Du Conseil de sécurité à New York à Entebbe en Ouganda, la RDC a mené en huit jours deux offensives diplomatiques sur le dossier FDLR, l’une pour faire vérifier le désarmement par la MONUSCO, l’autre pour rallier ses voisins. Kigali, qui a rejeté le protocole congolais, voit ainsi mis à l’épreuve l’argument qui lui sert depuis trente ans à justifier l’agression et l’occupation du sol congolais. Le feuilleton FDLR, que Kigali brandit depuis tant d’années comme une béquille, semble arriver en bout de course. Du Conseil de sécurité à Entebbe, la RDC mène de front deux offensives diplomatiques sur le dossier. Elle veut faire vérifier le désarmement par la MONUSCO et gagner l’adhésion de ses voisins. Au moment même où Kigali rejette le protocole congolais, le prétexte qui lui sert depuis trente ans à justifier l’agression et l’occupation illégale du sol congolais est mis à l’épreuve. Mardi 29 septembre 2026, à New York, la RDC a demandé que le prochain mandat de la MONUSCO lui confie la vérification du désarmement des FDLR. Huit jours plus tard, mardi 6 octobre, à Entebbe, le gouvernement a dépêché son ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, auprès de Yoweri Museveni, à qui il a déroulé la feuille de route du même processus.
Ce rapprochement n’a rien d’une coïncidence. Il est clair que Kinshasa veut être le pays qui désarme sous les yeux de l’ONU et à la connaissance de la région, de sorte que Kigali ne puisse plus se retrancher derrière un dossier dont il ne contrôle ni les preuves ni les témoins.
À New York, la demande d’un arbitre
Devant le Conseil de sécurité, l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, représentant permanent de la RDC, a réclamé que la future résolution, attendue en décembre, donne expressément à la MONUSCO un rôle dans l’accompagnement, le suivi et la vérification du désarmement, de la démobilisation et du cantonnement des FDLR. «Nous demandons que son nouveau mandat lui permette expressément d’accompagner, de vérifier et de suivre la mise en œuvre du processus de désarmement des FDLR», a-t-il déclaré. Le secrétaire général de l’ONU a lui aussi été saisi dans le même sens.
Le dossier déposé par Mukongo repose sur des actes datés. Un protocole sur le désarmement, la démobilisation et le cantonnement des FDLR-FOCA a été signé le 30 mai 2026. Les combattants doivent déposer leurs armes sur des sites désignés par les autorités congolaises, avant de retourner au Rwanda. Le 29 août, plusieurs groupes ont adhéré à ce dépôt volontaire. Ces éléments ont été communiqués au Conseil dans une lettre de la ministre d’État aux Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, publiée sous la cote S/2026/633.
La demande intervient au moment où le sort même de la Mission est en discussion. Kinshasa lui reconnaît un rôle dans la protection des civils, l’appui au processus de paix et la vérification du cessez-le-feu, tout en relevant ses contraintes financières. Le gouvernement prépare une note de cadrage stratégique qui fixera les priorités du prochain mandat. Placer les FDLR au centre de ce texte reviendrait à inscrire dans la durée une obligation de contrôle que personne, y compris Kigali, ne pourrait contester.
À Entebbe, la région mise dans la boucle
Porteur d’un message spécial de Félix Tshisekedi, le ministre de l’Intégration régionale, accompagné de Sumbu Sita, haut représentant du chef de l’État, a présenté à Museveni les avancées enregistrées depuis la publication, en juillet, du protocole de reddition volontaire. Il a également détaillé la suite du processus, avec une feuille de route jusqu’à l’aboutissement complet. Cette démarche a suivi d’autres consultations auprès de partenaires régionaux. Le gouvernement congolais veut que les voisins connaissent les faits, suivent chaque étape et, le moment venu, cautionnent le résultat.
La RDC veut mettre fin à la manipulation rwandaise. Kigali présente depuis des années la présence des FDLR dans l’Est congolais comme une menace pour sa sécurité nationale. Kinshasa répond en alignant les gages, à savoir l’accord de principe sur le désarmement et l’éloignement des combattants, le protocole signé et le rapatriement avec l’appui de la MONUSCO. Chaque capitale régionale informée devient un témoin de plus de ce que le Rwanda, lui, refuse de faire.
De 1994 à Washington, plus de trente ans de prétexte
Pour mesurer la portée de la séquence, il faut remonter au Zaïre de 1994. Après le génocide des Tutsi, d’anciens militaires des ex-FAR et des miliciens Interahamwe avaient franchi la frontière avec des centaines de milliers de civils et s’étaient installés dans l’Est du pays. Les FDLR sont nées de ces structures en 2000. Depuis, Kigali en a fait son sésame, si bien qu’au gré des époques le RCD, le CNDP puis le M23 ont prospéré à l’ombre de cet argument.
Ces trois décennies d’interventions n’ont pourtant pas eu raison du groupe, ce qui nourrit, côté congolais, le soupçon que l’objectif était ailleurs.
Les efforts congolais, eux, avaient pris la forme de processus successifs. Le cycle de Luanda, issu de la feuille de route de 2022, avait fini par produire un résultat concret. Le 31 octobre 2024, des experts des deux pays avaient élaboré un plan harmonisé, que les ministres des Affaires étrangères avaient validé le 25 novembre, à Luanda, sous la forme d’un concept d’opérations. Washington avait repris cette base dans l’accord de paix du 27 juin 2025, qui liait la neutralisation des FDLR par Kinshasa au désengagement des forces rwandaises et à la levée de leurs «mesures défensives». Un mécanisme conjoint de coordination de la sécurité avait alors été installé, un ordre d’opérations devait entrer en vigueur le 1er octobre 2025 et les présidents Tshisekedi et Kagame avaient signé les accords de Washington le 4 décembre 2025. À Genève, en août 2026, Kinshasa et Kigali ont encore convenu de travailler sur deux initiatives destinées à mieux suivre l’application de l’accord, avec une conférence de planification prévue en octobre. Le protocole de mai 2026 est donc un maillon d’une chaîne que Kinshasa a patiemment forgée, de Luanda à Washington, et qu’elle prolonge à New York.
Le blocage séquentiel, ou l’art de gagner du temps
Pourtant, rien ne bouge côté rwandais. Kinshasa soutient que les mesures prises contre les FDLR doivent désormais permettre d’exiger le retrait des forces rwandaises. Kigali répond que la question n’est pas suffisamment réglée, que sa sécurité prime, et rejette le protocole congolais au motif qu’il ne correspondrait pas aux mécanismes prévus par l’accord de Washington. Chaque pas de Kinshasa se heurte à un nouveau seuil placé par Kigali, qui s’arroge seul le droit de juger quand ses troupes partiront.
Le Conseil de sécurité avait pourtant tracé la voie dans la résolution 2808 (2025). Il y avait exigé le retrait des troupes rwandaises et la fin de leur appui au M23 d’un côté, l’arrêt de tout appui aux FDLR et la poursuite de leur neutralisation de l’autre. Les deux volets sont posés. Seul celui de Kinshasa a produit des gestes documentés. En marge de l’Assemblée générale de l’ONU, Washington, par la voix de Massad Boulos, a d’ailleurs rappelé que les sanctions américaines contre le Rwanda ne seraient levées qu’à condition que les engagements soient respectés.
L’alibi n’abuse plus
personne
Même en admettant que des éléments des FDLR subsistent, ce que Kinshasa ne conteste pas puisqu’elle négocie leur reddition, l’argument rwandais ne tient pas devant les faits. Les soldats rwandais déployés sur le sol congolais, jusqu’à 18.000 à l’heure actuelle selon l’ONU, ne s’intéressent nullement aux derniers sites de bivouac des FDLR. Ils ont soutenu le M23 dans une avancée qui l’a mené à Goma et à Bukavu, très loin de ces positions. Les territoires tenus par le M23 n’ont donné lieu à aucune opération décisive contre la «menace existentielle pour le Rwanda» que représenterait les FDLR. On ne conquiert pas des provinces entières, qu’on occupe et qu’on administre, au nom d’un groupe résiduel.
La vérification onusienne que réclame Kinshasa ôte à Kigali son dernier alibi. Si la Monusco contrôle le désarmement, le Rwanda ne pourra plus évoquer le doute pour justifier le maintien de ses forces ou de ses protégés. S’il continue de rejeter le processus, c’est qu’il n’en a jamais voulu le terme. En décembre, la résolution renouvelant le mandat dira si le Conseil de sécurité donne enfin à la vérification les moyens d’établir la vérité.
FIDEL SONGO