait 6,1 millions de personnes déplacées internes et 1,3 million de réfugiés congolais vivant à l’étranger et, dans un premier temps, le pays accueille plus de 600.000 réfugiés et demandeurs d’asile, venus pour l’essentiel des pays voisins. Il sied de relever que la RDC se trouve ainsi à la fois terre d’exil forcé pour ses propres ressortissants et terre d’asile pour d’autres.
Des réponses déjà engagées
Malgré ce contexte, le gouvernement a enregistré des avancées dans la gestion des flux migratoires. Un arrêté ministériel a facilité l’octroi du statut de réfugié et permis l’inclusion de ces derniers dans le système national de services. Plus de 74.000 rapatriés volontaires ont par ailleurs été accueillis dans leurs zones de retour, ce qui témoigne des efforts consentis pour répondre à des besoins humanitaires en constante augmentation.
Face à la gravité de la situation, Kinshasa a appelé le HCR et les partenaires internationaux à intensifier leur appui financier et technique. L’objectif est triple: renforcer la protection des réfugiés, favoriser la réintégration des rapatriés et soutenir les communautés qui les accueillent. Les besoins couvrent l’aide d’urgence, l’hébergement, les soins de santé, la protection des enfants et l’accès à l’éducation.
Pour la RDC, la question humanitaire ne peut être dissociée de la crise sécuritaire qui secoue l’Est. Tant que les violences persistent, les processus de retour et de réinstallation restent exposés au risque de nouveaux déplacements. Le retour des réfugiés congolais dans leurs zones d’origine constitue un objectif légitime, mais il suppose des garanties concrètes, à savoir la sécurité, l’accès aux services de base, le rétablissement des moyens de subsistance et la protection contre les menaces. En septembre 2026, les échanges entre Jacquemain Shabani et le nouveau représentant du HCR en RDC avaient d’ailleurs porté sur la recherche de solutions durables, pour un retour volontaire, digne et sécurisé.
Le 30 septembre dernier, le HCR avait lui-même averti que l’insuffisance des ressources menaçait l’assistance vitale de millions de déplacés et de réfugiés à travers le monde. En portant la voix de la RDC à Genève, Kinshasa vise le maintien de l’attention de la communauté internationale sur une crise aux multiples visages et obtenir une solidarité à la hauteur des enjeux. L’approche défendue est globale, avec davantage de soutien international, une meilleure coordination avec les agences humanitaires et des programmes adaptés pour les communautés d’accueil. Le HCR, qui intervient auprès des réfugiés, des déplacés et des rapatriés, travaille déjà avec les autorités congolaises et les partenaires sur le terrain, même si l’insécurité et les restrictions d’accès compliquent parfois les opérations dans certaines zones.
FIDEL SONGO