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FORCE DU PROGRES AU CENTRE DES ACTES DE VIOLENCE ET BANDITISME URBAIN : Sceptre des opérations sous fausse bannière ?

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Contre la Force du progrès de l’UDPS/Tshisekedi fusent des accusations tous azimuts depuis quelques semaines. Offusqué, le parti présidentiel a saisi le procureur de la République près la Cour de cassation. Derrière cet exploit judiciaire, transparaît la crainte de «False Flag», ces opérations sous fausse bannière pour faire porter le chapeau à l’UDPS. L’affaire est tellement prise au sérieux, depuis les récentes manifestations anti-réforme constitutionnelle de la C64, n’en  déplaise aux opposants  que la structure rattachée à la jeunesse de l’UDPS gêne aux encolures.

A l’UDPS, le parti présidentiel, la Force du progrès, chargée notamment de la mobilisation, est dans l’œil du cyclone en raison de dénonciations de nombreux abus commis par les membres de cette structure ou des personnes s’en réclamant. Mercredi 24 juin 2026, le gouverneur UDPS de la ville-province de Kinshasa, Daniel Bumba a proprement invectivé les responsables de la Force du progrès, leur reprochant les nombreux actes irresponsables qui leur sont imputés.

Pire encore, le 22 juin, le parti présidentiel a déposé une plainte en bonne et due forme contre ceux qui abusent du label de la Force du progrès pour poser des actes repréhensibles. Cet exploit est intervenu après que des individus se réclamant de cette structure ont attaqué les installations de l’archidiocèse de Kinshasa. Ces dernières semaines, la Force du progrès a été pointée du doigt pour des actes de violence urbaine, occupation des lieux publics et intimidations à Kinshasa et à l’intérieur du pays. Le groupe a été cité dans de nombreux cas de menaces contre les autorités locales, des manifestations violentes, des tracasseries contre des commerçants, voire, des règlements de compte.

En réaction, à l’exploit judiciaire initié par l’UDPS, l’opposition accuse le parti présidentiel de fuite en avant, considérant qu’il tente de blanchir une structure qu’elle assimile à une milice officielle, ouvrant ainsi la voie à un jeu de dupes où la responsabilité des violences futures devient impossible à attribuer avec certitude.

Plainte contre inconnu

Dans une mise au point le 23 juin dernier, le service de communication de l’UDPS s’en défend. Pour le parti présidentiel, la plainte introduite à la Cour de cassation vise des individus non autrement identifiés qui usurpent la qualité de membres de l’UDPS/Tshisekedi, tout particulièrement celle de membres de la Force du Progrès afin de commettre des actes repréhensibles. Mais aussi, que l’UDPS/ Tshisekedi se considère comme victime de ces agissements préjudiciables à son image, à son honneur et à sa crédibilité. Objectif visé : «permettre à l’autorité judiciaire compétente d’identifier les véritables auteurs de ces actes, d’établir les responsabilités et de mettre un terme à toute instrumentalisation frauduleuse du nom, des structures ou de l’image de l’UDPS/Tshisekedi ».

Dans leur message à la Nation du 20 juin 2026, les évêques catholiques ont dénoncé, eux aussi, les agissements de la Force du progrès, qu’ils accusent d’opérer de pair avec les forces de l’ordre dans la répression des manifestations de l’opposition politique. Dans une interview à Jeune Afrique, Mgr Fulgence Muteba, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) n’a pas hésité à faire un parallélisme suggestif entre le mode opératoire de la Force du progès et les milices interahamwe impliquées dans le génocide rwandais de 1994. A en croire le président de la CENCO, connu pour sa proximité avec l’opposition katumbiste, la Force du progrès serait armée et soutenue par certains responsables du parti présidentiel.

Accusées de meurtres de manifestants

Les accusations portées contre la Force du progrès se sont multipliées depuis le déclenchement des manifestations publiques organisées par l’opposition autour du débat sur la réforme constitutionnelle. L’intervention de cette structure rattachée à la jeunesse du parti présidentiel au cours de la manifestation du 12 juin dernier a été particulièrement stigmatisée et dénoncée.

Probablement parce qu’elle a largement contribué à la dissuasion des manifestants par divers procédés. Des blessures à l’arme blanche et à feu ont été imputées à la Force du progrès, ainsi que l’affirment les opposants, à l’instar de Joseph Olenghankoy qui, sur son compte X, affirme que «le corps sans vie d’un militant de l’opposition a été atteint d’une balle au thorax tiré par la milice politique armée du régime, habillée en tenue de police nationale».

Ces dénonciations restent sujettes à caution d’autant plus qu’à ce jour, aucun décès annoncé avec pompe par l’un ou l’autre opposant au régime en place n’a été prouvé. Le 23 juin, le président de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) dont l’institution a initié une enquête sur les incidents du 12 juin dernier s’en est ouvert aux médias. Au terme d’une entrevue avec le vice-premier ministre de l’Intérieur, Paul Nsapu a déclaré que l’individu gisant par terre et déclaré mort par certains avait en réalité perdu connaissance. Ses services l’avaient retrouvé en vie dans une formation médicale où il avait été transporté d’urgence. Tandis que l’autre mort déclaré par les mêmes sources n’était ni identifiable ni retrouvable. Néanmoins, la CNDH poursuivait l’analyse des déclarations et prises de position des différents acteurs politiques avant, pendant et après cette manifestation afin d’établir les faits de manière objective en vue de formuler des recommandations destinées à garantir le respect des droits et libertés fondamentaux tout en préservant l’ordre public.

Manipulations de masses

Sur l’organisation des manifestations politiques planent donc de sérieuses craintes de manipulations de masses qui ne sont pas sa rappeler les stratégies d’infiltration des organisations politiques au Rwanda des années 1990. Des chercheuses comme Judi Rever et Michaela Wrong révèlent que les Forces patriotiques rwandaises (FPR) opéraient parfois sous le label des interahamwe pour faire porter le chapeau à cette milice pro-gouvernementale.

La porosité sécuritaire et le phénomène kuluna et autres bandits à mains armées rend possible et facile une instrumentalisation par n’importe quel acteur politique. La facilité avec laquelle un individu peut arborer les insignes de la Force du progrès ou de toutes autres structure politique crée un environnement idéal pour des opérations  sous «fausse bannière», visant à attribuer des violences à un camp pour justifier une répression ou une vengeance, notent certains observateurs.

Placée dans le contexte de l’agression rwandaise et de la rébellion AFC/M23 soutenue par Kigali, la crainte d’une infiltration rebelle au cœur de la capitale sous une forme ou une autre n’est pas à exclure, de ce point de vue. «La possibilité que des agents extérieurs simulent des dérapages attribués à la Force du Progrès pour provoquer des affrontements ou déstabiliser les institutions de Kinshasa est une hypothèse prise au sérieux par les services de renseignement», selon des sources bien introduites interrogées par Le Maximum.

Mercredi 24 juin à Kinshasa, le ministre des Droits humains a ainsi annoncé que les organisations de la manifestation de l’opposition prévue le 8 juillet prochain s’apprêteraient à tuer leurs propres manifestants via leurs gardes du corps pour en imputer la responsabilité au gouvernement. Samuel Mbemba l’a déclaré à l’issue d’une réunion avec les représentants de la majorité, de l’opposition, d’ONG des droits de l’homme et des confessions religieuses. Un appel à la vigilance.

J.N.

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